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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2105968

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2105968

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2105968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé le renouvellement de son titre de séjour et a refusé de lui délivrer une carte de résident valable dix ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident valable dix ans et à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 313-11 4° et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée le 29 juillet 2021 au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 23 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône aurait refusé de délivrer à M. A une carte de résident valable dix ans, dont l'existence ne ressort pas des pièces du dossier.

M. A a répondu à ce moyen relevé d'office par un mémoire enregistré le 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Tocut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ghanéen né le 26 juin 1991, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, et indique avoir également demandé la délivrance d'une carte de résident. Il sollicite l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de faire droit à ses demandes.

Sur le refus de délivrance d'une carte de résident :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui ne produit aucune copie de sa demande, aurait effectivement demandé au préfet du Rhône la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation d'une décision de refus de délivrance d'une telle carte de résident, dont l'existence ne ressort pas des pièces du dossier, sont irrecevables et ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur le refus de renouvellement du titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article R. 432-1 de ce code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 311-12-1 du même code dispose que : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

4. L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 de ce code : " " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, l'article L. 232-4 du même code précise que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

5. Lorsqu'une demande de communication des motifs est formulée alors qu'aucune décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration n'est encore intervenue, cette demande se trouve sans objet et la décision implicite de rejet contestée, intervenue postérieurement, ne se trouve pas entachée d'illégalité du seul fait que ses motifs n'ont pas été communiqués à l'intéressé.

6. Il ressort des pièces des dossiers que M. A ne justifie pas avoir déposé sa demande renouvellement de titre de séjour, auprès des services de la préfecture du Rhône, avant le 25 février 2021. Par suite, la décision implicite de rejet de cette demande est née le 25 juin 2021. Ainsi, lorsque le requérant a formulé le 11 juin 2021 une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet opposée à sa demande de titre de séjour, reçue le 17 juin 2021 par les services préfectoraux, une telle décision n'était pas encore née. Dans ces conditions, la demande de M. A, qui était prématurée, n'a pu faire courir le délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée est dès lors inopérant et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, remplacé depuis le 1er mai 2021 par l'article L. 423-1 du même code, dispose, dans sa version applicable au jour de la décision attaquée : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". M. A n'établit ni même n'allègue être marié à un ressortissant français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de cet article.

8. En troisième lieu, le 7 ° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, remplacé depuis le 1er mai 2021 par l'article L. 423-23 du même code, dispose, dans sa version applicable au jour de la décision attaquée : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / ( ) ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été titulaire d'un titre de séjour valable du 15 février 2016 au 14 février 2017, et qu'il a travaillé en qualité de poseur de revêtement de sols et murs au cours de l'année 2020. Il est père de deux enfants nés en France en 2015 et 2018 de son union avec une compatriote titulaire d'une carte de résident valable dix ans. Néanmoins, il ne partage pas de vie commune avec la mère de ses enfants et ne justifie pas contribuer à leur entretien et leur éducation par la seule production d'une attestation peu circonstanciée de la mère de ceux-ci. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 423-23, doivent être écartés.

10. En dernier lieu, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. A n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants qui résident en France. En outre, la décision attaquée, qui porte uniquement sur le droit au séjour de l'intéressé, n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

C. Tocut

Le président,

M. Clément

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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