mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistré les 9 août 2021, 20 mai et 10 juin 2022, M. et Mme J, M. O, M. et Mme R, M. B et Mme H, M. et Mme E, M. Q et Mme P M. M et Mme L, M. et Mme C, M. D et Mme F, les premiers nommés ayant la qualité de représentants uniques pour l'application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, représentés par Me Lacroix, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel le maire de Caluire-et-Cuire a délivré à la SLC Pitance un permis de construire, valant permis de démolir, pour la réalisation d'un ensemble immobilier de quarante-deux logements sur un terrain situé rue Coste, ensemble la décision 18 juin 2021 de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Caluire-et-Cuire la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors qu'elle n'est pas tardive et qu'ils justifient d'un intérêt pour agir ;
- l'arrêté du 18 janvier 2021 est entaché d'incompétence ;
- l'autorisation d'urbanisme en litige a été délivrée sur la base d'un dossier dont il n'est pas démontré qu'il serait complet ; il ne comprend pas l'attestation prévue par le n) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;
- par conséquent, le permis de construire en litige méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, ayant été délivré sans que le maire puisse s'assurer que les mesures de gestion de pollution des sols avaient été prises en compte ;
- le projet autorisé méconnaît l'article 2.2.1.3 des dispositions spécifiques à la zone UCe3 du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon ;
- il méconnaît l'article 2.5.1.3 des dispositions spécifiques à cette zone ;
- il méconnaît l'article 3.3.2 des dispositions spécifiques à cette zone ;
- il méconnaît les articles 4.1.1 et 4.2.1 des dispositions spécifiques à cette zone ;
- il méconnaît les articles 5.1.1.2.1 et 6.2.2 des dispositions spécifiques à cette zone ainsi que l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le projet est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation n° 2 " Coste-Canuts ".
Par un mémoire enregistré le 27 août 2021, M. B et Mme H, M. Q et Mme P et M. N se désistent de leurs conclusions à fin d'annulation et formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par deux mémoires enregistrés les 15 février et 15 juin 2022, la société SLC Pitance, représentée par Me Bornard, conclut au rejet de la requête au besoin, après avoir sursis à statuer pour régularisation d'un éventuel vice et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d'un intérêt pour agir ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par deux mémoires enregistrés les 20 mai et 15 juin 2022, la ville de Caluire-et-Cuire, représentée par Me Pyanet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d'un intérêt pour agir et pour M. et Mme R de répondre aux conditions posées par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 1er juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2022 à 16 h 30.
Par lettre du 24 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal est susceptible de retenir les moyens tirés des vices résultant de la méconnaissance du n) de l'article R.431-16 du code de l'urbanisme, de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en tant qu'il est soulevé au regard du risque de pollution des sols, et de l'article 2.2.1.2 des dispositions du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon spécifiques à la zone UCe3, de juger que cette illégalité est susceptible d'être régularisée et, en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il aura fixé pour cette régularisation.
M. et Mme J et autres ont produit des observations en réponse à cette lettre par mémoire enregistré le 28 juin 2022 et non communiqué.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G K,
- les conclusions de Mme Marie Monteiro, rapporteure publique,
- les observations de Me Viellard, représentant M. et Mme J et autres, requérants,
- et les observations de Me Chardonnet, représentant la commune de Caluire-et-Cuire.
- et celles de Me Mourey, pour la société SLC Pitance.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 octobre 2020, la société SLC Pitance a déposé en mairie de Caluire-et-Cuire une demande de permis de construire, valant permis de démolir les huit logements et le garage existants, pour la réalisation de trois immeubles réunissant quarante-deux logements sur un terrain situé rue Coste. M. et Mme J et autres demandent l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel le maire de Caluire-et-Cuire a accordé l'autorisation d'urbanisme sollicitée, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur le désistement partiel :
2. Par un mémoire enregistré le 27 août 2021, M. B et Mme H, M. Q, Mme P et M. N déclarent se désister de leurs conclusions à fin d'annulation et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur la fin de non-recevoir :
3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme J sont propriétaires d'une maison d'habitation située à proximité immédiate du projet, sur la parcelle jouxtant la limite séparative du terrain d'assiette des constructions envisagées. Eu égard à la proximité entre les constructions envisagées et leur maison, à la configuration des lieux et à la création de vues directes qui résultera nécessairement des ouvertures créées sur le bâtiment C projeté, M. et Mme J doivent être regardés, dans ces circonstances, comme justifiant d'un intérêt à agir à l'encontre de l'autorisation d'urbanisme en litige. La requête est dès lors recevable sans qu'il soit besoin de statuer sur l'intérêt pour agir des autres requérants, ni de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée à M. et Mme R sur le fondement de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ".
