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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106123

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106123

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL GUITTON-DADON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 30 juillet 2021, le 9 mai 2022 et le 20 octobre 2022 (non communiqué), la SCI O'Centre, représentée par la SELARL Guitton-Dadon (Me Guitton), demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 21 juin 2021 par la commune de Mionnay pour le recouvrement de la somme de 85 500 euros au titre de la participation pour le financement de l'assainissement collectif à raison de dix-neuf logements et un local d'activité situées route de Bourg ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 85 500 euros mise à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mionnay une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faute de justifier d'une opposition au transfert de plein droit à la communauté de communes de la Dombes, le maire était incompétent pour ordonner la participation litigieuse, qui ne pouvait pas davantage être fondée sur une délibération du conseil municipal ;

- la créance n'est pas exigible en l'absence de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble en vertu de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique ;

- la délibération du conseil municipal du 3 juin 2016 sur lequel se fonde le titre attaqué est entachée d'illégalité dès lors qu'elle n'est pas motivée, que le forfait de 4 500 euros par logement neuf est manifestement disproportionné et porte atteinte au principe d'égalité.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 mars et le 27 septembre 2022, la commune de Mionnay, représentée par la SELARL BG avocats (Me Gautier), conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI O'Centre la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 20 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2015-991 du 7 août 2015 ;

- la loi n°2018-702 du 3 août 2018 ;

- l'arrêté du 7 mars 2012 modifiant l'arrêté du 7 septembre 2009 fixant les prescriptions techniques applicables aux installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,

- et les observations de Me Guitton, pour la SCI O'Centre et de Me Navarro pour la commune de Mionnay.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de la commune de Mionnay a délivré à la SCI O'Centre, le 7 juillet 2017, un permis de construire pour l'édification de dix-neuf logements sociaux et d'un local d'activité situés 202 route de Bourg. Par un titre exécutoire émis le 21 juin 2021, il a mis à sa charge le paiement d'une somme de 85 500 euros au titre de la participation pour le financement de l'assainissement collectif. La SCI O'Centre demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire et de la décharger de l'obligation de payer la somme ainsi mise à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, selon les dispositions générales de l'article L. 5211-17 du code général des collectivités territoriales : " Les communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale peuvent à tout moment transférer, en tout ou partie, à ce dernier, certaines de leurs compétences dont le transfert n'est pas prévu par la loi () ainsi que les biens, équipements ou services publics nécessaires à leur exercice. / Ces transferts sont décidés par délibérations concordantes de l'organe délibérant et des conseils municipaux se prononçant dans les conditions de majorité requise pour la création de l'établissement public de coopération intercommunale (). Le transfert de compétences est prononcé par arrêté du ou des représentants de l'Etat dans le ou les départements intéressés ".

3. Les dispositions particulières du IV de l'article 64 de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République ont toutefois prévu le transfert obligatoire au 1er janvier 2020 des compétences eau et assainissement aux communautés de communes. Cependant, aux termes de l'article 1er de la loi du 3 août 2018 relative à la mise en œuvre du transfert des compétences eau et assainissement aux communautés de communes : " Les communes membres d'une communauté de communes qui n'exerce pas, à la date de la publication de la présente loi, à titre optionnel ou facultatif, les compétences relatives à l'eau ou à l'assainissement peuvent s'opposer au transfert obligatoire, résultant du IV de l'article 64 de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, de ces deux compétences, ou de l'une d'entre elles, à la communauté de communes si, avant le 1er juillet 2019, au moins 25 % des communes membres de la communauté de communes représentant au moins 20 % de la population délibèrent en ce sens. En ce cas, le transfert de compétences prend effet le 1er janvier 2026. () Si, après le 1er janvier 2020, une communauté de communes n'exerce pas les compétences relatives à l'eau et à l'assainissement ou l'une d'entre elles, l'organe délibérant de la communauté de communes peut également, à tout moment, se prononcer par un vote sur l'exercice de plein droit d'une ou de ces compétences par la communauté. Les communes membres peuvent toutefois s'opposer à cette délibération, dans les trois mois, dans les conditions prévues au premier alinéa ".

