vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 5ème chambre |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 2 août 2021 sous le n° 2106241, M. B D, représenté par la société DBKM avocats (Me Moutoussamy), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a mis à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 4 071 euros, pour la période du 1er décembre 2018 au 31 octobre 2019, ensemble la décision du 27 avril 2021 rejetant son recours devant la commission de recours amiable ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 4 071 euros résultant du trop-perçu dont il s'agit ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Rhône de lui restituer les sommes prélevées ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 223 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône s'est senti liée par l'avis de la commission de recours amiable, et a entaché sa décision de rejet d'une erreur de droit ;
- la décision de rejet de sa demande est insuffisamment motivée ;
- l'indu en cause n'est pas justifié tant dans son principe que dans son montant ;
- la décision en litige du 27 avril 2021 est entachée d'illégalité dès lors que l'avis de la commission de recours amiable, qui la précède, est lui-même illégal ; en effet, la commission de recours amiable s'est réunie en avril 2021 sans que sa composition, qui n'était au demeurant pas paritaire, n'ait été renouvelée en début d'année civile ; en outre, la commission s'est réunie en l'absence de convocation régulière de ses membres, et sans observer le quorum ;
- il n'est pas établi que le contrôle aurait été réalisé conformément aux dispositions des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- l'agent contrôleur n'a pas fait l'objet d'une décision de nomination par l'autorité compétente ;
- celui-ci n'a pas été davantage agréé provisoirement ou définitivement, pour effectuer un tel contrôle ;
- l'agent ayant effectué le contrôle n'était pas assermenté, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale ;
- l'administration ne justifie pas de manière probante que l'intéressé aurait effectué des séjours à l'étranger d'une durée supérieure à trois mois, faisant obstacle à l'octroi de l'aide personnalisée en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 3 août 2021 et 5 septembre 2022 sous le n° 2106242, M. B D, représenté par la société DBKM avocats (Me Moutoussamy), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 10 297,44 euros, au titre de la période de décembre 2017 à mai 2020, ensemble la décision du 27 avril 2021 rejetant son recours administratif préalable obligatoire ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 10 297,44 euros résultant du trop-perçu dont il s'agit ;
3°) d'enjoindre à la métropole de Lyon de lui restituer les sommes prélevées ;
4°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon la somme de 1 223 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision de rejet de sa demande est insuffisamment motivée ;
- l'indu en cause n'est pas justifié tant dans son principe que dans son montant ;
- il n'est pas établi que le contrôle aurait été réalisé conformément aux dispositions des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- l'agent contrôleur n'a pas fait l'objet d'une décision de nomination par l'autorité compétente ;
- celui-ci n'a pas été davantage agréé provisoirement ou définitivement, pour effectuer un tel contrôle ;
- l'agent ayant effectué le contrôle n'était pas assermenté, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale ;
- l'administration ne justifie pas de manière probante que l'intéressé aurait effectué des séjours à l'étranger d'une durée supérieure à trois mois, faisant obstacle à l'octroi de l'allocation du revenu de solidarité active et de l'aide exceptionnelle de solidarité, en cause. Elle n'a d'ailleurs jamais déclaré de traitement de données de connexion auprès de la CNIL.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, la métropole de Lyon, représentée par la SELARL Carnot, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête n°2106242 est tardive et qu'en outre, aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions (RSA et APL) du 6 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Habchi, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, afin de statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations, ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement, ou en faveur des travailleurs privés d'emploi.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, premier conseiller, et les observations de Me Litzler, pour la métropole de Lyon, dans l'affaire n°2106242.