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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105602

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105602

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantMARCO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 15 juillet 2021 et le 9 juin 2022, M. A C, représenté par Me Marco, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le communiqué " Mobilité automne 2020 " en date du 14 janvier 2021 du sous-directeur des ressources humaines et de la sous-directrice des personnels de la direction générale de l'Aviation Civile (DGAC) en tant qu'il rejette sa demande de mutation ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 15 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de procéder au réexamen de ses demandes de mutation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions du point 3-3 des lignes directrices de gestion relatives aux orientations générales en matière de mobilité de la DGAC du 19 mars 2020 prises en application des dispositions du décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et à l'évolution des attributions des commissions administratives paritaires, pris pour l'application des articles 14, 14 bis, 18 et 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ; il n'a été destinataire d'aucune information à la suite de sa " non-mutation " en dépit de sa demande ;

- la décision implicite de rejet est entachée d'un vice de procédure ; en effet, l'administration devait d'une part, rendre des avis motivés sur ses candidatures dès lors qu'elle leur était défavorable et d'autre part, lui adresser spontanément ces avis avant la publication des décisions finales ; n'en ayant jamais été destinataire, il a ainsi été privé d'une garantie, la décision rejetant son recours gracieux ne pouvant régulariser ces vices ;

- son droit de priorité tel que posé par l'article 60, II, 2° et 62 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et rappelé par les lignes directrices de gestion de la DGAC du 19 mars 2020 en leur point 2-2 qui disposent que priorité est donnée aux travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles, a été méconnu ; il a ainsi fait l'objet d'un traitement discriminatoire ;

- les décisions attaquées ont porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 25 février et 9 septembre 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, représenté par la Scp Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. C le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- les lignes directrices de gestion relatives aux orientations générales en matière de mobilité de la DGAC du 19 mars 2020 prises en application des dispositions du décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et à l'évolution des attributions des commissions administratives paritaires, pris pour l'application des articles 14, 14 bis, 18 et 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public ;

- les observations de M. C et de Me Brecq-Coutant, représentant le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 11 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, fonctionnaire de catégorie A, électronicien des systèmes de la sécurité aérienne au sein de la DGAC, exerce ses fonctions depuis 2018, sur le site du service technique de Lyon. Reconnu travailleur handicapé par une décision du 27 mars 2018, l'intéressé a sollicité le 24 juin 2019, un congé de longue maladie. Le 4 juin 2020, le comité médical a émis un avis favorable à sa reprise d'activité à compter du 4 août 2020, sous réserve que ses fonctions soient exercées " sur quatre jours en horaires programmés week-ends et nuits inclus ", le médecin de prévention ayant par ailleurs informé son employeur qu'il solliciterait la mutation de M. C soit au sein du Centre en Route de Navigation Aérienne (CRNA-SE) d'Aix-en-Provence soit au sein du Service de Navigation Aérienne (SNA-S) de Toulouse-Blagnac précisant le 24 juin suivant, que seule la localisation géographique importait. Dans le cadre de la procédure de mobilité d'automne 2020, l'intéressé a candidaté sur les postes basés à Bordeaux et à Nice. Par un communiqué en date du 14 janvier 2021, n'a pas été fait droit à ces demandes. En conséquence, le 15 mars 2021, M. C a saisi la DGAC d'un recours gracieux qui sera rejeté par une décision du 27 juillet 2021. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler le communiqué " Mobilité automne 2020 " en date du 14 janvier 2021 du sous-directeur des ressources humaines et de la sous-directrice des personnels de la DGAC en tant qu'il rejette sa demande de mutation ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes, d'une part, de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat alors applicable : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service () les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le'code général des impôts'; 2° Au fonctionnaire en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées aux'1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail'; () / IV. - Les décisions de mutation tiennent compte, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, des lignes directrices de gestion en matière de mobilité prévues à l'article 18 de la présente loi. ". L'article L. 5212-13 du code du travail dispose que : " Bénéficient de l'obligation d'emploi instituée par l'article L. 5212-2 :/ 1° Les travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles ; () ".

3. Selon les termes, d'autre part, de l'article 3-3 des lignes directrices de gestion relatives aux orientations générales en matière de mobilité : " Les candidatures recueillies seront transmises aux chefs de service pour avis. Tout avis défavorable doit être motivé explicitement et précisément dans l'outil SIRH et doit être communiqué au candidat à sa demande. / L'avis défavorable à une candidature répondant à un critère de priorité légale (articles 60 II et 62 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984) doit être justifié par l'incompatibilité manifeste et objective entre le profil dudit candidat et les compétences attendues sur le poste. Il doit être motivé avec soin. / Lorsqu'un agent fait valoir une priorité légale de mutation mais qu'il obtient un avis défavorable du chef de service receveur, ce dernier doit lui faire un retour écrit en motivant son rejet, avant la publication des décisions finales par l'administration. / La décision finale de l'administration s'appuie sur le classement du service receveur, le classement des vœux des candidats, l'avis du service donneur ainsi que les éventuelles priorités définies par la loi ou les lignes de gestion. / L'autorité de gestion (SG/SDP ou DSNA/SDRH) procédera à la formalisation de la décision relative à la candidature de l'agent (avis favorable et défavorable) avec une information des services donneurs et receveurs. Une notification des décisions sera effectuée auprès des intéressés (avis favorable et défavorable). / Les décisions défavorables doivent faire l'objet d'une justification circonstanciée, communicable aux agents. / Les décisions sous forme de tableaux récapitulatifs par corps seront consultables sur Bravo Victor dans un espace

dédié. ".