7. Le permis de construire en litige a été signé par M. A I, adjoint délégué à l'environnement et au développement durable, à l'urbanisme et aux ressources humaines en vertu d'une délégation de fonctions et de signature du maire de Caluire et Cuire datée du 23 mai 2020 qui ne présente pas un caractère général et définit avec une précision suffisante les limites de la délégation ainsi consentie, notamment dans le domaine de l'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, dans sa version alors applicable : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () n) Dans le cas prévu par l'article L. 556-1 du code de l'environnement, un document établi par un bureau d'études certifié dans le domaine des sites et sols pollués, ou équivalent, attestant que les mesures de gestion de la pollution au regard du nouvel usage du terrain projeté ont été prises en compte dans la conception du projet ; / () ". L'article L. 556-1 du code de l'environnement prévoit que : " Sans préjudice des articles L. 512-6-1, L. 512-7-6 et L. 512-12-1, sur les terrains ayant accueilli une installation classée mise à l'arrêt définitif et régulièrement réhabilitée pour permettre l'usage défini dans les conditions prévues par ces mêmes articles, lorsqu'un usage différent est ultérieurement envisagé, le maître d'ouvrage à l'initiative du changement d'usage doit définir des mesures de gestion de la pollution des sols et les mettre en œuvre afin d'assurer la compatibilité entre l'état des sols et la protection de la sécurité, de la santé ou de la salubrité publiques, l'agriculture et l'environnement au regard du nouvel usage projeté. / Ces mesures de gestion de la pollution sont définies en tenant compte de l'efficacité des techniques de réhabilitation dans des conditions économiquement acceptables ainsi que du bilan des coûts, des inconvénients et avantages des mesures envisagées. Le maître d'ouvrage à l'initiative du changement d'usage fait attester de cette prise en compte par un bureau d'études certifié dans le domaine des sites et sols pollués, conformément à une norme définie par arrêté du ministre chargé de l'environnement, ou équivalent. Le cas échéant, cette attestation est jointe au dossier de demande de permis de construire ou d'aménager./ () ".
9. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
10. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet supporte des bâtiments à démolir au sein desquels était exploitée une activité de carrosserie-peinture, fonderie de métaux légers, dépôt de liquides inflammables, garages, ateliers, mécanique et soudure, relevant de la réglementation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement. Alors que le projet de construction d'immeubles d'habitation porté par la société pétitionnaire implique un changement d'usage au sens de l'article L. 556-1 du code de l'environnement, aucune attestation équivalente à celle imposée par les prescriptions précitées n'a été jointe au dossier de demande de permis de construire. Si la commune de Caluire-et-Cuire se prévaut d'une étude réalisée en 2019 par le bureau d'études Ingéos certifié dans le domaine des sites et sols pollués pour la cession des parcelles d'assiette du projet, dans le cadre de laquelle ont notamment été réalisés sept sondages sols avant qu'un rapport soit ensuite rédigé le 28 mai 2019, ce bureau d'étude n'a établi l'attestation visée par l'article R. 431-16 précité que le 30 mars 2021, soit postérieurement à la délivrance du permis de construire attaqué. