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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106000

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106000

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 juillet 2021 et 5 octobre 2022, Mme B G née H, agissant tant en son nom personnel ainsi qu'au nom de ses deux enfants mineurs K I G et M. J G, M. F G et M. C G, qui ont déclaré reprendre l'instance après le décès de M. A G, représentés par Me Dogan, demandent au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du 12 avril 2021 par laquelle la comptable de la trésorerie de Lyon amendes a refusé à M. A G de prononcer la remise gracieuse de la somme de 3 817 980 euros ;

2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- c'est à tort que l'administration a refusé de faire droit à la demande de remise gracieuse dès lors que M. G s'est retrouvé, de manière involontaire, impliqué dans un schéma de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, qu'il a été particulièrement affecté par cette affaire et qu'étant désormais retraité avec deux enfants mineurs à charge, il s'est trouvé dans une situation financière inextricable ;

- M. G était inconnu des services police et de la justice ; en outre, ses relations où ses antécédents ne permettaient pas d'établir que son comportement revêtirait un caractère frauduleux ;

- le montant des dommages et intérêts mis solidairement à la charge de M. G est disproportionné car le préjudice causé à l'Etat correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée éludée a été intégralement réparé par le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée par la société G Automobiles et par l'annulation de crédit de taxe sur la valeur ajoutée pour le surplus ;

- M. G a fait systématiquement l'objet de mesures de recouvrement forcé de la part de la trésorerie de Lyon amendes alors même qu'un litige est pendant devant la Cour européenne des droits de l'Homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction, initialement fixée au 21 octobre 2022, a été reportée au 6 décembre 2022 par une ordonnance du 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 64-1333 du 22 décembre 1964 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G a été condamné solidairement, avec onze autres prévenus, au paiement de la somme de 3 817 980 euros au titre de dommages et intérêts au profit de l'Etat en réparation de son préjudice résultant du délit d'escroquerie en bande organisée commis dans le cadre de sa participation à un circuit de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée de type " carrousel " par un jugement du tribunal de grande instance de Lyon du 2 septembre 2014 et qui a été confirmé, en ce qui le concerne, par la cour d'appel de Lyon le 7 septembre 2016 puis par la Cour de cassation le 17 janvier 2018. Par un courrier du 6 avril 2020, le requérant a demandé au ministre de l'économie et des finances, sur le fondement de l'article 10-1 du décret du 22 décembre 1964 relatif au recouvrement des amendes et condamnations pécuniaires par les comptables directs du Trésor, la remise gracieuse de cette somme. Par une décision du 12 avril 2021, dont M. G a demandé au tribunal de prononcer l'annulation la responsable de la trésorerie de Lyon amendes a rejeté cette demande. A la suite de son décès, ses héritiers ont repris l'instance.

2. Aux termes de l'article 10-1 du décret n° 64-1333 du 22 décembre 1964 : " Les condamnations à réparations, restitutions, dommages-intérêts, frais ayant le caractère de réparations et intérêts moratoires prononcées au profit de l'Etat par les tribunaux judiciaires répressifs peuvent donner lieu à remises gracieuses. Celles-ci sont accordées, conformément aux dispositions de l'article 120 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ". Aux termes de l'article 10-2 du même décret : " Les frais de justice en matière criminelle, correctionnelle et de police, à l'exclusion des frais afférents aux ordonnances pénales rendues en matière de police, les dépens relatifs aux amendes civiles ainsi que certains frais assimilés aux frais de justice criminelle, correctionnelle et de police par l'article R. 93 du code de procédure pénale peuvent donner lieu à remises gracieuses. () ".

