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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106389

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106389

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP ARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2021, et des mémoires enregistrés le 27 mai 2022 et le 17 juin 2022, Mme C A, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle le directeur général des Hospices civils de Lyon l'a licenciée pour insuffisance professionnelle ;

2°) d'enjoindre aux Hospices civils de Lyon de la réintégrer dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente : d'une part, elle a été signée par la directrice de la gestion des carrières dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature à cette fin ; d'autre part, le licenciement ne pouvait être ordonné que par l'Agence régionale de santé qui est son réel employeur ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière : la commission consultative paritaire était irrégulièrement constituée, dès lors qu'il y avait plus de représentants de l'administration que de représentants du personnel en méconnaissance de l'article 2-1 du décret du 6 février 1991 ; il n'est, en outre, pas démontré que ces représentants ont été régulièrement convoqués ; enfin, il n'est pas établi que l'avis de la commission ait été rendu préalablement à l'édiction de la décision litigieuse ;

- la décision a été prise en violation des droits de la défense ;

- elle procède d'une erreur dans la qualification juridique des faits dès lors qu'elle repose sur des faits dont la matérialité n'est pas établie et qui, en tout état de cause, ne sauraient caractériser une insuffisance professionnelle ;

- elle méconnaît l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, car elle s'inscrit dans un processus de harcèlement moral dont elle est victime de la part du chef du service de pneumologie.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 mai 2022 et le 8 juin 2022, les Hospices civils de Lyon, représentés par Me Jean-Pierre, concluent au rejet de la requête et demandent que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Arvis représentant Mme A, de Mme A et de Me Brunière représentant les Hospices civils de Lyon.

Et après avoir pris connaissance de la note en délibéré présentée pour les Hospices civils de Lyon, enregistrée le 25 octobre 2022, et de la note en délibéré présentée pour Mme A, enregistrée le 4 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée pour la première fois par les Hospices civils de Lyon sous couvert d'un contrat à durée déterminée, à compter du 2 avril 2013, pour occuper l'emploi de conseiller médical en environnement intérieur dans le cadre d'une convention de financement conclue avec l'Agence régionale de santé. Son contrat a été renouvelé, jusqu'à la signature d'un contrat à durée indéterminée prenant effet au 1er mai 2019. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 2 juin 2021 prononçant son licenciement pour insuffisance professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions.

3. L'emploi de conseiller en environnement intérieur consiste, selon la fiche de poste produite dans la présente instance, dans l'analyse de l'environnement des patients atteints de pathologies respiratoires chroniques, afin d'identifier les sources de polluants ou d'allergènes susceptibles de déclencher ou d'aggraver leurs troubles. Cette analyse est réalisée pour l'essentiel au domicile du patient, et donne lieu à l'élaboration d'un rapport contenant un diagnostic et des recommandations, destiné au praticien chargé du suivi médical et aux institutions en charge du logement et de l'accompagnement social.