4. Il résulte des dispositions spéciales de la loi du 3 août 2018, citées au point précédent, que lorsque au moins 25 % des communes membres d'une communauté de communes représentant au moins 20 % de la population s'opposent, avant le 1er juillet 2019, au transfert obligatoire des compétences eau et assainissement à la communauté de communes au 1er janvier 2020, de sorte que ce transfert obligatoire est reporté au 1er janvier 2026, les dispositions générales de l'article L. 5211-17, relatives aux transferts facultatifs de compétences, qui renvoient notamment aux conditions de majorité requise pour la création de l'établissement public de coopération intercommunale, ne peuvent recevoir application entre le 1er juillet 2019 et le 1er janvier 2020. Après cette dernière date, ces dispositions générales ne peuvent recevoir application qu'à la condition que ne s'y opposent pas, dans les trois mois, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'arrêté du préfet de l'Ain en date du 21 décembre 2018 portant modification des compétences de la Communauté de communes de la Dombes, applicable à la date d'émission du titre exécutoire contesté, qui a fixé les compétences de la communauté de communes de la Dombes à compter du 1er janvier 2019 et de l'attestation du directeur général des services de la Communauté de commune de la Dombes en date du 16 juin 2022, que cette dernière n'exerce pas de compétence en matière d'assainissement collectif. En se bornant à soutenir que la commune de Mionnay ne verse pas au dossier les délibérations des communes membres s'étant opposé au transfert de compétences, elle ne conteste pas sérieusement que les compétences eau et assainissement sont restées de niveau communal en raison de l'opposition à leur transfert, exprimée par délibération avant le 1er juillet 2019, d'au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population, conformément aux conditions posées par l'article 1 de la loi du 3 août 2018 précité et que le transfert est repoussé au 1er janvier 2026. Le moyen tiré de l'incompétence du maire de la commune de Mionnay doit dès lors être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique : " Les propriétaires des immeubles soumis à l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées en application de l'article L. 1331-1 peuvent être astreints par la commune, la métropole de Lyon, l'établissement public de coopération intercommunale ou le syndicat mixte compétent en matière d'assainissement collectif, pour tenir compte de l'économie par eux réalisée en évitant une installation d'évacuation ou d'épuration individuelle réglementaire ou la mise aux normes d'une telle installation, à verser une participation pour le financement de l'assainissement collectif.() Cette participation s'élève au maximum à 80 % du coût de fourniture et de pose de l'installation mentionnée au premier alinéa du présent article, diminué, le cas échéant, du montant du remboursement dû par le même propriétaire en application de l'article L. 1331-2. La participation prévue au présent article est exigible à compter de la date du raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble, de l'extension de l'immeuble ou de la partie réaménagée de l'immeuble, dès lors que ce raccordement génère des eaux usées supplémentaires. Une délibération du conseil municipal, du conseil de la métropole de Lyon ou de l'organe délibérant de l'établissement public détermine les modalités de calcul de cette participation ".

7. La société requérante conteste que le raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble était devenu effectif à la date du 21 juin 2021. Toutefois, alors qu'elle ne précise pas la date de son raccordement, et qu'elle a notifié au maire des avis d'attributions de logement au 29 avril 2021 et a déclaré un achèvement des travaux au 20 mai 2021, elle ne contredit pas sérieusement l'affirmation de la commune selon laquelle l'immeuble était raccordé au réseau d'assainissement collectif en avril 2021. Par suite le moyen tiré du défaut d'exigibilité de la participation en litige ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, la SCI O'Centre excipe de l'illégalité de la délibération du 3 juin 2016 par lequel le conseil municipal de Mionnay a fixé le taux de la participation pour le financement de l'assainissement collectif à 4 500 euros par logement neuf.

9. D'une part, si, dans le cadre d'une contestation formée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure prise pour l'application de l'acte réglementaire ou dont ce dernier constitue la base légale, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux. Il en résulte que la SCI O'Centre ne peut utilement se prévaloir par voie d'exception, à l'encontre de la délibération du 3 juin 2016 ayant institué la participation pour le financement de l'assainissement collectif, du défaut de motivation dont elle serait entachée.

