mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | TETE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 août 2021, 5 avril et 10 mai 2022, Mme D A, représentée par Me Tête, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes l'a suspendue du droit d'exercer la maïeutique pour une durée de cinq mois ;
2°) de supprimer le paragraphe commençant par " sur l'accouchement du 19 avril 2015 " et se terminant par " 24 mai 2021 " des écritures de l'agence régionale de santé ;
3°) de canceller la pièce n° 8 bis produite ;
4°) de condamner l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure contradictoire prévue par l'article L. 4113-14 du code de la santé publique n'a pas été respectée ; elle n'a pas été reçue par une personne habilitée à la recevoir ;
- elle n'avait pas été informée de circonstances médicales déterminantes, en application de l'article R. 4127-58 du même code ; aucun manquement ne saurait lui être reproché dans le déroulé de l'accouchement à domicile en litige ; elle fait l'objet d'un harcèlement administratif, caractérisé notamment par la sanction illégale dont elle a fait l'objet le 23 octobre 2018 et les diverses procédures pour exercice illégal de la profession ;
- les mentions dont la suppression est demandée contreviennent à l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 mars et 26 avril 2022, l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 11 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022.
Un mémoire a été enregistré pour Mme A le 2 janvier 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,
- et les observations de Me Tête, pour Mme A, et celles de Mme C, pour l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, sage-femme exerçant à titre libéral, demande l'annulation de la décision du 11 juin 2021 par laquelle le directeur de l'agence régionale de santé l'a suspendue, avec effet immédiat, du droit d'exercer la maïeutique pour une durée de cinq mois, en application de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique.
Sur la demande de cancellation :
2. Mme A demande au tribunal de procéder à la cancellation de la pièce n° 8 bis produite par l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes dès lors que cette pièce porterait atteinte à la présomption d'innocence. Toutefois, il ressort de l'examen de cette pièce, qui correspond à un procès-verbal d'audition d'une ancienne patiente de Mme A dans le cadre d'une plainte déposée à son encontre, que les faits relatés sont en liens avec ceux retenus par le directeur général de l'agence régionale de santé dans sa décision. Dès lors qu'une telle pièce, dont la requérante n'établit par ailleurs pas qu'elle aurait été classée sans suite, permet au juge d'apprécier les fondements factuels de la décision en litige, elle ne saurait être regardée comme portant une atteinte à la présomption d'innocence de la requérante. Par suite, la demande doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, lorsque la poursuite de son exercice par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme expose ses patients à un danger grave, le directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel prononce la suspension immédiate du droit d'exercer pour une durée maximale de cinq mois. Il entend l'intéressé au plus tard dans un délai de trois jours suivant la décision de suspension. () Le directeur général de l'agence régionale de santé dont relève le lieu d'exercice du professionnel peut à tout moment mettre fin à la suspension qu'il a prononcée lorsqu'il constate la cessation du danger. Il en informe le conseil départemental et le conseil régional ou interrégional compétents et, le cas échéant, la chambre disciplinaire compétente, ainsi que les organismes d'assurance maladie et le représentant de l'Etat dans le département ".
4. En premier lieu, la mesure de suspension immédiate prise à l'encontre de Mme A a le caractère d'une mesure conservatoire et non disciplinaire. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, elle n'est pas au nombre des décisions qui doivent être précédées d'une procédure contradictoire. En tout état de cause, les circonstances, à les supposer avérées, que son conseil n'a pu préparer sa défense de manière satisfaisante lors de l'entretien postérieur à la suspension, et qu'elle n'y a pas été reçue par une personne habilitée à le faire, sont sans incidence sur la régularité de la procédure préalable à l'intervention de la décision attaquée, laquelle est distincte de l'éventuelle décision d'abrogation ou maintien de suspension, à la suite de l'entretien en cause, qui ne saurait intervenir en l'absence de toute demande de l'intéressée. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité de cette procédure étant inopérant, il doit être écarté.