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée a été délivrée sur la base d'un dossier de demande de permis de construire incomplet, le maire n'étant pas, en l'absence de cette attestation, en possession des éléments permettant de s'assurer du respect, par le projet, des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.2.1.2 de la partie du règlement relative à la zone UCe3 : " Dans la bande de constructibilité secondaire - a. Dans les secteurs UCe3a et UCe3b. Les constructions peuvent être implantées en limite séparative* ou en retrait* de ces dernières. / Toutefois, une implantation en limite séparative* est privilégiée dès lors qu'une construction principale est implantée en limite séparative sur un terrain limitrophe. / Le retrait* est au moins égal à : - la hauteur de façade* moins 4 mètres (R = Hf-4 m), avec un minimum de 4 mètres, pour les constructions ayant une longueur de façade* supérieure à 15 mètres ; / - la moitié de la hauteur de façade* (R = Hf/2), avec un minimum de 4 mètres, pour les constructions ayant une longueur de façade* au plus égale à 15 mètres. ". L'article 2.5.1.3 de cette partie précise que " a. Dans les secteurs UCe3a et UCe3b. Le volume enveloppe de toiture et de couronnement* (VETC) s'inscrit dans le volume enveloppe délimité par le VETC intermédiaire*. / () ". Les dispositions de l'article 2.5.1.3 de cette zone prévoient que : " Le volume enveloppe de toiture et de couronnement (VETC) - a. Dans les secteurs UCe3a et UCe3b
Le volume enveloppe de toiture et de couronnement* (VETC) s'inscrit dans le volume enveloppe délimité par le VETC intermédiaire*. / Pour les constructions ou parties de construction ne comportant qu'un niveau*, seul le VETC bas* est applicable. / () ". Les dispositions de l'article 2.5.3.1 des dispositions communes à toutes les zones prévoient que : " Un niveau est le volume compris entre le dessus du plancher bas et le dessus du plancher haut qui lui est immédiatement supérieur. ()/ Le rez de chaussée est le premier niveau d'une construction./ () ".
12. Alors même que les plans identifient le volume central du bâtiment C en " R+2 " et révèlent que la société pétitionnaire n'avait pas entendu composer cette partie de construction d'un VETC intermédiaire en attique, il apparaît que le dernier niveau de ce volume présente également, comme l'avance la commune en défense, les caractéristiques d'un tel VETC autorisé dans la zone UCe3 pour les parties de construction comprenant plus d'un niveau comme en l'espèce. Dès lors, cet attique ne doit pas être pris en compte pour le calcul de la hauteur de façade de ce volume. Il ressort des pièces du dossier, notamment des cotes NGF permettant de déterminer la hauteur des façades, qu'en partie est de ce volume la hauteur de façade est de 6,10 mètres, le point de référence bas étant le terrain naturel à la cote NGF 242.83 et le point de référence haut correspondant au point de rencontre entre le dessus de la dalle brute du dernier niveau hors VETC et les façades, à la cote NGF 248.93. Ainsi, et dès lors que le retrait depuis la limite de fond de parcelle est d'au moins 4 mètres, les dispositions précitées sont respectées pour ce volume.
13. En revanche, la hauteur de façade est du volume du même bâtiment C le plus au nord, identifié en R+2+VETC, est de 9,21 mètres, le point de référence bas étant le terrain naturel à la cote NGF 242.83 et le point de référence haut correspondant au point de rencontre entre le dessus de la dalle brute du dernier niveau hors VETC et les façades, à la cote NGF 252.04. Ainsi, et dès lors que le retrait depuis la limite de fond de parcelle est inférieur à 5,21 mètres, les dispositions précitées sont méconnues.