10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 1337-1 du code de la santé publique font de la participation pour raccordement à l'égout une redevance justifiée par l'économie réalisée par le propriétaire grâce au raccordement de son immeuble au réseau d'assainissement existant. Elles ne font pas obstacle à ce que la participation exigée soit établie selon une méthode forfaitaire, dès lors qu'il n'est pas demandé au propriétaire de verser plus de 80 % du coût de la fourniture et de la pose de l'installation du dispositif individuel d'assainissement qui aurait été nécessaire en l'absence de raccordement. Dans ces conditions, la seule circonstance que la délibération du 3 juin 2006 a fixé à 4 500 euros la participation pour le financement de l'assainissement collectif de chaque logement neuf, sans distinguer entre les logements individuels ou ceux dans un bâtiment comportant plusieurs logements n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance du principe d'égalité. En outre, la SCI O'Centre ne peut se prévaloir utilement de ce que la délibération du 3 juin 2016 a dispensé les projets d'extension et de réaménagement des constructions existantes du paiement de la participation pour le financement de l'assainissement collectif pour soutenir qu'elle méconnaît le principe d'égalité, dès lors que cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, le principe d'égalité ne fait pas obstacle au traitement différent de situations différentes dès lors que cette exonération est, comme en l'espèce, en lien avec la capacité du système d'évacuation et l'économie réalisée en ne l'installant pas.

11. Enfin, la société requérante soutient que la participation, qui lui est réclamée, excèderait 80 % du coût de fourniture et de pose de l'installation d'un dispositif individuel d'assainissement. Elle produit à cet effet un devis de la société Géoloc pour l'achat d'une micro station pour un prix de 28 389 euros hors taxes qui ne comprend pas la mise en service. Elle produit également un devis de la société Vitton d'un montant de 28 000 euros hors taxes, 33 600 euros toutes taxes comprises, ayant pour objet la fourniture et la pose d'une " micro-station toutes eaux pour 19 logements " et soutient que ce type de station a été installé pour le traitement des eaux usées du centre pédagogique de l'eau et de l'assainissement au sein du parc de Miribel-Jonage en 2014. Toutefois, la commune fait valoir que la surface de la zone disponible pour l'implantation du système de traitement est réduite et que le terrain d'assiette du projet se situe dans le secteur de la Dombes avec un sous-sol argileux, ce qui nécessite, avant toute installation avec épandage, une étude technique des sols, non comprise dans le devis produits par la SCI O'Centre qui indique, s'agissant de celui de la société Vitton, que le prix est valable " sous réserve de l'étude de sol ". La commune fait également valoir que le projet présenté prévoit l'évacuation de l'eau traitée vers un exutoire, en l'espèce en milieu naturel protégé, sans que les performances du système de traitement proposé ne soient compatibles avec un tel rejet dès lors qu'il suppose un traitement de l'azote et du phosphore, non prévu dans les devis produit. La commune produit en outre deux chiffrages détaillés pour un immeuble 70 EH (équivalent habitants) avec ajout d'un système d'enlèvement de l'azote et du phosphore pour un montant estimé entre 104 000 et 140 000 euros ainsi qu'une estimation du service public d'assainissement non collectif de la Communauté de communes de la Dombes qui établit le coût d'une station d'épuration entre 1 500 et 2 000 euros hors taxes par équivalent habitant. Dans ces conditions, les devis produits par la société requérante pour la construction d'une micro-station toutes eaux pour dix-neuf logements ne suffisent pas à établir que la participation forfaitaire exigée a dépassé 80 % du coût d'un assainissement non collectif réalisé pour les dix-neuf logements conforme à la règlementation applicable.

12. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de la délibération du 3 juin 2006 ne peut pas être accueillie.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI O'Centre n'est pas fondée à demander l'annulation du titre exécutoire en litige, ni à être déchargée de l'obligation de payer la somme mise à sa charge par ce titre.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par la SCI O'Centre, partie perdante à l'instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions de mettre à la charge de la SCI O'centre une somme de 1 400 euros à verser à la commune de Mionnay.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI O'Centre est rejetée.

Article 2 : La SCI O'Centre versera à la commune de Mionnay une somme de 1 400 (mille quatre cent) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI O'Centre et à la commune de Mionnay.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Deniel, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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