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2106241 et n° 2106242 présentées pour M. D concernent la situation d'un même allocataire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. D, né le 18 août 1979, divorcé, a bénéficié de l'allocation du revenu de solidarité active en qualité de personne seule depuis le mois de juin 2013, versée par la caisse d'allocations familiales du Rhône, ainsi que de l'aide personnalisée au logement pour l'appartement qu'il occupe depuis le 1er juillet 2016 à Lyon 6ème. A la suite d'un contrôle sur pièces et sur place diligenté par la caisse d'allocations familiales du Rhône en août 2020, l'agent assermenté de cette caisse d'allocations familiales a constaté, d'une part, que M. D avait effectué plusieurs séjours en Arabie saoudite et en Algérie, faisant obstacle à l'octroi de l'allocation du revenu de solidarité active et de l'aide personnalisée au logement. D'autre part, l'agent a aussi relevé que plusieurs sommes en euros avaient été virées au crédit du compte bancaire de l'intéressé, sans que ce dernier n'en fasse état au sein des déclarations trimestrielles de ressources, pour les années 2017 à 2020. Ces sommes ont été, par conséquent, réintégrées dans l'assiette de calcul du revenu de solidarité active socle. Après avoir été reçu le 21 août 2020 par les services de la caisse d'allocations familiales du Rhône, M. D s'est vu notifier un indu d'un montant global de 14 368,44 euros comprenant un indu de 10 147,44 euros de revenu de solidarité active, pour la période de décembre 2017 à mai 2020, un indu de 4 071 euros d'aide personnalisée au logement pour les mois de décembre 2018 à octobre 2019, puis un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre de l'année 2020. Puis, M. D a contesté l'ensemble de ces indus par courrier du 14 janvier 2021 et en a demandé, à titre subsidiaire, la remise gracieuse auprès du gestionnaire des allocations concernées. Mais, par une décision du 27 avril 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône, après avoir saisi la commission de recours amiable concernant l'indu d'aide personnalisée au logement dont il s'agit, a rejeté l'ensemble de ses demandes. Par une première requête, l'allocataire demande au tribunal d'annuler cette décision, concernant l'indu d'd'aide personnalisée au logement , et de le décharger de l'obligation de payer cette somme. Dans une seconde requête, M. D demande également au tribunal la décharge de l'indu de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de solidarité, qui lui a été notifié le 27 avril 2021 à la suite du rejet de son recours administratif, soit une somme totale de 10 297,44 euros.
En ce qui concerne l'indu d'aide personnalisée au logement :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige du 27 avril 2021 ni des autres pièces versées à l'instruction que la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône serait senti liée par l'avis de la commission de recours amiable du Rhône, dont elle s'est au contraire approprié l'avis, contrairement à ce que soutient M. D. D'ailleurs, il résulte des termes mêmes de cette décision que l'autorité administrative a rejeté le recours administratif de l'intéressé " après examen [de votre] dossier et avis de la commission de recours amiable ", en joignant au demeurant une copie dudit avis à la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône n'aurait pas exercé l'ensemble des compétences qu'elle détient des dispositions législatives et règlementaires du code de la construction et de l'habitation, en ce qui concerne le refus d'aide personnalisé au logement en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité administrative se serait senti liée par l'avis de la commission de recours amiable, ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, en s'appropriant l'avis de la commission de recours amiable, en date du 22 avril 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a entendu motiver sa décision par référence à cet avis. A cet égard, il résulte des termes de l'avis en cause, annexé à la décision attaquée, que l'autorité administrative a bien fait état des éléments de fait et de droit qui ont constitué le fondement de la décision de refus contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, M. D soutient que " la matérialité des indus " n'est pas rapportée par la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône. Toutefois, si le requérant a entendu contester le bien fondé des indus mis à sa charge, et se prévaut de l'absence de matérialisation de ces derniers, il résulte des termes mêmes de la décision initiale du 19 novembre 2020 édictée par la caisse d'allocations familiales que trois indus exposés au point 2 ont été mis à la charge de l'allocataire, dont le second, d'un montant de 4 701 euros au titre de l'aide personnalisée au logement, résultant d'une résidence continue de plus de trois mois à l'étranger. Ces indus sont en outre matérialisés par le courrier du 19 novembre 2020, ainsi que par le tableau des indus établi par l'autorité gestionnaire, tous deux joints aux débats. C'est donc à tort que M. D soutient que la " matérialité des indus " ne serait pas établie.
