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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105662

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105662

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDUCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2021, Mme A C, représentée par Me Duca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er juillet 2021 pour une durée de deux mois et jusqu'au 31 août 2021, veille de sa mise à la retraite pour invalidité, et par extension l'avis du comité départemental du 9 janvier 2020, l'avis du comité médical supérieur du 23 février 2021 et celui rendu par le comité départemental le 1er avril 2021 ;

2°) si nécessaire, avant dire droit, d'ordonner une expertise médicale pour évaluer son aptitude, si cette expertise devait être pertinente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 :

* elle n'a pas été invitée à consulter son dossier et n'a pu prendre connaissance des documents médicaux le composant avant le comité médical départemental du 9 janvier 2020, cette absence de consultation l'ayant privée d'une garantie substantielle,

* elle n'a reçu sa convocation pour la séance du comité médical départemental du 1er avril 2021 que le 24 mars 2021, soit quatre jours ouvrés avant sa tenue, et le délai dont elle a disposé pour préparer sa défense était parfaitement insuffisant en raison du contexte sanitaire ;

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les dispositions de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 exigent que le médecin réalisant l'expertise médicale ne soit pas membre du comité médical, or en l'espèce :

* l'avis du comité médical départemental du 9 janvier 2020 est fondé sur un dossier comprenant une expertise rendue antérieurement par un médecin membre de ce comité médical et sur une nouvelle expertise faisant expressément référence à celle précédemment réalisée par le médecin membre du comité médical,

* l'avis du comité médical supérieur du 23 février 2021 concluant à son inaptitude définitive se réfère également à l'expertise réalisée par le médecin membre du comité médical départemental,

* le second avis rendu par le comité médical départemental du 1er avril 2021 s'est également prononcé au regard de l'expertise antérieurement réalisée par un médecin membre du comité médical ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison des conclusions contradictoires des expertises médicales ;

- le cas échéant, une expertise médicale pourrait être ordonnée pour décrire et nommer la ou les pathologies dont elle serait atteinte depuis le 7 septembre 2019 et de dire si cette ou ces affections la mettent dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions de façon définitive à tout poste et tout fonction.

Par un mémoire, enregistré le 24 septembre 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est s'est déclaré incompétent pour défendre dans le cadre de la présente instance et a sollicité la transmission de l'ensemble de la procédure au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 18 juillet 2022, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.

Une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée le 1er décembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative afin que le ministre de l'intérieur et des Outre-mer verse au dossier l'avis du comité médical départemental du Rhône du 1er avril 2021 ainsi que le procès-verbal de la séance comportant la mention des membres y ayant siégé.

Par un courrier du 13 décembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'avis du comité médical départemental du 9 janvier 2020, de l'avis du comité médical supérieur du 23 février 2021 et de l'avis du comité médical départemental le 1er avril 2021, ces avis ne constituant pas des décisions susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M B,

-les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,

- et les observations de Me Duca, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Adjointe administrative principale de deuxième classe, Mme C a été lauréate du concours d'adjoint administratif du ministère de l'intérieur en octobre 2004 et a été affectée à la préfecture du Rhône du 15 octobre 2004 au 31 août 2007. L'intéressée a obtenu sa mutation à la préfecture du Val-de-Marne à compter du 1er septembre 2007. Mme C a ensuite été placée en congés de longue durée à compter du 14 mai 2013, régulièrement renouvelés jusqu'au 13 mai 2018. Ayant obtenu une mutation, l'intéressée a été affectée à la circonscription de sécurité de Lyon, service du traitement du contentieux contraventionnel à compter du 1er septembre 2018. Mme C a alors été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 7 septembre 2018 puis en congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 6 décembre 2018 au 8 septembre 2019. Par un arrêté du 4 novembre 2019, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est a placée l'intéressée en disponibilité d'office à titre provisoire à compter du 7 septembre 2019, cette position ayant été prolongée à plusieurs reprises par des décisions successives jusqu'au 30 juin 2021. Par un arrêté du 25 mai 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est a placé Mme C en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er juillet au 31 août 2021, veille de sa mise à la retraite pour invalidité. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2021, ensemble l'avis du comité médical départemental du 9 janvier 2020, l'avis du comité médical supérieur du 23 février 2021 et l'avis du comité médical départemental le 1er avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation en tant qu'elles sont dirigées contre l'avis du comité médical départemental du 9 janvier 2020, l'avis du comité médical supérieur du 23 février 2021 et l'avis du comité médical départemental le 1er avril 2021 :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

