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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106126

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106126

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantSELARL JEAN-PIERRE & WALGENWITZ AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juillet 2021 et 2 septembre 2022, Mme A C, représentée par Me Jean-Pierre, demande au tribunal :

1°) d'annuler le compte rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique en date du 9 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'autorité hiérarchique de retirer tous les éléments relatifs à la procédure d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 et de procéder de nouveau à l'entretien professionnel ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le compte rendu de son entretien professionnel n'a pas été précédé d'un entretien ;

- les appréciations portées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme C a été absente pendante toute la période de la campagne d'évaluation, du 1er janvier au 15 mars 2021 ; elle a été placée en congé de longue maladie rétroactivement au 22 décembre 2020 ;

- elle a été rendue destinataire de son CREP et mise à même de présenter des observations ;

- les appréciations ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance en date du 2 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,

- et les observations de Me Bruniere, pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, est attachée principale d'administration de l'Etat. Elle a été affectée en 2016 dans le poste de cheffe du centre du service national et de la jeunesse de Lyon. En cette qualité, elle a notamment en charge la réalisation de la mission " Journée Défense et Citoyenneté " (JDC) au profit d'environ 60 000 jeunes de 16 à 25 ans. Son périmètre de compétence s'étend sur cinq départements (Ain, Ardèche, Drome, Loire et Rhône) et dix sites militaires et civils. M. B a pris des fonctions de directeur de ce centre fin août 2020. Il a établi le compte rendu d'entretien professionnel de Mme C le 16 mars 2021. Mme C demande l'annulation de ce document, qui lui a été notifié le 18 juin 2021, après signature par le directeur du service national et de la jeunesse, ensemble la décision implicite rejetant le recours hiérarchique que Mme C lui a adressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation du compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 et à fin d'injonction :

2. Aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Les notes et appréciations générales attribuées aux fonctionnaires et exprimant leur valeur professionnelle leur sont communiquées. / () ". Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. Toutefois, les statuts particuliers peuvent prévoir le maintien d'un système de notation. / (). Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 susvisé : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance ".

4. Il n'est pas contesté que Mme C n'a pas été convoquée à un entretien, en méconnaissance de l'article 2 précité du décret du 28 juillet 20210. Toutefois, il ressort de l'instruction que Mme C a été placée en arrêt de travail pour maladie à compter du 22 décembre 2020 et que cet arrêt de travail a duré tout au long de la période de la campagne d'évaluation. Cet arrêt a, d'ailleurs, été reconnu comme congé de longue maladie depuis le 22 décembre 2020, par décision du 9 décembre 2021. Dans ce contexte, l'administration, qui était tenue de procéder à l'évaluation de la manière de servir de l'intéressée en 2020, a adressé à Mme C, le 1er mars 2021, un pli recommandé contenant le projet de compte rendu d'entretien professionnel, lequel mentionnait que cet entretien n'avait pas eu lieu, compte tenu de l'arrêt de travail pour maladie de la requérante. Mme C a transmis une réponse, le 19 avril 2021, demandant une modification du document pas son supérieur hiérarchique. Compte tenu du refus de ce dernier, elle a retourné le 18 juin 2021, le compte rendu annoté et signé en y joignant une demande de révision par le directeur du service national et de la jeunesse. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la procédure mise en œuvre par l'administration n'a pas privée Mme C d'une garantie.

5. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose, s'agissant des fonctionnaires de l'Etat, que la fiche de poste de l'agent lui soit communiquée préalablement à l'entretien. Par suite, le moyen tiré de ce que cette fiche de poste n'aurait pas été communiquée à Mme C avant l'entretien d'évaluation doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, Mme C n'allègue pas avoir été évaluée sur des compétences ou missions dont elle aurait ignoré qu'elles étaient inhérentes au poste qu'elle occupait. Le moyen tiré de ce que sa fiche de poste ne lui aurait pas été communiquée à l'occasion de son évaluation pour l'année 2020 doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 28 juillet 2010 : " L'entretien professionnel porte principalement sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; 3° La manière de servir du fonctionnaire ; 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le supérieur hiérarchique de Mme C aurait apprécié sa manière de servir sur la seule période postérieure à son arrivée comme directeur du centre. Il a d'ailleurs mentionné que les objectifs donnés à la requérante avaient été atteints ou dépassés.