5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, à la suite de la prise en charge d'une patiente en Saône-et-Loire dans le cadre d'un accouchement à domicile le 24 mai 2021, a fait l'objet d'un signalement le 4 juin suivant de la part du réseau association des utilisateurs du réseau obstétrico-pédiatrique régional et, le 7 juin suivant, d'un signalement émanant de la directrice du groupement hospitalier nord des Hospices civils de Lyon. Le 8 juin, le directeur de l'agence régionale de santé a été saisi d'une demande de suspension de Mme A d'exercice de la maïeutique par la présidente du conseil national de l'ordre des sage-femmes. Le 10 juin 2021, la prise en charge en cause a fait l'objet d'un signalement " événement indésirable grave associé au soin " (EIGS) du fait du décès de l'enfant à naître. Il ressort de l'ensemble de ces signalements qu'il est reproché à la requérante d'avoir pris en charge sa patiente pour un accouchement à domicile, alors que cette dernière présentait une contre-indication formelle de tout accouchement par voie basse, et d'avoir abandonné la patiente avant l'arrivée des secours en sollicitant de ne pas signaler sa présence lors de l'accouchement. La décision attaquée indique également que les faits en litige prennent place dans un contexte professionnelle caractérisé par une interdiction d'exercer visant la requérante pendant un an à compter du 7 janvier 2019, du fait de trois prises en charge à domicile, en 2014 et 2016, s'étant traduites par deux abandons de patientes aux urgences et des pratiques constitutives de manquements professionnels. Cette décision mentionne également un EIGS constaté le 12 avril 2020 impliquant la requérante et ayant entraîné un décès fœtal, EIGS faisant l'objet d'une saisine de la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des sage-femmes. Enfin, cette décision mentionne les multiples plaintes devant les juridictions pénales visant Mme A, et notamment celle relative une suspicion d'exercice illégal lors de sa suspension, faits ayant donné lieu à une sanction disciplinaire de suspension d'exercice pour une durée de 18 mois le 7 octobre 2021.
6. D'une part, si Mme A soutient que le récit de la parturiente, s'agissant des faits s'étant déroulés le 24 mai 2021, est entaché d'insincérité et que sa prise en charge a été faite en l'absence de toute information pertinente quant à la situation médicale de l'intéressée, du fait de sa volonté de la " tromper ", il n'en demeure pas moins qu'il incombait à Mme A de s'assurer de disposer de telles informations nécessaires à la prise en charge de l'intéressée, conformément aux dispositions des articles R. 4127-309 et R. 4127-326 du code de la santé publique, ainsi que l'a relevé la chambre disciplinaire nationale de l'ordre des sages-femmes dans sa décision du 20 octobre 2021 la radiant du tableau de l'ordre des sages-femmes. De même, les explications techniques exposées par Mme A, s'agissant du déroulé de l'accouchement en cause, ne concernent que les derniers moments de la prise en charge et ne permettent nullement d'expliquer les raisons d'un délai de plus de sept heures entre le constat d'un accouchement par le siège, dangereux dans les conditions d'un accouchement à domicile et excédant, selon ses déclarations mêmes, les compétences de Mme A, et la sollicitation des secours. Il est par ailleurs constant qu'un tel délai a compromis de manière déterminante les chances de survie de l'enfant à naître. Enfin, si Mme A soutient avoir été présente jusqu'à l'arrivée des secours et avoir informé ces derniers des éléments nécessaires à la prise en charge en urgence de l'accouchement, de tels éléments, infirmés par les déclarations du couple pris en charge, ne sont nullement corroborés par les comptes rendus de cette intervention qui ne font pas état de la présence de Mme A ou de quelque transmission d'information que ce soit.
7. D'autre part, Mme A conteste également la réalité d'un contexte de pratiques antérieures à même de caractériser l'urgence de la suspension en litige. Toutefois, en se bornant à contester les faits intervenus les 19 avril 2015 et 12 avril 2020 et en faisant état des fragilités juridiques dont elle estime entachée la décision de suspension d'exercice pendant un an prononcée à son encontre le 23 octobre 2018, qu'elle n'a pas contesté, la requérante ne remet nullement en cause la réalité des risques présentés par les prises en charge en cause, qui ne saurait résulter du devenir des plaintes pénales, non plus qu'elle n'explique de manière satisfaisante les incidents graves relevés par un " harcèlement " institutionnel à l'encontre de la pratique d'accouchement à domicile.
8. Il résulte de tout ce qui précède que tant les faits reprochés à Mme A que le contexte de pratiques dans lesquels ils s'inséraient caractérisaient une exposition des patientes de la requérante à un danger grave, situation revêtant un caractère d'urgence. Mme A n'est ainsi pas fondée à soutenir que le directeur général de l'ARS aurait méconnu les dispositions de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique en la suspendant, à effet immédiat, du droit d'exercer la maïeutique pour une durée de cinq mois.
Sur les conclusions accessoires :
9. D'une part, les mémoires en défense de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes ne contiennent pas, contrairement à ce qui est soutenu par Mme A, d'imputation à caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire, au sens de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, de nature à en justifier la suppression. Il n'y a pas lieu, par suite, de faire droit aux conclusions de Mme A tendant à une telle suppression.
10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser la somme que demande Mme A sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Deniel, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026