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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106062

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106062

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021, et des mémoires enregistrés les 10 janvier et 2 février 2022, M. A C, représenté par la SELARL Cotessat-Buisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mars 2021 par laquelle le maire de Belleville-en-Beaujolais a refusé de l'autoriser à vendre du fromage sur l'emplacement dont il est titulaire sur le marché municipal du mardi, et lui a enjoint de cesser cette vente, la décision du 17 mars 2021 par laquelle l'adjoint au même maire chargé des foires et marchés a refusé de lui accorder un emplacement pour la vente de fromages sur le marché municipal du samedi, et l'a inscrit sur liste d'attente, et la décision du 8 juin 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Belleville-en-Beaujolais une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision du 5 mars 2021 est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; ce vice paraît toutefois purgé par la décision portant rejet du recours gracieux ;

- le 2) de l'article 4 du règlement du marché du mardi, qui prévoit que la demande d'emplacement est renouvelée à chaque vacance, rend impossible l'établissement d'une liste d'attente ;

- le refus d'autorisation de vente de fromages sur le marché du mardi est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- compte tenu de son ancienneté sur le marché du mardi, il ne pouvait être placé à la fin de la liste d'attente et l'emplacement laissé vacant par un fromager deux ans auparavant aurait dû lui être attribué ;

- la décision du 17 mars 2021 est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; ce vice paraît toutefois purgé par la décision portant rejet du recours gracieux ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la commune de Belleville-en-Beaujolais tente de préserver le monopole d'un autre commerçant sur la vente d'une grande variété de fromages.

Par des mémoires enregistrés les 9 septembre 2021 et 25 janvier 2022, la commune de Belleville-en-Beaujolais, représentée par la SELARL Itinéraires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Deniel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Many, représentant M. C, et celles de Me Viellard, représentant la commune de Belleville-en-Beaujolais.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux C sont titulaires d'un emplacement sur le marché municipal du mardi à Belleville-en-Beaujolais, pour la vente de fruits et légumes primeurs. Le 13 octobre 2020, le placier a constaté la vente sur le stand de fromages, la surface consacrée à ces produits s'étant accrue fin novembre. Par lettre du 26 janvier 2021, la commune leur a enjoint de cesser la vente de ces produits dans un délai de huit jours et, s'ils souhaitaient la poursuivre sur leur stand du mardi, d'en solliciter l'autorisation, ce que les intéressés ont fait par courrier du 2 février suivant. Ils ont en outre demandé un emplacement temporaire en qualité de " passagers " pour la vente de fromages sur le marché municipal du samedi par lettre du 3 mars 2021. Par lettre du 5 mars 2021, le maire de Belleville-en-Beaujolais les a informés de ce que la commission des foires et marchés avait rendu un avis défavorable sur leur première demande, de ce qu'ils étaient placés sur une liste d'attente et les a mis en demeure de cesser la vente de fromages sur leur stand sur le marché du mardi, sous peine de sanctions. Puis, par lettre du 17 mars 2021, l'adjoint au maire chargé des foires et marchés a informé les intéressés de ce que leur demande d'emplacement sur le marché du samedi était rejetée, et qu'ils étaient là aussi placés sur liste d'attente. Après avoir sollicité des éclaircissements et la communication de documents supplémentaires, les époux C, par lettre du 30 avril 2021, ont formé un recours gracieux contre les décisions des 5 et 17 mars 2021, lequel recours a été rejeté par une décision du 8 juin 2021. M. C demande au tribunal d'annuler tant cette décision du 8 juin 2021 que les décisions initiales des 5 et 17 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus d'autorisation de vente sur les marchés du mardi :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée vise les articles L. 2224-18 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, qui constituent les fondements légaux du pouvoir de police du maire dont il fait application, et expose les considérations de fait sur lesquelles repose le rejet de la demande d'autorisation de vente de fromages sur les marchés du mardi. Le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée ne peut dès lors être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'arrêté municipal du 1er août 2016 portant règlementation du marché du mardi : " Les règles d'attribution des emplacements sur le marché sont fixées par le maire, en se fondant sur des motifs tirés de l'ordre public et de la meilleure occupation du domaine public. () L'attribution d'un emplacement fixe sur le marché () s'effectue au regard de l'assiduité et de l'ancienneté des commerçants y exerçant déjà, du rang de l'inscription des demandes, du commerce exercé, des besoins du marché. () Ordre de priorité d'attribution : () 2) Si aucun titulaire d'un emplacement fixe ne sollicite l'emplacement vacant, il sera attribué au demandeur non titulaire d'un emplacement fixe en fonction des produits vendus, eu égard aux voisins immédiats, de l'assiduité et de l'ancienneté sur le marché à titre de passager. Dans le cas où il ne peut être donné suite à la demande, celle-ci doit être renouvelée à chaque nouvelle attribution d'emplacements () ".