8. Le supérieur hiérarchique de Mme C a modifié à la baisse par rapport aux années précédentes l'appréciation portée sur plusieurs items du III du document consacré à la mise en œuvre de ses compétences par l'agent et conclu l'évaluation dans les termes suivants : " La situation de désorganisation du CSNJ de Lyon a rencontrée en 2020 montre les limites managériales de Mme C sur des fonctions exigeantes. Mme C rencontre des difficultés qui ne lui permettent pas d'exercer sereinement sa fonction de chef de centre de l'un des plus gros CSNJ de France. La situation dégradée de ce centre est le fait de l'absence de pilotage et d'un management inapproprié. Les mauvais résultats obtenus par le CSNJ de Lyon () en sont la conséquence. La situation rencontrée à mon arrivée a nécessité la mise en place de réunions hebdomadaires de suivi () pour pallier les carences managériales internes au centre. Mme C n'a pas adopté le positionnement attendu d'un chef de centre de 61 personnes (REO 2020) ni appliqué les exigences évidentes qui en découlent au quotidien ".

9. Pour contester son évaluation, Mme C se prévaut des comptes rendus établis pour les années antérieures. Ce moyen est inopérant dès lors que l'évaluation litigieuse est portée sur l'année 2020 et qu'un agent n'a pas de droit acquis à conserver les appréciations antérieures. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le précédent supérieur hiérarchique de Mme C, même s'il n'en avait pas fait mention dans le compte rendu d'entretien professionnel de Mme C, avait été alerté par plusieurs interlocuteurs dont le médecin du travail et avait demandé à la requérante, le 29 juin 2018, de mieux prendre en compte les risques psycho-sociaux.

10. Mme C conteste chaque item en mettant en cause la manière de servir de plusieurs de ses collaborateurs.

11. Il ressort des pièces du dossier que le 1er octobre 2020, le directeur de l'établissement du service national et de la jeunesse Sud-Est, supérieur hiérarchique de Mme C a engagé une évaluation des risques psycho-sociaux au sein de l'ESNSE-CSN Lyon. Les conclusions du groupe de travail chargé d'examiner les réponses des agents relèvent notamment une mauvaise planification du travail, des objectifs mal définis ou absents, un manque de clarté des directives, données oralement, une mauvaise communication, des messages de la hiérarchie hors plages horaires de travail (y compris pendant la nuit ou les jours chômés et sur les adresses électroniques et téléphones portables personnels des agents), un encouragement de la hiérarchie à une ambiance délétère, la crainte de représailles de la part de celle-ci, un manque de cohésion et d'échanges entre chefs et agents, une attitude de la hiérarchie plus favorable à certains qu'à d'autres, notamment en ce qui concerne les congés, le tout dans un climat de crainte.

12. La lecture des résultats de l'enquête révèle que ces constats ne sont pas seulement imputables à Mme C, mais la concernent largement. Cette dernière conteste non pas l'interprétation des résultats par le groupe de travail mais les conditions de l'enquête sur les risques psycho-sociaux et produit un document du 2 février 2021 revêtu de 15 ou 16 signatures illisibles, présentées comme étant celles du " personnel civil et militaire du CSNJ de Lyon ", qui mettent en cause la méthodologie de l'enquête, laquelle n'aurait pas garanti la confidentialité. Toutefois, cette dénonciation anonyme de 16 agents sur 58 ou 61, ce qui ne constitue pas une majorité, contrairement à ce qui est avancé, ne peut être retenue, d'autant que l'enquête a été validée par le contrôle général des armées. Au surplus, il résulte de cette lettre du 2 février 2021, qui évoque des " tentatives d'intimidation, menaces harcèlement ", que l'ambiance du centre de Lyon, dont la responsabilité était confiée à Mme C, était particulièrement délétère.

13. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la valorisation des différents items et la conclusion générale, malgré leur sévérité, seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C des différents doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat à verser à Mme C au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au ministre de la défense.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La magistrate désignée, La greffière

A. Wolf F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la défense, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2106126

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