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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106535

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106535

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement les 12 août 2021 et 2 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Guérin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2021 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer cette carte, mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer, dans le même délai, sa demande, et de lui délivrer ce durant une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- en l'absence de production par la préfète de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, cette décision est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que le requérant peut bénéficier de soins dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager, où il n'est pas dépourvu d'attaches, qu'elle procède au réexamen de sa situation et lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable du 8 novembre 2022 au 7 février 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 janvier 2023 ont été entendus le rapport de M. A puis les observations de Me Guérin, la préfète de la Loire quant à elle n'était pas présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né en 1960, est entré en France le 26 janvier 2019. Sa demande d'asile a été rejetée le 21 novembre 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis le 30 mars 2020 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). En décembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. La préfète de la Loire lui a opposé un refus par une décision du 23 juin 2021 que M. B demande au tribunal d'annuler.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 23 juin 2021 a été signée par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui avait reçu délégation à cet effet consentie par un arrêté de la préfète de la Loire du 2 avril 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Doit, par suite, être écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte.

3. En deuxième lieu, cette décision est motivée par l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Cette motivation ne révèle pas de défaut d'examen de la situation de M. B par la préfète de la Loire, laquelle ne s'est pas crue liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), sans que démontre une telle carence la seule omission, dans la décision, de la présence en France de Valentina B, aînée des enfants du couple B, bénéficiaire de la protection subsidiaire.

4. En troisième lieu, la préfète de la Loire a produit à l'instance tant l'avis du collège des médecins de l'OFII du 12 mai 2021, sur lequel elle s'est appuyée, que l'avis rendu précédemment, le 21 octobre 2019, par ce collège. Par suite, le vice de procédure allégué doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé / () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. B, la préfète de la Loire s'est appropriée le sens de l'avis rendu le 12 mai 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aux termes duquel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Dans son précédent avis du 21 octobre 2019, le collège de médecins avait au contraire estimé que M. B ne pouvait pas bénéficier d'un tel traitement. Il ressort des pièces médicales produites par le requérant que ce dernier souffre d'une sévère dépression, déjà soignée en Albanie, ayant conduit à son hospitalisation plus de deux mois durant en 2019 au CHU de Saint-Etienne. Le requérant soutient que le médicament antipsychotique clozapine 100 mg, efficace et qu'il tolère, composante de son traitement psychotrope délivré quotidiennement à domicile par une infirmière, n'est pas disponible en Albanie. Toutefois la seule note qu'il produit, datée de mai 2020, rédigée en anglais, émanant du Home office, qui établit une liste de médicaments disponibles dans un hôpital et une pharmacie de ce pays, ne suffit pas à l'établir. Par ailleurs, M. B, affecté également par une apnée obstructive du sommeil, souligne être appareillé, sans rien dire des conséquences d'une absence d'appareillage sur son état de santé ou de la disponibilité en Albanie de ce matériel. Enfin, le requérant se borne à alléguer un risque de décompensation majeure de son état de santé psychique en cas de retour dans son pays d'origine, sans rien apporter à l'appui, qui puisse témoigner d'un lien entre son état de santé et des évènements traumatiques qu'il aurait vécus en Albanie, lui dont la demande d'asile a été rejetée par les instances compétentes. Dans ces conditions, ne peuvent qu'être écartés les moyens d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, M. B, totalisant une durée de présence en France d'à peine deux années et demi à la date du refus de séjour en litige, est père de sept enfants majeurs, quatre filles résidant, avec leur famille, en Albanie, son unique fils résidant en Grèce. En France ne réside régulièrement qu'une autre fille du requérant, auprès duquel se trouvent son épouse, dont la demande d'asile a été rejetée, ainsi que la dernière née du couple. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de carte de séjour, la préfète de la Loire a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Ne peut, ainsi, qu'être écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui stipule que " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qu'elle contient.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

Le rapporteur,

B. A

Le président,

T. Besse

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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