4. Pour fonder le licenciement de Mme A, les Hospices civils de Lyon ont retenu que l'intéressée s'est abstenue de transmettre à son chef de service, les comptes-rendus des visites à domicile réalisées chez les patients depuis 2018, et n'a notamment pas pris soin de saisir ces comptes-rendus sur le logiciel de suivi des patients. Il est également reproché à Mme A de n'avoir pas répondu aux demandes de justifications émanant de l'Agence régionale de santé, et de ne pas utiliser le badge aux fins de pointage, rendant impossible le contrôle de son temps de travail.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'un courriel avait été adressé le 10 août 2017 aux membres du service de pneumologie, dont relève Mme A, placé sous l'autorité du professeur D, demandant que les comptes-rendus des visites à domicile soient transmis sur support papier au médecin par Mme A, et ne soient saisis dans le logiciel patient par les secrétaires du service qu'une fois validés par le praticien. Si Mme A soutient, dans ses écritures comme au cours de l'entretien réalisé dans le cadre de la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle, qu'elle a toujours transmis les comptes-rendus au professeur D, et si elle fait valoir que c'est le praticien lui-même qui bloquait ces rapports en ne les validant pas et en empêchant ainsi leur saisie dans le logiciel patient par les secrétaires dans un délai raisonnable, elle n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. Elle ne démontre donc pas avoir porté les comptes-rendus des années 2019 et 2020 à la connaissance du professeur D, ni l'avoir fait, le cas échéant, dans des délais satisfaisants pour le suivi médical des patients.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'Agence régionale de santé elle-même s'est plainte auprès des Hospices civils de Lyon par courrier du 3 mars 2020 à la suite d'une réunion de pilotage avec le professeur D et Mme A, puis par un second courrier du 8 juillet 2020, de ne pas pouvoir réaliser le suivi de l'action dont elle assure pourtant le financement, faute d'information sur le retour des visites effectuées par Mme A auprès des patients. Si Mme A soutient n'avoir été informée de ce courrier qu'au mois d'août 2020, et s'être fait voler les documents qu'elle avait préparés à destination de l'Agence régionale de santé au cours de ses congés d'été, elle n'établit pas davantage la réalité de ses allégations. En tout état de cause, le seul bilan d'activité au titre de l'année 2019, à caractère général, réalisé par l'intéressée et transmis à l'Agence et aux Hospices civils de Lyon dans le cadre de la procédure de licenciement, n'est pas suffisant pour démontrer que Mme A aurait effectivement transmis à l'Agence et au professeur D l'intégralité des comptes-rendus de visite établis au cours de cette année et au cours de l'année 2020.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'il a été demandé à Mme A de pointer sur ses heures de présence au sein du service de pneumologie, afin de pouvoir évaluer son temps de travail en dehors des visites à domicile. Si l'intéressée soutient s'être vue refuser l'octroi d'un badge à cette fin, elle n'établit pas davantage la réalité de ses allégations, et ne conteste donc pas sérieusement s'être abstenue d'obéir à la consigne qui lui avait été donnée.

8. Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que soutient Mme A, la décision en litige repose sur des faits dont la matérialité est établie par les pièces versées au dossier.

9. Toutefois, et d'une part, le manquement évoqué au point 7 ci-dessus, qui n'affecte pas la capacité de Mme A à exercer les attributions pour lesquelles elle a été recrutée, ne saurait servir à démontrer l'insuffisance professionnelle de l'intéressée.

10. D'autre part, il est constant que Mme A a donné entière satisfaction dans l'exercice de ses fonctions entre 2013 et 2018, ses contrats ayant été, par ailleurs, systématiquement renouvelés avant d'être transformés en contrat à durée indéterminée. Il est également constant que l'Agence régionale de santé n'a émis aucune critique sur le travail de l'intéressée avant le courrier du 3 mars 2020, pas plus que la direction des ressources humaines des Hospices civils de Lyon qui n'a organisé une réunion lui rappelant les modalités de remise de ses rapports qu'en janvier 2020. Il n'est pas davantage contesté que le contenu des rapports établis par Mme A était pertinent et adapté au suivi des patients, tandis qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas soutenu, que les organismes sociaux auraient fait part de quelconques difficultés dans leurs relations avec l'intéressée ou la mise en œuvre des recommandations contenues dans ces rapports. Ainsi, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme A serait inapte à accomplir les missions pour lesquelles elle a été recrutée, tandis que les manquements évoqués ci-dessus se rapportent davantage à une négligence fautive ou une mauvaise volonté de l'intéressée dans l'exercice de ses fonctions, de nature à justifier, le cas échéant, l'engagement de poursuites disciplinaires.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la décision ordonnant le licenciement de Mme A, est entachée d'erreur dans la qualification juridique des faits. Elle doit donc être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que les Hospices civils de Lyon réintègrent Mme A dans son emploi. Il y a donc lieu, pour le tribunal, de leur ordonner d'y procéder dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 juin 2021 du directeur général des Hospices civils de Lyon est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général des Hospices civils de Lyon de réintégrer Mme A dans son emploi, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Les Hospices civils de Lyon verseront à Mme A une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de Hospices civils de Lyon présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Gros, premier conseiller.

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

La rapporteure,

E. de Lacoste Lareymondie

Le président,

T. Besse

La greffière

S. Lecas

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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