6. En quatrième lieu, M. D excipe de l'illégalité de la décision en litige au motif qu'elle se fonderait sur un avis de la commission de recours amiable, qui serait lui-même entaché d'illégalité. Il soutient tout d'abord que cet avis serait illégal en raison de l'irrégularité de la composition de la commission de recours amiable, qui a statué sur sa situation le 22 avril 2021, et dont les membres n'auraient pas été renouvelés, en méconnaissance des dispositions combinées de l'article R. 142-2 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 19 juin 1969 relatif à la désignation des membres des commissions de recours gracieux des organismes de sécurité sociale. Toutefois, à supposer que ce moyen soit opérant, il résulte en tout état de cause des pièces versées en défense, notamment du procès-verbal du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales, daté du 9 décembre 2020 que les membres de la commission de recours amiable ont fait l'objet d'un renouvellement pour l'année 2021. De même, contrairement à ce qu'expose M. D, la parité des membres salariés et non-salariés, ainsi que cela ressort du procès-verbal de la commission du 22 avril 2021, était également respectée, en application des dispositions de l'article 6 de l'arrêté susvisé du 19 juin 1969. Enfin, il résulte des pièces versées à l'instruction, notamment des courriers de convocation produits en défense, que les membres de cette commission ont été régulièrement convoqués. D'ailleurs, contrairement à ce que soutient M. D, il résulte également de l'instruction que la composition de la commission de recours amiable a respecté la règle du quorum prévue à l'article R. 142-2 du code de la sécurité sociale. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la composition de la commission de recours amiable serait irrégulière, ne peut qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, les articles L. 114-19 et L. 114-20 du code de la sécurité sociale ont instauré, à des fins de contrôle, un droit de communication auprès de tiers limitativement énumérés au bénéfice des organismes de sécurité sociale. En vertu de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, il incombe à l'organisme de sécurité sociale qui fait usage de ce droit de communication d'informer l'allocataire de l'origine et de la teneur des renseignements qu'il a effectivement utilisés pour décider de supprimer l'octroi du revenu de solidarité d'activité et de récupérer un indu de revenu de solidarité active. Cette obligation a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement de l'indu qui en procède, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Ces dispositions instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'indu s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
8. Si M. D soutient que son droit de communication a été méconnu, il résulte toutefois de l'instruction, que l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales l'a informé de l'utilisation qu'il avait faite du droit de communication prévu à l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale par un courrier du 2 septembre 2020. De même, le rapport d'enquête qui a été communiqué à l'intéressé mentionne cette information. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En sixième lieu, M. D conteste la régularité du contrôle au motif que l'agent M. C A n'aurait pas été assermenté et agréé, et dûment nommé par l'autorité administrative. Toutefois, l'allégation selon laquelle l'agent chargé du contrôle ne serait pas agréé et assermenté, puis nommé est contredite par la copie, fournie en défense, de la décision d'agrément du 12 avril 2017 à effet au 27 mars précédent, et du procès-verbal de prestation de serment de cet agent, le 17 octobre 2016. Cet agent de contrôle bénéficie également d'une délégation permanente pour l'exercice des contrôles sur pièces et sur place par décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône du 27 mars 2017, délégation qu'elle a confirmé à nouveau avoir consentie par acte du 17 mai 2021. Dès lors, M. D ne saurait sérieusement soutenir que l'agent de contrôle n'aurait pas été habilité à procéder au contrôle de sa situation personnelle et sociale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En septième et dernier lieu, il résulte de l'instruction, et cela n'est pas utilement contredit par les pièces versées par l'intéressé, que M. D a effectué plusieurs séjours à l'étranger, notamment en Algérie et en Arabie saoudite, durant les années de 2017 à 2020, ce dernier ayant été notamment absent du territoire français pendant plus de neuf mois, en violation des prescriptions de l'article R. 351-1 du code de la construction et de l'habitation, lesquelles prévoient une présence minimale de l'allocataire de huit mois en France. D'ailleurs, l'exercice du droit de communication mentionné au point 6 a conduit l'agent assermenté à constater que M. D n'avait procédé à aucun retrait d'argent sur le territoire national, durant plusieurs mois, et qu'il n'avait pas davantage démontré le caractère professionnel de ces séjours au Maghreb et au Proche-Orient, ni justifié d'un cas de force majeure. En outre, il résulte de l'instruction, et ce sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la validité des connexions internet à l'étranger de l'allocataire, que M. D a bénéficié, en tout état de cause, de plusieurs virements bancaires totalisant plus de 16 000 euros durant la période de fin 2017 à début 2020, qui n'ont jamais été déclarés par l'allocataire de l'aide personnalisée au logement en litige, sans que l'intéressé ne puisse sérieusement justifier de la provenance et de l'utilisation de ces fonds, qui doivent être regardés comme des libéralités, et partant, des ressources de l'allocataire. Par suite, le moyen, pris en toutes ses branches, tiré de ce que l'indu en litige serait infondé, ou serait entaché d'une erreur de droit ou d'appréciation ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que l'indu d'aide personnalisée au logement n'est entaché d'aucune illégalité.