3. En premier lieu, la décision par laquelle l'administration a rejeté la demande de remise gracieuse de la somme de 3 817 980 euros à laquelle M. G a été solidairement condamné à titre de dommages et intérêts au profit de l'Etat n'entre dans aucune des catégories de décisions administratives qui doivent être motivées en application des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administrations.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 120 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 : " Le comptable chargé du recouvrement des titres de perception peut consentir, sur demande du redevable qui est dans l'impossibilité de payer par suite d'une gêne ou d'indigence, des remises sur la somme en principal dans la limite, pour une même créance, d'un montant de 76 000 €. / Le ministre chargé du budget peut consentir des remises sur la somme en principal, en cas de gêne ou d'indigence du redevable, dans la limite, pour une même créance, d'un montant compris entre 76 000 € et 150 000 €. Au-delà de 150 000 €, le ministre chargé du budget peut consentir des remises sur la somme en principal, en cas de gêne ou d'indigence du redevable, par une décision prise après avis du Conseil d'Etat et publiée au Journal officiel. / Le comptable chargé du recouvrement des titres de perception peut consentir des remises sur les majorations, les frais de poursuites et les intérêts dans la limite, pour une même créance, d'un montant de 150 000 €. Le ministre chargé du budget peut consentir des remises sur les majorations, les frais de poursuites et les intérêts au-delà de cette somme ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par Mme D E, comptable de la Trésorerie de Lyon amendes, qui était donc compétente en vertu des dispositions précitées de l'article 10-1 du décret n° 64-1333 et de l'article 120 du décret n° 2012-1246 pour prononcer le rejet de la demande de remise gracieuse de la somme à recouvrer. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.

6. En dernier lieu, la décision refusant une remise gracieuse ne peut être utilement déférée au juge de l'excès de pouvoir que si elle est entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur de droit ou si elle repose sur une appréciation manifestement erronée des circonstances de l'affaire.

7. En l'espèce, tout d'abord, les constatations matérielles des faits que le juge pénal a retenues et qui sont le support nécessaire de sa décision, étant revêtues de l'autorité de la chose jugée au pénal, les requérants ne peuvent ainsi utilement contester ni la participation volontaire de M. G à un schéma de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée retenue par le jugement du 2 septembre 2014 du tribunal de grande instance de Lyon, confirmé par un arrêt de la Cour d'appel de Lyon du 7 septembre 2016 et dont le pourvoi en cassation a été rejeté par la cour de Cassation le 17 janvier 2018, ni le montant des dommages et intérêts au versement desquels il a été solidairement condamné pour ce motif par le juge judiciaire en application de l'article 480-1 du code de procédure pénale. Ensuite, pour contester le refus de remise gracieuse opposé à M. G dont la légalité s'apprécie à la date à laquelle cette décision a été prise, les requérants se prévalent de la situation personnelle et financière de M. G en indiquant qu'il avait été particulièrement affecté par l'affaire, qu'il était retraité avec deux enfants mineurs à charge et qu'il se trouvait dans l'impossibilité de s'acquitter du montant de sa dette. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. G avait effectué, les 27 septembre 2017 et 27 décembre 2019, des donations de droits sociaux de la société G Automobiles, dont il était le dirigeant, au profit de ses deux enfants mineurs puis au profit de l'un de ses fils majeurs le 2 mars 2021. Des cessions de parts sociales avaient également été enregistrées le 22 juin 2018 au bénéfice de la société Laurent dont M. G percevait des revenus et dont il était le directeur général depuis le 1er avril 2021 ainsi qu'au profit de la société Eiffel Investissements. Dans ces conditions, et alors que M. G, n'a jamais sollicité le bénéfice d'un règlement échelonné de la somme dont il était redevable mais a systématiquement contesté toutes les poursuites engagées à son encontre par la responsable du centre des finances publiques de Lyon amendes afin de différer l'exécution de ses obligations, il doit être regardé comme ayant organisé volontairement son insolvabilité. Au surplus, et en tout état de cause, la situation d'impécuniosité n'est pas établie dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. G avait déclaré, au titre de ses revenus de l'année 2020, avoir un enfant à charge, né en 2008, et 39 572 euros de salaires, 51 863 euros de pensions, retraites et rentes et 161 320 euros de revenus fonciers, correspondant à un revenu fiscal de référence s'élevant à un montant de 239 075 euros. Dans ces conditions, l'administration a pu, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de remise gracieuse de la somme litigieuse.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 12 avril 2021 par laquelle la comptable de la Trésorerie de Lyon Amendes a rejeté sa demande de remise gracieuse.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G née H, à M. F G, à M. C G, au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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