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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105799

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105799

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2021, Mme A, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale, ou à défaut de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, et à tout le moins de délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs ;

- elle méconnaît l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ce refus méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance en date du 4 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2022.

Par deux lettres en date des 11 et 25 octobre 2022, des pièces complémentaires ont été demandées à la requérante pour compléter l'instruction, et les pièces produites par cette dernière ont été communiquées à la partie adverse, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller,

- les observations de Me Vray pour Mme A.

Considérant ce qu'il suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1944, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour arrivant à échéance le 14 octobre 2016. En l'absence de réponse à sa demande, Mme A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de lui renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation:

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision implicite litigieuse et dont les dispositions sont désormais reprises à compter du 1er mai 2021 à l'article L.423-23 de ce code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui" ;

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A, de nationalité guinéenne, née en 1944 et veuve depuis 1999, est entrée en France en août 2011 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités allemandes, dans les semaines qui ont suivi le décès de son fils aîné survenu le 23 juillet 2011 et que, parmi ses trois enfants vivants, deux résident en France, dont l'un est de nationalité française, et le troisième en Allemagne, pays dont il a la nationalité. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante vit depuis lors en France chez sa fille, titulaire d'une carte de résident et mère de trois enfants de nationalité française, qu'elle souffre de diabète, d'hypertension, d'une pathologie thyroïdienne et de troubles cognitifs, nécessitant une aide pour la prise de son traitement, l'intéressée, qui était âgée de 72 ans à l'expiration de son titre de séjour non renouvelé, étant ainsi de santé fragile et isolée dans son pays d'origine. Il ressort aussi des pièces du dossier qu'à la suite d'un jugement du tribunal administratif de Lyon du 8 octobre 2013 annulant un précédent refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire daté du 17 juin 2013 pour méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard particulièrement de ces éléments relatifs à sa vie privée et familiale, la requérante a bénéficié, avant le refus implicite de renouvellement de titre contesté, d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " d'une validité d'un an régulièrement renouvelé, le dernier titre délivré et dont le renouvellement a été sollicité en septembre 2016 étant valable du 15 octobre 2015 au 14 octobre 2016, l'intéressée ne bénéficiant depuis lors que de récépissés de demande de titre de séjour valant autorisation de travail. Dans ces circonstances, la requérante est fondée à soutenir que le refus de renouveler son titre de séjour a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, cette décision de refus méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont désormais reprises depuis le 1er mai 2021 à l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile invoqué par la requérante, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à soutenir que la décision implicite du préfet du Rhône rejetant sa demande de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y ferait obstacle, que le préfet du Rhône délivre à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vray, conseil de Mme A, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de la renonciation par cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer le titre de séjour mention " vie privée et familiale " à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Vray une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le président,

J. SegadoL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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