jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106240 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021 et un mémoire non communiqué enregistré le 29 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté notifié le 29 mai 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer, à titre principal, une carte de résident, à titre subsidiaire, un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, le tout dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en fait s'agissant de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'erreur de qualification juridique des faits, sa demande d'admission au séjour constituant une demande de renouvellement de carte de résident ;
- la préfète a en conséquence commis une erreur de droit en rejetant sa demande sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire, enregistré le 19 octobre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par décision du 17 septembre 2021.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique au cours de laquelle le rapport de Mme B a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 7 juillet 1969, est entré sur le territoire français en 1976, à l'âge de sept ans. Après avoir été titulaire d'une carte de résident valable de 2005 à 2015, il a sollicité, le 3 mai 2021, une nouvelle carte de résident valable dix ans. Par un arrêté notifié le 29 mai 2021 dont il demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 2 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. La circonstance qu'elle ne fasse aucunement état de la situation du requérant au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, si elle peut révéler une erreur de droit, ne saurait permettre de caractériser une insuffisante motivation de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". En vertu de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". L'article R. 431-5 du même code précise que : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; / () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été titulaire d'une carte de résident dont la durée de validité expirait le 6 juin 2015. S'il fait valoir qu'il a été empêché, en raison de son incarcération, de déposer une demande de renouvellement de cette carte de résident dans les délais impartis par l'article R. 431-5 précité, il n'établit ses allégations par aucune pièce. Par suite, la décision attaquée, qui a qualifié sa demande formée le 3 mai 2021 de première demande d'admission au séjour, n'est pas entachée d'erreur. Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur de droit à avoir rejeté la demande de M. A sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ".
7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de sa demande de titre de séjour déjà, M. A avait plus de 50 ans. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 423-21 précité, dans le champ d'application duquel il n'entre pas.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. D'une part, si M. A réside sur le territoire français depuis qu'il a l'âge de sept ans, il ressort des pièces du dossier qu'il y a été condamné à un total dépassant dix-neuf années de prison ferme entre 1996 et 2015 pour, notamment, viol sur une personne dont la vulnérabilité est apparente ou connue, vol avec effraction, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, port prohibé d'arme de catégorie six, recel, violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, violence avec usage ou menace d'arme, violence sur une personne vulnérable et menace de mort contre une personne dépositaire de l'autorité publique. Ainsi, bien que les derniers faits pour lesquels il a été condamné sont anciens de plusieurs années, l'intéressé apparaît comme un délinquant d'habitude présentant un risque élevé de récidive. La préfète a dès lors légalement pu estimer que son comportement constituait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public.
10. D'autre part, si M. A se prévaut de la présence en France de ses trois enfants majeurs de nationalité française ainsi que du séjour régulier de ses frères et sœurs, il n'apporte aucun élément quant à l'effectivité de sa relation avec ses enfants ainsi qu'avec ses frères et sœurs, notamment durant son incarcération du 22 janvier 2007 au 25 février 2021. Dans ces conditions, et compte tenu de la menace à l'ordre public que constitue le comportement de M. A, la décision attaquée ne porte pas une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale, eu égard aux buts que cet acte poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance par cette décision des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C A et à la préfète de la Loire.
Copie en sera adressée à Me Lawson-Body.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026