14. En quatrième lieu, en application de l'article 2.5.1.3 des dispositions relatives à la zone UCe3 : " Le volume enveloppe de toiture et de couronnement (VETC) . a. Dans les secteurs UCe3a et UCe3b. Le volume enveloppe de toiture et de couronnement* (VETC) s'inscrit dans le volume enveloppe délimité par le VETC intermédiaire*. / () ". En vertu de l'article 2.5.4.1 des dispositions communes à toutes les zones : " Au sens du présent règlement, l'attique constitue le niveau supérieur d'une construction développant une surface de plancher moindre que celle des étages courants inférieurs et dont l'une au moins des façades est en recul par rapport au nu général d'une façade principale, généralement celle sur voie. Un attique peut s'inscrire, au sens du présent règlement, dans les VETC hauts et intermédiaires. ". L'article 2.5.4.2.2 des dispositions communes à toutes les zones prévoit que : " VETC intermédiaire. La hauteur maximale de ce VETC est : - soit de 4 mètres. Dans ce cas, il forme ainsi un niveau en attique. / - soit constituée par le volume déterminé par deux pentes de 40 % prenant appui sur un pied droit d'un mètre, prenant lui-même naissance au point haut de la mesure de la hauteur de façade de la construction. ". Aux termes de l'article 2.5.4.4 des dispositions communes à toutes les zones : " Règles applicables au VETC haut et au VETC intermédiaire. Sauf disposition contraire dans la partie II ou de la partie III du règlement, lorsque le VETC forme un niveau en attique, il est implanté avec un recul d'au moins 2,50 mètres par rapport au nu général de la façade de la construction faisant face à la limite de référence. Cet espace de recul peut accueillir des acrotères et des dispositifs architecturaux, dès lors qu'ils accompagnent la conception du VETC./ Toutefois, dès lors que la hauteur de façade des constructions est réglementée par le "plan des hauteurs", une valeur différente de recul de l'attique peut être appliquée, ou un retrait de l'attique par rapport à une autre façade de la construction peut être mis en œuvre, afin, selon les situations rencontrées, de : - prendre en compte les caractéristiques des constructions avoisinantes ou de la séquence urbaine environnant le projet ; / () ".
15. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de positionner le retrait de l'attique par rapport au nu général de la façade sur celle faisant face à la limite de référence ne concerne que les bâtiments situés aux droit de la voie publique. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de la règle prévue par l'article 2.5.4.4 précitée par les bâtiments B et C du projet, tous deux situés en cœur d'ilot.
16. Si le bâtiment A implanté aux droits de la rue Coste est surmonté d'un attique dont le recul par rapport au nu général de la façade ne fait pas face à la limite de référence, il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire a entendu inscrire son projet dans la règle alternative prévue par les dispositions précitées de l'article 2.5.4.4 en optant pour un retrait de l'attique par rapport à la façade sud afin de prendre en compte les caractéristiques des constructions avoisinantes qui présentent des épannelages du nord vers le sud, au moyen d'attiques orientés dans la même direction que ceux du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3.3.2 des dispositions spécifiques à la zone UCe3 : " Les espaces libres*, autres que les espaces de pleine terre*, reçoivent un traitement paysager minéral ou végétal au regard du contexte environnant. / a. Les espaces sur dalle non affectés à un usage privatif, qui n'entrent pas dans le décompte de l'emprise au sol* des constructions, sont dans la majeure partie de leur superficie végétalisés sur une épaisseur de terre d'au moins 40 cm, non compris le complexe drainant et isolant / () / Le traitement des circulations piétonnes privilégie l'emploi de revêtements perméables. ".
18. Si les requérants critiquent le cheminement piéton central en ce qu'il sera pavé, les dispositions précitées n'imposent pas un traitement des circulations piétonnes en revêtement perméable, alors au demeurant que la présence de pavés n'imperméabilise pas nécessairement les surfaces concernées. Par ailleurs, contrairement à ce que font valoir les requérants, le plan de coupe longitudinale qui ne représente l'épaisseur de terre que sur un linéaire précis traversant l'espace séparant les bâtiments A et B, ne permet pas de connaître l'épaisseur de terre envisagée sur la majeure partie de cet espace sur dalle non affecté à l'usage privatif. Ce plan dont se prévalent les requérants ne permet donc pas d'établir le non-respect des dispositions précitées. Le moyen tiré de la violation de l'article 3.3.2 doit donc être écarté en toutes ses branches.
