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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105826

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105826

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Vibourel (Selarl Lozen avocats), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2021 par laquelle le président de la métropole de Lyon a refusé de renouveler son contrat de jeune majeur ;

2°) d'enjoindre à l'administration de le prendre en charge dans le cadre d'un contrat de jeune majeur, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte, et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Vibourel de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que cette décision a pour effet d'interrompre son année scolaire en cours alors qu'il doit pouvoir la poursuivre et qu'il a besoin d'un suivi éducatif et scolaire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, la métropole de Lyon, représentée par Me Prouvez (SCP Carnot avocats), conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle tend à l'annulation de la décision du 9 avril 2021, qui est une décision purement confirmative ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 20 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gagey, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gagey, première conseillère,

- et les observations de Me Litzler, substituant Me Prouvez, représentant la métropole de Lyon.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 9 mars 2002, de nationalité guinéenne, est entré sur le territoire national en 2017. Par un jugement du 20 avril 2018, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Lyon a confié M. A à l'aide sociale à l'enfance de la métropole de Lyon à compter du 9 mars 2020. La métropole de Lyon lui a fait bénéficier du dispositif de contrat de jeune majeur à compter du 9 mars 2020. Toutefois, cette prise en charge a été interrompue le 6 janvier 2021 en raison du comportement de M. A. Après qu'il ait présenté ses excuses, la métropole de Lyon a accepté de lui faire, de nouveau, bénéficier du contrat de jeune majeur à compter du 11 février 2021. Toutefois, par une décision du 18 février 2021, la métropole de Lyon a, constatant un comportement inapproprié à l'égard d'un agent de la métropole de Décines, mis un terme au contrat de jeune majeur de M. A à compter du 28 février 2021. Par un courrier du 29 mars 2021, M. A a formé un recours contre ces décisions. Par une décision du 9 avril 2021, le président de la métropole de Lyon a rejeté ce recours.

2. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " () Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée () ".

3. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut, à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

5. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être énoncé, M. A ne peut utilement invoquer les moyens tirés de l'incompétence et de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée, s'agissant de vices propres.

6. En deuxième lieu, si M. A soutient que la métropole de Lyon était tenue de lui accorder un accompagnement afin de lui permettre de terminer son année scolaire 2020-2021, il résulte toutefois de l'instruction qu'il a bénéficié d'un accompagnement social par la fondation ADJ Maurice Gounon le 10 mars 2021. En outre, M. A n'établit ni même n'allègue avoir été dépourvu d'accompagnement pour poursuivre sa scolarité, alors qu'il résulte de l'instruction que celle-ci a été menée à son terme par l'obtention de son diplôme. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le président de la métropole de Lyon a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. La décision attaquée, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de couper les liens du requérant avec ses relations en France, n'a pas, en tout état de cause, porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la métropole de Lyon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la métropole de Lyon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La magistrate désignée,

N. Gagey La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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