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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105761

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105761

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBERTRAND-HEBRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Bertrand-Hebrard, demande au tribunal :

1°) de condamner la chambre d'agriculture de la Loire à lui verser la somme de 11 235 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison du conseil erroné que lui a donné la chambre d'agriculture de la Loire de déposer, le 23 juin 2015, une demande d'aides à l'installation des jeunes agriculteurs au titre d'une installation secondaire, outre intérêts de droit à compter de la demande indemnitaire et la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de la chambre d'agriculture de la Loire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la chambre d'agriculture de la Loire est engagée en raison d'un conseil erroné et d'une mauvaise orientation dans l'instruction de son dossier de demande d'aides à l'installation jeune agriculteur déposée en juin 2015 portant sur une activité ovine sur le territoire de la commune de Noirétable dans le département de la Loire ; en effet, il lui a été conseillé, à tort, de déposer une demande au titre de la création, à titre secondaire en juin 2015 pour cette activité, demande pour laquelle il a bénéficié d'une aide à hauteur d'un montant de 50 % de la dotation par arrêté du 30 juin 2015 en application de l'article D. 343-6 devenu ensuite D . 343-12, puis un avenant en 2018 afin de bénéficier de la totalité du montant de l'aide à l'installation des jeunes agriculteurs en tant qu'exploitant agricole principal dès lors qu'il remplissait, compte tenu du développement de son exploitation, les conditions posées par les dispositions du 5° de l'article D. 443-5 du code rural et de la pêche maritime ; cette modification de l'installation a été acceptée sans modification du montant de l'aide dès lors qu'il résulte du règlement (UE) 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune a abrogé les règlements CE n° 637/2008 du Conseil et 73/2009 du Conseil et des dispositions du décret n° 2015-445 du 16 avril 2015 relatif à la mise en œuvre des programmes de développement rural pour la période 2014-2020 , qui a été complété par le décret n° 2016-1141 du 22 août 2016 relatif aux aides à l'installation des jeunes agriculteurs, qu'à la date où il a rempli son dossier de demande d'aide en avril 2015, il n'était plus possible d'envisager un changement de statut afin de passer d'une installation à titre secondaire à une installation à titre principal dès lors que l'évolution du statut relevait du régime de l'installation progressive ; dans le cadre de ses missions de conseil, définies par les articles L. 511-1, L. 511-4 et D. 511-4 du code rural et de la pêche maritime, la chambre d'agriculture a ainsi commis une faute lors de l'instruction de son dossier initial et en lui délivrant alors un conseil erroné dès lors qu'il avait exposé clairement qu'il avait vocation à s'installer à titre principal lorsqu'il serait en mesure de reprendre les terres exploitées par son père qui allait prendre prochainement sa retraite, qu'il a été ainsi conseillé de présenter sa demande dans le cadre d'une installation à l'aune de l'ancienne législation et réglementation, qu'il n'a pas été alors informé de la possibilité de présenter une demande dans le cadre de l'installation progressive prévue par la nouvelle règlementation applicable en 2015 et qu'il apparaît que dès le 9 avril 2015, antérieurement à l'établissement de son dossier et du dépôt de sa demande effectués sur les conseils de la chambre d'agriculture, la nouvelle règlementation ne permettait pas de modifier le type d'installation de secondaire en principal pour bénéficier de la totalité de la dotation, la circulaire du 9 avril 2015 ayant précisé dès cet époque que ce changement de statut ne serait pas possible et qu'il convenait d'envisager une installation progressive ;

- ce conseil fautif lui a causé un préjudice car il n'a perçu que 80% de la dotation aux jeunes agriculteurs, soit la somme de 8 988 euros, et n'a pu percevoir la seconde partie de l'aide qui lui avait été attribuée pour un montant total de 11 235 euros par un arrêté préfectoral en date du 30 juin 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la chambre d'agriculture de la Loire, représentée par la Selarl Cabinet Fabrice Renouard, agissant par Me Renouard, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction, initialement fixée au 21 octobre 2022, a été reportée au 16 décembre 2022 par une ordonnance du 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 28 mars 2011 fixant les conditions de la participation des chambres d'agriculture à la politique d'installation en agriculture ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,

- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Verrier, substituant Me Renouard, représentant la chambre d'agriculture de la Loire.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé, le 22 avril 2015, un dossier afin de bénéficier d'une dotation " jeune agriculteur " (DJA) au titre de la création, à titre secondaire, d'une activité ovine sur le territoire de la commune de Noirétable dans le département de la Loire où son père exerce également la profession d'agriculteur. Par un arrêté du 30 juin 2015, le président du conseil régional Rhône-Alpes et le préfet de la Loire lui ont accordé une dotation d'un montant total de 11 235 euros pour la mise en œuvre de ce projet. Le requérant a perçu, le 25 mars 2016, 80 % du montant de cette aide, soit la somme de 8 988 euros, correspondant à la partie financée par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), le solde devant être versé au cours de la cinquième année suivant la date d'installation. Le 12 octobre 2018, le requérant a déposé un " avenant économique approfondi à l'installation " afin de modifier son plan d'entreprise initial et de s'installer en tant qu'exploitant agricole à titre principal. Cette modification a été entérinée par un arrêté du 20 décembre 2018 du préfet de la Loire et du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, annulant et remplaçant l'arrêté initial du 30 juin 2015, sans toutefois modifier le montant de l'aide initialement attribuée. Le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a confirmé, le 18 septembre 2020, la réponse du préfet de la Loire en date du 22 février 2019, informant M. B qu'il n'était plus possible depuis 2015 de faire évoluer une installation à titre secondaire vers une installation à titre principal dès lors que, pour les demandes d'aides à l'installation de la programmation 2014-2020 et déposées à compter du 1er janvier 2015, en accord avec les dispositions du cadre national, l'instruction technique IT 2015 330 du 9 avril 2015, le choix du type d'installation devait être défini au moment du dépôt de la demande d'aide et ne pouvait ensuite plus être modifié au cours de la réalisation du projet ni, par conséquent, entraîner une revalorisation du montant de l'aide initialement perçue. M. B a sollicité, par un courrier réceptionné par la chambre d'agriculture de la Loire le 17 mai 2021, le versement d'une indemnité d'un montant total de 12 735 euros, soit la somme de 11 235 euros équivalente au solde de 50% à verser dans le cadre d'une installation à titre principal, et 1500 euros au titre des frais exposés pour la défense de ses intérêts. Du silence gardé sur cette demande par la chambre d'agriculture de la Loire est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la chambre d'agriculture de lui verser la somme de 11 235 euros au titre de son préjudice financier.

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code rural et de la pêche maritime : " La chambre départementale d'agriculture constitue, dans chaque département, auprès de l'Etat ainsi que des collectivités territoriales et des établissements publics qui leurs sont rattachés, l'organe consultatif, représentatif et professionnel des intérêts agricoles ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " Dans le cadre de sa mission d'animation et de développement des territoires ruraux la chambre départementale d'agriculture : / () 2° Crée et gère un centre de formalité des entreprises compétent pour les personnes exerçant à titre principal des activités agricoles et leur apporte tous conseils utiles pour leur développement. Les conditions dans lesquelles la chambre d'agriculture conserve et utilise les informations recueillies dans l'exercice de cette mission sont déterminées par décret ; ".

3. Ainsi, en vertu des dispositions de l'article D. 330-2 du même code la mission d'information sur les questions d'installation en agriculture assurée par les chambres départementales d'agriculture comprend dans le cadre de l'information individuelle, la mise à la disposition des candidats à l'installation de toutes informations et documents utiles, l'article 2 de l'arrêté du 28 mars 2011 visé ci-dessus, alors en vigueur précisant que : " les chambres assurent l'accueil physique et téléphonique du public, dans des locaux dédiés à cette mission. Elles tiennent des permanences qui peuvent être décentralisées. Elles informent le demandeur sur la procédure et la mise en œuvre du dispositif d'aides à l'installation, l'orientent, en fonction de sa situation et de l'état d'avancement de son projet, vers les interlocuteurs départementaux adaptés, tels le Point Info Installation ou les collectivités territoriales. Elles lui fournissent la liste des différents organismes susceptibles de l'aider à réaliser son plan de développement de l'exploitation et lui remettent les notices nationales et locales présentant les conditions d'engagement, ainsi que les imprimés de demandes d'aides et la liste des pièces à fournir. ".