19. En sixième lieu, aux termes de l'article 4.1.1 des dispositions de la zone UCe3 : " Conception du projet dans son environnement urbain et paysager. a. La conception du projet privilégie son insertion dans la morphologie urbaine de la zone considérée en prenant en compte son environnement urbain et paysager / () ". L'article 4.2.1 de cette même partie prévoit que : " Volumétrie, rythme du bâti et qualité des façades. a. Les volumétries ainsi que l'ordonnancement des constructions sont guidés par la composition urbaine et paysagère générale du projet. / b. Par le traitement de l'aspect extérieur, le projet prend en compte les spécificités architecturales des constructions avoisinantes, sans toutefois exclure la création architecturale, y compris contemporaine. / c. Les constructions présentent une simplicité de volume tout en favorisant des rythmes et des épannelages variés, caractéristiques du parcellaire en lanière et des rues des tissus de faubourg. Leurs gabarits doivent être adaptés à l'échelle générale des constructions avoisinantes. ".
20. Si les requérants critiquent un fort différentiel entre le terrain naturel déclaré par la société pétitionnaire et leur terrain naturel induisant un effet en surplomb du projet accentué, la pente alléguée du terrain naturel ne ressort pas des pièces du dossier. La commune explique d'ailleurs en défense que le terrain présente seulement une très légère pente ascendante n'excédant pas 4 % dans le sens ouest/est et nord/sud. Il n'est pas davantage établi que les cotes du terrain naturel indiquées dans le dossier de demande de permis de construire seraient erronées. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que le dimensionnement massif du bâtiment C crée une rupture au regard de la volumétrie des maisons individuelles de l'impasse située à l'est du projet, l'environnement immédiat de celui-ci compte de nombreux immeubles de logements collectifs dont plusieurs atteignent le R+5. Le bâtiment C, d'une hauteur plus mesurée variant du R+1 au R+2+VETC est en outre traité en épannelage, lequel permet d'atténuer l'aspect massif de cet immeuble au regard des maisons implantées à l'est dont certaines s'élèvent d'ailleurs en R+2. Par suite, le maire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les dispositions précitées étaient respectées par le projet.
21. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". En outre, l'article 5.1.1.2.1 des dispositions communes à toutes les zones prévoit que : " a. Règles applicables à l'ensemble des voies de desserte. Les voies de desserte des terrains : - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet situé sur le terrain à desservir ; - permettent la mise en œuvre de la défense incendie des constructions desservies. / b. Règles applicables aux voies nouvelles (). Les espaces de desserte interne, alors même qu'ils ne constituent pas des voies de desserte au sens des dispositions ci-avant, sont toutefois conçus afin de répondre aux besoins des projets qu'ils desservent, notamment en cas de pluralité de constructions ; ils répondent à ce titre à des caractéristiques de tracé, de largeur et de sécurité adaptés. ". En vertu de l'article 6.2.2.2 des dispositions communes : " Les constructions () disposent des moyens publics, et le cas échéant privés (équipements propres) permettant d'assurer la défense et la lutte contre l'incendie. "
22. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions du règlement départemental et métropolitain de défense extérieure contre l'incendie, qui ne sont pas directement opposables à l'autorisation d'urbanisme en litige. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que les véhicules de lutte contre l'incendie et de secours puissent accéder directement à chaque construction. Les requérants ne peuvent donc pas plus utilement critiquer l'absence de voie de desserte interne permettant aux véhicules de lutte contre l'incendie et de secours d'accéder au cœur du terrain puis au bâtiment C situé en fond de parcelle. D'ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration des lieux ferait obstacle à l'utilisation, le cas échéant, par les services de lutte contre l'incendie de leurs engins, dont les équipements peuvent être déployés jusqu'au fond du terrain d'assiette, et ne permettrait ainsi pas une approche adaptée du bâtiment C bien que ce dernier est situé à plus de 70 mètres de la voie publique. Il n'apparaît enfin pas que le cheminement piétonnier dont il n'est pas démontré qu'il comporterait des entraves pour les services de lutte contre l'incendie et de secours serait impraticable. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 5.1.1.2.1, 6.2.2.2 et R. 111-2 précités doit par suite être écarté.
23. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. /() ". L'article L. 151-7 du même code précise que : " Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : () 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ". Selon l'article L. 152-1 de ce code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions qu'une orientation d'aménagement et de programmation a pour objet de définir un ensemble de principes d'aménagement par des actions ou opérations visant, dans un souci de cohérence à l'échelle du périmètre qu'elle couvre, à mettre en valeur des éléments de l'environnement naturel ou urbain, ou à réhabiliter, restructurer ou aménager un quartier ou un secteur.