En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de solidarité et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la métropole de Lyon :
12. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indument versés, il appartient au juge d'examiner d'abord les moyens tirés, le cas échéant, des vices propres de cette décision pour en prononcer, s'il y a lieu, l'annulation ; que dans ce dernier cas, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision ; que dans le cas où aucun vice propre n'est de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée, il appartient au juge d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée afin d'y statuer lui-même et d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision.
13. En premier lieu, M. D soutient que " la matérialité de l'indu " de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de solidarité n'est pas rapportée par la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône et par la métropole de Lyon. Toutefois, si le requérant a entendu contester le bien-fondé des indus mis à sa charge, et se prévaut de l'absence de matérialisation de ces derniers, il résulte des termes mêmes de la décision initiale du 19 novembre 2020 édictée par la caisse d'allocations familiales, ainsi qu'il a été dit précédemment que trois indus exposés au point 1 ont été mis à la charge de l'allocataire, dont celui lié au revenu de solidarité active et celui lié à l'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant respectif de 10 147,44 euros et de 150 euros, résultant d'une résidence continue de plus de trois mois à l'étranger. Ces indus sont en outre matérialisés par le courrier du 19 novembre 2020, ainsi que par le tableau des indus établi par l'autorité gestionnaire, tous deux joints aux débats. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment du courrier (non retiré) du 8 avril 2021 du président de la métropole de Lyon, faisant suite au recours administratif de M. D, que l'autorité administrative a mentionné l'ensemble des raisons de fait et de droit qui ont conduit au maintien de l'indu de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de solidarité, en litige. C'est donc à tort que M. D soutient que la " matérialité des indus " ne serait pas établie.
14. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'indu en litige ne serait pas suffisamment motivé en fait et en droit.
15. En troisième lieu, M. D reprend dans le dernier état de ses écritures, les moyens articulés contre l'indu d'aide personnalisée au logement, à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de solidarité, en particulier ceux tirés de ce que le contrôle aurait été réalisé en violation des dispositions des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale, ou celui tiré de ce que l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Rhône ne serait pas habilité à effectuer un tel contrôle. Il y a lieu d'écarter l'ensemble de ces moyens par adoption des motifs retenus aux points 7, 8 et 9.
16. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction, et cela n'est pas utilement contredit, que M. D a résidé à l'étranger pour plusieurs périodes couvrant les mois de septembre 2018 à novembre 2020, ainsi qu'il a été dit auparavant. Le requérant ne justifiait donc pas d'une résidence permanente au sens de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, s'agissant de l'indu de revenu de solidarité active en cause. En outre, l'intéressé a bénéficié de plusieurs virements bancaires inscrits à son compte courant en France, sans que ces sommes, qui ne sauraient constituer des prêts ou des dons familiaux contrairement à ce qui est soutenu, aient été portées à la connaissance du service gestionnaire, par le truchement des déclarations trimestrielles de ressources. Si M. D se prévaut de ce qu'il résidait à l'étranger pour des durées inférieures à trois mois, il résulte toutefois de l'instruction que l'intéressé, qui n'a au demeurant pas fourni la copie de son passeport, a déclaré au cours du contrôle diligenté en 2020 par la caisse d'allocations familiales du Rhône, avoir résidé plusieurs mois en Algérie et en Arabie saoudite. D'ailleurs, aucun retrait bancaire n'a été effectué en France au cours de la période du 17 décembre 2018 au 8 octobre 2019, l'intéressé n'ayant au surplus exercé aucune activité professionnelle sur le territoire, ni même cherché à démontrer qu'il s'était engagé dans un parcours d'insertion sociale et professionnelle. A cet égard, il ne disposait pas davantage de contrat d'engagement réciproque pour les périodes en litige, en violation des articles L. 262-34 et suivants du code de l'action sociale et des familles, dès lors que ce contrat n'a été signé que le 18 janvier 2021, à son retour sur le sol français. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'appréciation sur la situation qui lui était soumise, que le président de la métropole de Lyon a mis à la charge de M. D un indu de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant global de 10 297,44 euros.
17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la métropole de Lyon, que les conclusions des deux requêtes doivent être rejetées, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2106241 et 2106242 présentées par M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône, et au président de la métropole de Lyon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
H. HABCHI
La greffière,
C. TOUJA
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
Un greffier,
N°2106241, 210624
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026