3. La requête de Mme C est notamment dirigée contre l'avis émis le 9 janvier 2020 par le comité médical départemental du Rhône, relatif à son aptitude aux fonctions à compter du 8 septembre 2019 et à son aptitude ou inaptitude temporaire ou permanente et définitive à exercer ses fonctions ou toutes fonctions à l'issue des droits statutaires même en reclassement, contre l'avis du comité médical supérieur du 23 février 2021, statuant sur le recours formé à l'encontre de l'avis précité du 9 janvier 2021, et contre l'avis du comité médical départemental du Rhône du 1er avril 2021. Toutefois, de tels avis, qui ne lient pas l'administration et constituent de simples mesures préparatoires préalables à la prise de décisions par l'autorité administrative compétente, n'ont pas la nature de décisions administratives susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme C dirigées contre ces avis sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Les comités médicaux () sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : / 4. La réintégration après douze mois consécutifs de congé de maladie ou à l'issue d'un congé de longue maladie ou de longue durée ; / 5. L'aménagement des conditions de travail du fonctionnaire après congé ou disponibilité ; () 6. La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; 7. Le reclassement dans un autre emploi à la suite d'une modification de l'état physique du fonctionnaire, ainsi que dans tous les autres cas prévus par des textes réglementaires. () / Ils peuvent recourir, s'il y a lieu, au concours d'experts pris en dehors d'eux. () / Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : / - de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; / - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; / - des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur. / L'avis du comité médical est communiqué au fonctionnaire sur sa demande. () "

5. En premier lieu, Mme C soutient qu'elle n'a pas été invitée à consulter son dossier préalablement à la tenue du comité médical du 9 janvier 2020 et que ce n'est que plusieurs semaines après la réunion du comité qu'elle a eu spontanément connaissance de son droit à communication, droit qu'elle a d'ailleurs exercé en sollicitant la consultation de son dossier auprès du secrétariat du comité médical, par courriel du 20 février 2020. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée, par un courrier du 21 novembre 2019, que son dossier serait soumis à l'avis du comité médical lors de la séance du 9 janvier 2020 et qu'une contre-visite serait effectuée auprès d'un médecin agréé le 5 décembre 2019. Si ce courrier comportait, dans son entête, la référence à une note d'information relative aux droits de l'agent dont le dossier est soumis à l'avis du comité médical, il ressort néanmoins de la lecture de ladite note d'information que celle-ci ne comportait aucune information sur les droits de Mme C à la communication de son dossier. En effet, cette note, annexée au courrier du 21 novembre 2019, se bornait à faire seulement mention de la possibilité pour la requérante de se faire représenter par le médecin de son choix et d'effectuer un recours auprès du comité médical supérieur sans nullement préciser l'ensemble des droits prévus par les dispositions citées au point précédent. Par suite, Mme C n'a pas été informée par l'administration, préalablement à la réunion du comité médical qui devait examiner son cas, de ses droits concernant la communication de son dossier et a ainsi été privée d'une garantie prévue par les dispositions de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 susvisé, cette omission ayant en outre été de nature à exercer une influence sur le sens des avis émis par le comité médical départemental puis par le comité médical supérieur.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 22 mars 2021, Mme C a été informée que son dossier serait à nouveau examiné par le comité médical départemental du Rhône, le 1er avril 2021, pour émettre un avis sur son maintien en congés maladie jusqu'à la fin des droits statutaires et sur sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé (DORS) jusqu'à la mise en retraite pour invalidité. Si ce courrier mentionnait, contrairement à la note annexée au courrier du 21 novembre 2019, les modalités de consultation de la partie administrative et de la partie médicale de son dossier, cette nouvelle consultation du comité médical n'est, en tout état de cause, pas susceptible d'avoir régularisé le vice de procédure mentionné au point précédent. En effet, il ressort des pièces du dossier que Mme C n'a reçu notification du courrier l'informant de la réunion du comité médical du 1er avril 2021 que le 24 mars 2021, soit quatre jours ouvrés avant sa tenue. Or, Mme C soutient que ce délai était insuffisant pour préparer sa défense, notamment en raison du contexte sanitaire caractérisant cette période et, à cet égard, elle établit avoir adressé un courriel au secrétariat du comité médical où, après avoir rappelé son souhait de se faire assister par un médecin pour cette réunion, elle a alerté l'administration de ce que son médecin traitant, regrettant que si peu de temps ne lui soit laissé pour s'organiser, ne pouvait annuler une demi-journée de consultation en raison de la saturation de son cabinet et de sa réquisition pour réaliser des vaccinations contre le Covid, et que son psychiatre n'avait aucune disponibilité avant le 6 avril 2021. Il ressort ainsi de ces éléments précis et circonstanciés que la tardiveté de la convocation à la séance du comité médical du 1er avril 2021 a porté atteinte au caractère contradictoire de la procédure instituée par les dispositions de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 et que l'avis émis le 1er avril 2021 par le comité médical départemental du Rhône est en conséquence entaché d'irrégularité dès lors que Mme C n'a pu valablement y faire entendre le médecin de son choix. Par suite, l'avis du 1er avril 2021 ne peut être regardé comme de nature à avoir régularisé le vice de procédure relevé au point précédent s'agissant des avis antérieurement rendus.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin ni de diligenter une expertise avant-dire droit, ni de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2021 qui est intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Mme C d'une somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 mai 2021 du préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie du jugement sera adressé au préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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