24. Les auteurs du plan local d'urbanisme de la métropole de Lyon ont institué une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 2 " Coste-Canuts " dont l'un des objectifs est de " favoriser le développement de liaisons piétonnes vers les stations de métro et bus et la Voie Verte " et qui définit les principes généraux d'aménagement structurant plusieurs ilots. Cette OAP précise, s'agissant de l'ilot D sur lequel se situe le projet, que " L'évolution de cet important îlot s'organisera de part et d'autre d'une allée piétonne centrale épaissie par un aménagement paysager qualitatif (pleine terre). Cette liaison piétonne desservira l'ensemble des programmes résidentiels. Elle sera accessible depuis la rue Coste par différents cheminements et éventuellement depuis la lisière du jardin de la maison bourgeoise située au nord, espace d'aération qualitatif ainsi préservé () ". Il ressort des pièces du dossier que le projet, bien que ne créant pas cette liaison piétonne, ne fait pas obstacle à sa réalisation, les bâtiments A et B étant séparés par un espace végétalisé suffisamment large pour accueillir le futur cheminement piétonnier. Si l'espace ainsi laissé pour cet aménagement ne se situe pas à l'emplacement exact de celui prévu par le schéma de l'OAP, il présente une direction nord-sud identique à celui préconisé par l'OAP sur l'ilot D. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'espace entre le bâtiment A et le bâtiment B présentera une largeur de 11,60 mètres, sera traité en espace verts de part et d'autre du cheminement central avec une épaisseur de terre confortable permettant de planter notamment des arbres de petits développement et ainsi créer un aménagement paysager qualitatif de part et d'autre de l'allée piétonne. Il ressort par ailleurs de la notice architecturale qui précise que, " comme le préconise l'OAP sur ce secteur, [l'implantation du projet] permet de conserver dans un premier temps un continuum paysager, et dans un hypothétique futur la création d'un chemin piéton arboré nord/sud ", que la société pétitionnaire n'exclut pas l'ouverture des murs de clôture projetés le moment venu. Enfin, les caractéristiques du tissu urbain à conserver à l'arrière de l'ilôt ne sont pas contrariées par le projet composé d'un bâtiment C de petit collectif variant du R+1 au R+2+VETC et présentant ainsi une volumétrie de dimension modérée permettant une transition vers les maisons d'habitation situées aux abords de l'impasse voisine. Par suite, il n'apparaît pas que le projet serait incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation n° 2 de la commune de Caluire-et-Cuire. Ce moyen doit dès lors être écarté.
Sur les conséquences de l'illégalité de l'arrêté attaqué :
25. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
26. Le vice tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis, et en conséquence celui tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard des risques de pollution des sols, relevé au point 10 ci-dessus, ainsi que le vice résultant de la méconnaissance de l'article 2.2.1.2 retenu au point 13, qui affectent la légalité de cette autorisation, sont susceptibles d'être régularisés. Les parties ayant été avisées de cette possibilité et invitées à présenter leurs observations par un courrier du 24 juin 2022, il y a lieu de surseoir à statuer et d'impartir à la commune de Caluire-et-Cuire et à la société Pitance un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement pour justifier auprès du tribunal de la délivrance d'un permis de régularisation.
DÉCIDE :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions à fin d'annulation et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de M. B, Mme H, M. Q, Mme P et M. N.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de M. et Mme J et autres.
Article 3 : La commune de Caluire-et-Cuire et la société Pitance devront justifier, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, de la délivrance éventuelle d'un permis de construire de régularisation, qu'il leur appartiendra en outre de notifier sans délai à M. et Mme J, représentants uniques des requérants, destiné à régulariser les vices relevés aux points 10 et 13 et du présent jugement.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme J, représentants uniques, la société Pitance et la commune de Caluire-et-Cuire.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vincent-Marie Picard, président,
Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,
Mme Marine Flechet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
V.-M. Picard
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026