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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105924

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105924

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDELBES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2021, Mme D C B, représentée par Me Delbes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication de ses motifs à la suite de sa demande du 23 septembre 2020 ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance du 24 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2022.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme C B a été rejetée par une décision du 4 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

Le rapport de Mme Deniel, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, de nationalité angolaise née le 25 mai 1979, est entrée en France irrégulièrement le 23 juin 2010. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 janvier 2011, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mars 2012. Par décisions du 17 avril 2012, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Les recours juridictionnels formés contre ces décisions par la requérante ont été rejetés par le tribunal administratif de Lyon le 10 octobre 2012 et la cour administrative d'appel de Lyon le 3 juin 2013. La requérante, qui s'est maintenue sur le territoire français, a sollicité le 28 novembre 2014 la délivrance d'un titre de séjour. Par décisions du 22 juin 2015, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les recours juridictionnels formés contre ces décisions par la requérante ont été rejetés par le tribunal administratif de Lyon le 5 avril 2016 et la cour administrative d'appel de Lyon le 5 septembre 2016. La requérante, qui s'est maintenue sur le territoire français, a sollicité le 28 janvier 2020 la délivrance d'un titre de séjour. Elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période dispose que : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () ". L'article 7 de la même ordonnance dispose : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision () peut ou doit intervenir ou est acquis[e] implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 311-12-1 du même code dispose : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. " Selon l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'article L. 232-4 du même code dispose : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B a déposé sa demande de titre de séjour, auprès des services de la préfecture du Rhône, le 28 janvier 2020. Le délai de quatre mois imparti au préfet pour prendre sa décision a été suspendu pendant la période du 12 mars au 23 juin 2020 inclus. Par suite, la décision implicite de rejet de cette demande est née le 12 septembre 2020, conformément aux dispositions combinées des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, et de l'article 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020. Mme C B a alors sollicité, par un courrier reçu en préfecture le 23 septembre 2020, ainsi qu'il ressort de l'accusé de réception versé au dossier, la communication des motifs de cette décision implicite de rejet. Faute d'avoir répondu à cette demande dans un délai d'un mois, le préfet du Rhône a méconnu les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration et ainsi entaché la décision en litige, d'un vice de forme.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme C B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour présentée le 28 janvier 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, et après examen de l'ensemble des autres moyens de la requête, que le préfet du Rhône procède, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, au réexamen de la demande de l'intéressée dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à Mme C B d'une somme au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée le 28 janvier 2020 par Mme C B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de réexaminer la situation de Mme C B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2105924 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Deniel, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

C. Deniel

Le président,

H. Drouet

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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