5. M. C, déjà titulaire d'un emplacement sur le marché du mardi, ne peut utilement se prévaloir des termes de ces dispositions régissant les demandes des commerçants non titulaires d'un tel emplacement, pour l'attribution d'un emplacement vacant. En tout état de cause, l'article 4 de l'arrêté du 1er août 2016, qui prévoit la prise en compte de l'ancienneté des demandes, n'exclut pas l'établissement d'une liste des demandes reçues et des dates de celles-ci pour l'application de ce critère, qui n'a pas un caractère exclusif. Les moyens tirés de ce que l'établissement d'une liste d'attente serait illégale et de ce que M. C n'aurait pas dû être inscrit à la fin de celle-ci doivent dès lors être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 22 de l'arrêté municipal du 1er août 2016 : " Seules les marchandises pour lesquelles l'emplacement a été attribué peuvent être mises en vente. La vente de marchandises non prévues dans l'attribution de l'emplacement est soumise à autorisation municipale ". Ces dispositions ne prévoyant pas de critère pour l'attribution des autorisations de vendre de nouveaux produits, le maire de Belleville-en-Beaujolais pouvait se fonder sur les motifs tirés de l'ordre public et de la meilleure occupation du domaine public, en s'inspirant des règles fixées par l'article 4 de l'arrêté pour l'attribution des emplacements vacants.

7. Pour refuser à M. C l'autorisation de vendre du fromage sur son emplacement, le maire de Belleville-en-Beaujolais, après avis défavorable de la commission des foires et marchés réunie le 23 février 2021, s'est fondé sur la proximité immédiate de fromagers avec cet étal, et sur la présence déjà importante de commerçants vendant ce type de produits.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le marché du mardi accueille déjà un crémier et trois producteurs de fromages, auxquels s'ajoutent un charcutier et un marchand de produits espagnols qui vendent également quelques fromages et un marchand de yaourts. Alors même qu'il n'existerait pas de concurrence pour la vente de certains des fromages que M. C souhaitait vendre, le motif tiré de la présence déjà importante sur le marché de commerçants vendant du fromage, qui suffit à justifier la décision attaquée, n'est ainsi entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

9. D'autre part, si M. C conteste également le motif tiré de la proximité de fromagers avec son emplacement, il résulte de l'instruction que le maire de Belleville-en-Beaujolais aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif.

10. En quatrième et dernier lieu, M. C n'apporte pas la preuve de ce que la décision attaquée aurait en réalité pour motif le souci de préserver le monopole d'un autre commerçant sur la vente de certains fromages. Le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée de détournement de pouvoir doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus d'un emplacement sur les marchés du samedi :

11. En premier lieu, la décision du 17 mars 2021 attaquée comporte les considérations de fait qui fondent le refus d'attribution d'un emplacement. Si elle ne comporte aucune considération de droit, la décision rejetant le recours gracieux de M. C, qui lui a été notifiée avant l'introduction de l'instance, vise les articles L. 2224-18 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, ainsi que l'arrêté du 3 février 2012 portant règlementation du marché du samedi, et plus précisément son article 3-3. Le requérant a ainsi été mis en mesure de connaître et, le cas échéant, de contester les motifs de la décision attaquée et, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce qu'elle est insuffisamment motivée ne peut dès lors être accueilli.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 de l'arrêté municipal du 3 février 2012, portant réglementation du marché du samedi : " Les règles d'attribution des emplacements sur le marché sont fixées par le maire, en se fondant sur des motifs tirés de l'ordre public et de la meilleure occupation du domaine public. () ". Aux termes de son article 3 : " () Attribution verbale des emplacements à la journée dite " place de passager " (environ 20 % de la surface totale du marché dont 5 % seront réservés aux " posticheurs " et démonstrateurs). / 1) Toute personne qui souhaite obtenir une attribution d'emplacement à la journée (place de passager) doit en faire la demande verbalement au préposé au placement (le placier) () 3) Conformément aux principes généraux du droit, dont celui de l'égalité des administrés devant le service public et l'accès au domaine public, les attributions d'emplacements à la journée ou demi-journée sont effectuées par tirage au sort et/ou " à la liste " établie par le placier. () ".

13. Pour refuser par la décision du 17 mars 2021 l'attribution d'un emplacement aux époux C sur le marché du samedi, l'adjoint au maire de Belleville-en-Beaujolais s'est fondé sur la circonstance que ce marché est limité en nombre de places. Dans sa réponse au recours gracieux, le maire a précisé que ce marché, comportant déjà trois fromagers sur un total de 14 commerçants alimentaires, ne pouvait matériellement accueillir un quatrième fromager, mais a rappelé que l'attribution des places de passagers se faisait par tirage au sort ou en fonction de la liste d'attente établie par le placier.

14. Il ressort des pièces du dossier que le marché du samedi, qui en vertu de l'arrêté du 3 février 2012 se tient sur une surface plus réduite que celle du marché du mardi, comporte en effet trois fromagers, ainsi qu'un charcutier vendant certains fromages, sur un total de quatorze commerçants alimentaires. Si à la demande de M. C, un huissier de justice a constaté des emplacements vacants le samedi 17 juillet 2021, il n'est pas contesté que ceux-ci se trouvaient en tout état de cause sur la partie du marché consacrée aux produits manufacturés. Dès lors, M. C, qui ne soutient d'ailleurs pas avoir présenté verbalement sa demande pour un emplacement de passager, n'est pas fondé à soutenir que la décision du 17 mars 2021 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

15.En troisième et dernier lieu, M. C n'établit pas que la décision attaquée aurait été prise pour préserver le monopole d'un autre commerçant sur la vente de certains fromages. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'un détournement de pouvoir.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées des 5 et 17 mars 2021 ni, par suite, celle de la décision du 8 juin 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le tribunal mette à la charge de la commune de Belleville-en-Beaujolais, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. C réclame au titre des frais exposés pour l'instance et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la commune de Belleville-en-Beaujolais présente sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Belleville-en-Beaujolais sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à commune de Belleville-en-Beaujolais.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Chenevey, président,

M. Arnould, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

J. B

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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