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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105876

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105876

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2021 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

M. C soutient, s'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour, que :

- l'arrêté attaqué ne lui ayant pas été régulièrement notifié faute d'une indication complète des voies et délais de recours, sa requête est recevable ;

- il est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistrés le 27 juillet 2021, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête, tardive, est irrecevable ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un jugement rendu le 28 juillet 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal pour statuer en vertu de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnel provisoire, a renvoyé devant une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour à M. C et rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Par ordonnance du 15 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant arménien né le 10 janvier 1977, déclare être entré en France au mois de janvier 2013 avec son épouse et leurs deux enfants. Sa demande d'asile ainsi que celle de son épouse ont été rejetées le 17 avril 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile, par une décision du 15 octobre 2015. Par un arrêté du 25 février 2016, le préfet de l'Allier a refusé d'admettre au séjour M. C et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours de l'intéressé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n°1600484 rendu le 21 juin 2016 par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Par deux arrêtés du 16 octobre 2017, le préfet de l'Allier a fait obligation au requérant de quitter sans délai le territoire français, lui a interdit de revenir sur ce territoire pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence. Enfin, par un arrêté du 9 juin 2021, le préfet de l'Allier a une nouvelle fois refusé d'admettre au séjour M. C, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté du 9 juin 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. M. C, condamné le 17 juin 2021 par le tribunal judiciaire de Cusset à une peine d'emprisonnement de deux mois qu'il a effectuée au centre pénitentiaire de Moulin-Yzeure du 17 juin 2021 au 23 juillet 2021, a été placé à sa levée d'écrou au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry. Dans ces circonstances, par un jugement du 28 juillet 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif a statué sur les conclusions de la requête relatives à la mesure d'éloignement, au refus d'un délai de départ volontaire, à la fixation du pays de renvoi et à l'interdiction de retour sur le territoire français. Restent dès lors seules à juger les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, qui ont été renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 8 mars 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Allier a donné à Mme Demolombe-Tobie, secrétaire générale de la préfecture, délégation pour signer notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, contrats et conventions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. L'arrêté attaqué vise ces dispositions et, après avoir rappelé le parcours administratif et contentieux de M. C, expose sa situation familiale, les conditions de son séjour en France et mentionne la promesse d'embauche qu'il a présentée au soutien de sa demande de titre de séjour. Cet arrêté énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondé le refus de délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de ce qu'il serait insuffisamment motivé doit dès lors être écarté. Il ressort par ailleurs de cette motivation que l'arrêté attaqué a été pris après examen de la situation personnelle de l'intéressé, et notamment de la possibilité de l'admette au séjour à titre exceptionnel en lui délivrant une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

6. En troisième lieu, M. C fait valoir que ses deux enfants, nés le 4 juillet 2003 et le 25 octobre 2006, sont présents en France. Toutefois, ses enfants sont sous la garde de leur mère, en application de l'ordonnance de non conciliation prise le 9 septembre 2020 par le tribunal judiciaire de Cusset. M. C n'établit pas qu'il exercerait le droit de visite accordé par cette ordonnance ni qu'il entretiendrait des liens avec ses enfants. Il fait valoir, en outre, qu'il vit désormais avec une nouvelle compagne en situation régulière en France. Il produit une attestation de sa compagne en date du 1er août 2019 et des factures d'électricité sur lesquelles figure seulement le nom de sa compagne. En tout état de cause, à supposer même que la communauté de vie soit établie depuis le mois d'août 2019, celle-ci était trop récente à la date de la décision attaquée pour caractériser un ancrage stable et durable en France. Enfin, il se prévaut de la durée de sa présence en France, en déclarant être entré en France au mois de janvier 2013. Toutefois, d'une part, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir la réalité et la continuité de sa présence en France depuis cette date, d'autre part, il ne justifie pas d'une insertion significative pendant son séjour en se bornant à produire une attestation de présence à des cours de français d'octobre à décembre 2020 et une demande d'autorisation de travail faite par un employeur qui propose de le recruter à partir du 1er juin 2021. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer qu'il ne faisait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel au sens de ces dispositions et refuser, pour ce motif, de lui délivrer un titre de séjour.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, que M. C, qui déclare être entré en France au mois de janvier 2013, ne justifie ni d'une vie familiale stable et durable, ni d'une insertion professionnelle significative. Le préfet de l'Allier lui a fait obligations de quitter le territoire français par des arrêtés des 25 février et 16 octobre 2017, dont il est établi que le premier au moins lui a été notifié, sans qu'il défère à cette mesure d'éloignement. Si le requérant conteste avoir fait l'objet d'une condamnation pour vol en 2015, il est en revanche établi qu'il a été condamné le 4 février 2020 par le tribunal correctionnel de Cusset pour conduite sans permis de conduire français. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le refus d'admission au séjour opposé à M. C n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ce refus sur sa situation personnelle et n'est pas contraire aux stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021 en ce qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Allier en défense.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement au conseil du requérant d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021 en ce qu'il porte refus de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que les demandes accessoires à ces conclusions, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Allier.

Copie en sera adressée à Me Gillioen et à l'association Forum réfugiés.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Chenevey, président,

M. Arnould, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

J. B

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au préfet de l'Allier, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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