4. En l'espèce, M. B soutient que la responsabilité de la chambre d'agriculture de la Loire est engagée à son égard en raison des renseignements erronés qui lui ont été fournis en 2015 dans le cadre de l'instruction de son dossier de demande d'aide financière dès lors qu'ayant clairement exposé sa vocation à s'installer en tant qu'agriculteur à titre principal, il aurait dû être informé de la possibilité de pouvoir bénéficier d'une aide à l'installation progressive. Toutefois, il résulte de l'instruction que la chambre d'agriculture de la Loire a établi un " diagnostic et projet d'installation " pour une durée de cinq ans à partir des " données communiquées par le client ". Il est précisé, dans ce document, qui a été signé par M. B le 11 juin 2015, que ce dernier, qui était alors salarié, souhaitait conserver cet emploi et ne travailler qu'à temps partiel sur l'exploitation qu'il entendait développer sur une surface morcelée inférieure à trente hectares, en partie difficilement mécanisable, l'intéressé ne disposant pas alors de surfaces agricoles disponibles supplémentaires pour développer un projet de plus grande envergure et d'envisager ainsi une installation à titre principal, le bilan prévisionnel faisant apparaître un revenu annuel d'exploitation de 8 484 euros et une capacité d'autofinancement inférieure à 4 000 euros et, avec une augmentation de 9% du produit brut perçu par l'intéressé au cours des trois premières années, l'efficacité du système était considérée comme " limitée ". Par ailleurs, afin de limiter les investissements au cours de cette période, l'intéressé a indiqué dans son dossier ne pas avoir prévu d'acheter de matériel car il comptait bénéficier de celui de son père, également éleveur ovin à Noirétable sous forme de location ou de prêt. Si M. B soutient qu'il avait vocation dès 2015 à s'installer à titre principal en raison du prochain départ en retraite de son père, ni les éléments d'informations ainsi communiqués par l'intéressé, ni la circonstance qu'il a indiqué dans l'avenant déposé le 12 octobre 2018 envisager " à moyen terme de reprendre la structure de son père " avec une " échéance fin 2020 ", ni le courriel adressé par le conseiller d'entreprise de la chambre d'agriculture le 26 juillet 2018 en réponse à sa demande, se bornant à indiquer qu'il a épluché la nouvelle règlementation et qu'il n'est plus possible de solliciter un complément de dotation en passant à une activité principale, ne permettent pas d'établir que cette dernière avait connaissance en 2015 pour la constitution du dossier de demande de l'intéressé que son projet d'installation s'inscrivait en vue d'une installation progressive à titre principal. Dans ces conditions, à supposer même que la faute invoquée se rattache à l'exercice par la chambre d'agriculture de la Loire d'un service public administratif d'information sur les questions d'installation en agriculture, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette dernière aurait commis de faute dans sa mission en l'orientant, en 2015, vers une installation à court ou moyen terme en tant qu'agriculteur à titre secondaire.

5. Au surplus, et en tout état de cause, la chambre d'agriculture de la Loire fait valoir en défense, sans être contestée sur ce point, que M. B ne pouvait bénéficier, lors de l'élaboration de son projet d'installation en 2015, d'une dotation aux jeunes agriculteurs au titre d'une installation progressive dès lors que le montant du revenu agricole envisagé par l'intéressé en quatrième année du plan d'entreprise était largement inférieur au revenu minimum requis lequel correspond à celui du salaire minimum de croissance (SMIC) et que le ratio minimum revenu disponible agricole (RDA) par rapport au revenu professionnel global (RPG) du requérant devait s'élever à 0,41% en quatrième année alors qu'il devait être supérieur ou égal à 50% dans le cadre d'une installation progressive. Dans ces conditions, la prétendue faute alléguée résultant d'un défaut d'information concernant l'évolution de la législation applicable en matière d'installation au cours de l'instruction de la demande de M. B n'a pas privé ce dernier d'une chance sérieuse d'obtenir la seconde fraction de la dotation attribuée au titre d'une installation progressive. Par suite, la responsabilité de la chambre d'agriculture de la Loire ne peut pas davantage être engagée du fait de l'absence de préjudice certain.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la chambre d'agriculture de la Loire.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21février 2023.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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