4. Selon les termes, enfin, de l'article 2-2 des mêmes lignes directrices : " L'agent dont l'emploi est supprimé et qui ne peut être réaffecté sur un emploi correspondant à son grade dans son service bénéficie d'une priorité absolue. / Par ailleurs, dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, priorité est donnée : A l'agent séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'à l'agent séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune, / A l'agent en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail, / A l'agent qui exerce ses fonctions, pendant une durée et selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles, (). ". Enfin, aux termes de l'article 2-6 de ces lignes directrices : " La durée minimale d'une tenue de poste est fixée a` trois ans. Elle peut toutefois être réduite pour prendre en compte des situations individuelles particulières (rapports sociaux ou médicaux) ou pour répondre à des nécessités de service. () "

5. Ainsi, il résulte des dispositions précitées que l'avis défavorable à une candidature dans le cadre d'un mouvement de mobilité doit être motivé et que cette motivation n'est communiquée à l'agent que sur demande. En outre, les dispositions susmentionnées du 6ème paragraphe du point 3-3 des lignes directrices de gestion relatives aux orientations générales en matière de mobilité imposent seulement que la décision par laquelle l'administration rejette une demande de mutation soit communiquée à l'intéressé, dès lors qu'il en fait la demande. En l'espèce, il est constant que M. C a sollicité la justification circonstanciée du rejet de ses candidatures, le 15 mars 2021 et que par un courrier en date du 21 juillet 2021, qui s'est implicitement mais nécessairement substitué à la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant deux mois par l'administration sur sa demande, le ministre de de la transition écologique et de la cohésion des territoires lui a fait connaître les motifs de rejet de ses demandes. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, ainsi articulé, manque en fait et doit être écarté.

6. En outre, il résulte du 3ème paragraphe desdites lignes directrices précitées que lorsque l'administration oppose à un agent ayant fait valoir une " priorité légale " de mutation, un avis défavorable, ladite administration est tenue de lui communiquer, par un écrit distinct et préalablement à la publication de la décision finale, la motivation de la décision de rejet ainsi opposée. En l'espèce, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier que si M. C a effectivement transmis deux candidatures dans le cadre du mouvement de mobilité d'automne 2020, il ne s'est prévalu que de sa " priorité médicale de niveau 1", priorité reconnue au sein de la DGAC, sans jamais faire état, lors de la procédure de mutation, d'une priorité légale qui, en l'espèce, aurait pu être fondée sur sa qualité de travailleur handicapé en application des dispositions combinées des articles 60 de la loi du 11 janvier 1984 et L. 5212-13, 1° du code du travail. Dans ces circonstances, et alors qu'il n'incombe pas à l'administration de prendre en considération une priorité légale que le requérant n'a pas invoquée, M. C n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées des lignes directrices relatives à la transmission préalable d'un avis défavorable relatif à des candidatures répondant à un critère de priorité légale auraient été méconnues. Dès lors, la situation de M. C n'entrant dans le champ d'application que du premier paragraphe de l'article 3-3 desdites lignes directrices, le moyen tiré du vice de procédure doit également être écarté.

7. Si M. C soutient que rejetant ses demandes de mutation, la direction générale de l'aviation civile a méconnu les dispositions précitées de l'article 60 de, II, 2° de la loi du 11 janvier 1984, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, ainsi qu'il a été précisé au point précédent, que l'intéressé se serait prévalu d'une priorité légale au titre de sa qualité de travailleur handicapé ou de sa situation familiale. Par suite, alors même que l'administration avait connaissance d'une part, de l'état de santé de M. C et de sa qualité de travailleur handicapé et d'autre part, de ce qu'il sollicitait concomitamment avec sa compagne, une mutation, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article 60 de, II, 2° de la loi du 11 janvier 1984 qu'elle a pu refuser de faire droit à ses demandes de mutation.

8. Enfin, le requérant soutient que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En l'espèce, alors qu'il appartient à l'autorité administrative de prendre en considération le risque d'atteinte portée au droit de l'intéressé à mener une vie privée et familiale normale mais également les conditions de service propres à l'exercice des fonctions, et alors que le point 2-6 des lignes directrices susmentionnées prévoit un principe d'affectation minimale de trois années sur un même poste, il ressort des pièces du dossier que le requérant qui venait d'acquérir une qualification technique, avait déjà été muté à titre dérogatoire en 2017 puis en 2018. En outre, il est constant que la compagne de M. C, affectée à Toulouse, vit à proximité de cette ville avec leur enfant, mais que l'intéressé n'a pas sollicité de mutation vers cette ville, où des dizaines de postes étaient pourtant vacants. Enfin, alors qu'il ne ressort d'aucune des pièces versées au débat que la compagne de M. C se serait prévalue d'un droit à mutation, le requérant ne justifie pas que les demandes de mutation présentées par cette dernière auraient été rejetées au seul motif que ses propres demandes avaient été rejetées. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation du communiqué " Mobilité automne 2020 " en date du 14 janvier 2021 du sous-directeur des ressources humaines et de la sous-directrice des personnels de la DGAC en tant qu'il rejette sa demande de mutation ensemble les décisions implicite et expresse de rejet de son recours gracieux formé le 15 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais par lui exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

A. B

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

N. Pineau

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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