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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106663

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106663

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDE MARGERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 août 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 26 septembre 2022, M. A B, représenté par Me de Margerie demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 par lequel la préfète de la Loire a suspendu son agrément de contrôleur technique des véhicules légers pour une durée de 15 jours, du 30 août au 13 septembre 2021 inclus.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est irrégulière dès lors que ni le centre de contrôle, ni le réseau autovision, n'ont été informés de l'intention de la préfète de la Loire de suspendre son agrément, et n'ont donc pas été invités à formuler leurs observations, en méconnaissance de l'article 13-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 ;

- la sanction retenue est disproportionnée

Par deux mémoires en défense enregistrés le 24 novembre 2021 et le 6 octobre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique,

- les observations de Me De Margerie pour M. B

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Contrôle technique Automobile du Gier a fait l'objet le 3 mars 2021 d'une visite de surveillance par la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) au cours de laquelle des manquements individuels de M. B, en sa qualité de contrôleur technique, ont été constatés. Par la décision attaquée du 19 juillet 2021, la préfète de la Loire a en conséquence suspendu son agrément de contrôleur technique des véhicules légers pour une durée de 15 jours, du 30 août au 13 septembre 2021 inclus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article R. 323-18 du code de la route : " I.-L'agrément d'un contrôleur est délivré par le préfet de département où est implanté le centre de contrôle auquel il est rattaché. () IV.-L'agrément d'un contrôleur peut être suspendu ou retiré pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques qu'il concerne si les conditions posées lors de sa délivrance ne sont plus respectées ou s'il est constaté un manquement aux règles fixant l'exercice de l'activité du contrôleur. La décision de suspension ou de retrait n'intervient qu'après que la personne intéressée a été entendue et mise à même de présenter des observations écrites ou orales () ". Aux termes de l'article 13-1 de l'arrêté susvisé du 18 juin 1991 : " L'agrément du contrôleur peut être retiré ou suspendu conformément aux dispositions du IV de l'article R. 323-18 du code de la route, soit par le préfet du département où les faits ont été constatés, soit par le préfet du département du centre de rattachement du contrôleur. Les mesures de retrait ou de suspension sont notamment applicables en cas de carence de qualification, en cas de réalisation non conforme d'un contrôle technique, notamment dans les points à contrôler, les modalités et méthodes de contrôles, les formalités finales ou conclusions dans le résultat du contrôle technique. En application des dispositions de l'article R. 323-18 du code de la route, l'agrément du contrôleur peut être retiré en cas de non-respect d'une décision administrative suspendant l'activité du contrôleur. Avant toute décision, le préfet de département informe par écrit le contrôleur, le centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le centre de contrôle auquel le contrôleur est rattaché et les réseaux éventuellement concernés, de son intention de suspendre ou de retirer l'agrément du contrôleur en indiquant les faits qui lui sont reprochés et en lui communiquant ou en lui permettant d'accéder au dossier sur la base duquel la procédure est initiée. Le contrôleur, le centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le centre de contrôle de rattachement du contrôleur et les réseaux éventuellement concernés disposent d'un délai d'un mois, à compter de la présentation du courrier, pour faire part de leurs observations par écrit. Si le préfet de département envisage de suspendre ou retirer l'agrément, il organise une réunion contradictoire à laquelle sont invités le contrôleur, le centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le centre de contrôle de rattachement du contrôleur et les réseaux éventuellement concernés, avant que la sanction ne soit prononcée. Cette réunion est tenue postérieurement au délai d'un mois accordé pour faire part des observations. Toute décision de suspension ou de retrait d'agrément est notifiée au contrôleur, au centre de contrôle où les faits ont été constatés, au centre de contrôle de véhicules légers auquel le contrôleur est rattaché, aux réseaux éventuellement concernés et à l'organisme technique central. (). "

3. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'arrêté susvisé du 18 juin 1991 : " Il est dressé un procès-verbal de chaque contrôle technique. Ce document, qui est conforme aux dispositions de l'annexe II du présent arrêté, décrit les défaillances constatées et indique les résultats des mesures relevées au cours des essais et les commentaires prévus aux annexes I et II du présent arrêté. Ce procès-verbal est établi immédiatement à l'issue du contrôle technique, signé par le contrôleur qui a réalisé le contrôle technique, puis validé informatiquement par le contrôleur conformément aux dispositions de l'annexe III du présent arrêté () ". Aux termes de l'annexe I du même arrêté relatif aux contrôles à effectuer : " () B. Conditions de réalisation des contrôles - Les contrôles sont réalisés sans démontage, à l'exception de la dépose d'éléments permettant d'accéder au numéro de frappe à froid, à la prise EOBD et au coffre de la batterie de traction ou au réservoir de gaz carburant le cas échéant. La vérification des points de contrôle est réalisée conformément aux instructions techniques établies par l'organisme technique central et approuvées par le ministre chargé des transports. Pour chacune des fonctions mentionnées au point C, ces instructions définissent les méthodologies de contrôle applicables aux points de contrôle et les défaillances constatables prévues au point D ci-après, associées à des précisions complémentaires éventuelles, non exhaustives. Elles précisent également, le cas échéant, les définitions, prescriptions, commentaires et informations complémentaires applicables. Dans le cas où le constructeur d'un véhicule (ou son représentant) détermine des méthodes ou prescriptions particulières adaptées à la technologie dudit véhicule, le constructeur (ou son représentant) les transmet à l'organisme technique central qui les met à la disposition des organismes agréés après validation par le ministre en charge des transports. Le contrôleur relève, sur un dispositif informatique portable, les défaillances qu'il constate, dans le respect des instructions techniques précitées. ". Aux termes de l'annexe III du même arrêté portant sur les exigences relatives à l'outil informatique de l'équipement : " D. En cas de panne empêchant la transmission, par liaison informatique à l'outil informatique de l'installation de contrôle, des informations relatives aux essais réalisés, un relevé des mesures est imprimé et archivé avec la copie ou le duplicata du procès-verbal de contrôle. Lorsque l'archivage du procès-verbal est informatique, l'archivage du relevé de mesure est également informatique. "

4. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci a été motivée par la circonstance que l'analyse des procès-verbaux archivés a mis en évidence une situation récurrente d'absence de mesure de rabattement des feux de croisement sur les procès-verbaux de contrôle établis par M. B alors qu'aucune défaillance relevée sur le véhicule ne justifiait l'absence de mesure, que cette observation concernait 50 véhicules contrôlés par M. B entre janvier 2020 et février 2021 qui ont ainsi été considérés comme conformes sans preuve de vérification des feux, que les explications apportées par le contrôleur à l'écrit et lors de la réunion contradictoire du 11 mai 2021 ont confirmé qu'il n'avait pas identifié la gravité de l'absence de valeurs sur les procès-verbaux de contrôle, qui était portée à sa connaissance par le logiciel lors de l'édition des procès-verbaux et que le contrôle technique des véhicules concourt à la sécurité routière et à la protection de l'environnement et qu'il importe que cette activité soit exercée dans le respect de la règlementation qui l'encadre.

5. En premier, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 6 avril 2021, la préfète de la Loire a informé M. B, en sa qualité de contrôleur, de son intention de suspendre ou de retirer son agrément personnel de contrôleur technique des véhicules légers suite à des écarts constatés dans ses fonctions de contrôleur. Si ce courrier indique que, conformément aux dispositions précitées de l'article 13-1 de l'arrêté susvisé du 18 juin 1991, la copie de celui-ci est adressée au centre technique Auto du Gier situé à L'Horme (Loire), où ont été constatés les faits reprochés et dont M. B est également le gérant, ainsi qu'au réseau d'affiliation Vivauto et que la préfète de la Loire soutient en défense avoir effectivement transmis au centre technique cette copie du courrier adressée à M. B, dans le même pli que celui contenant le courrier du même jour informant le centre de l'intention de la préfète de suspendre son propre agrément, elle ne produit aucune pièce de nature à établir que le centre de contrôle ainsi que le réseau d'affiliation de ce dernier ont été formellement informés, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 13-1 de l'arrêté susvisé du 18 juin 1991, de son intention de suspendre l'agrément de M. B.

6. Toutefois, d'une part, s'agissant de l'information du centre de contrôle, il est constant que M. B est également le gérant du centre technique Auto du Gier et qu'il a donc été nécessairement informé, lors de la réception du courrier du 6 avril 2021 précité, de l'intention de la préfète de la Loire de suspendre l'agrément de l'un de ses contrôleurs. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que M. B, en sa qualité de gérant, a répondu par une lettre du 30 avril 2021 en faisant état de la mise en œuvre de plans d'actions en vue de remédier aux écarts constatés tant au niveau des installations que des contrôleurs, qu'il était présent à la réunion contradictoire du 11 mai 2021 et a donc été en mesure de présenter ses observations, tant en sa qualité de contrôleur sur les griefs qui lui étaient individuellement reprochés qu'en sa qualité de gérant du centre sur les manquements reprochés ainsi à l'un des contrôleurs. D'autre part, s'agissant de l'information du réseau d'affiliation, il ressort des pièces du dossier que M. Escudero, " auditeur réseau Autovision " a adressé le 30 avril 2021 à la DREAL une fiche de visite destinée à " vérifier les actions correctives définies par le centre pour répondre aux non-conformités " relevées lors de la visite des services et qu'il était également présent lors de la réunion contradictoire du 11 mai 2021 en qualité de représentant du réseau Autovision comme l'atteste le procès-verbal de cette réunion produite au dossier. Par suite, M. B n'a ainsi été privé en l'espèce d'aucune des garanties attachées à la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article 13-1 de l'arrêté du 18 juin 1991.

7. En second lieu, eu égard à de ce qui a été dit précédemment sur la nature des griefs reprochés à M. B dans l'exercice de ses fonctions de contrôleur, qui a établi des procès-verbaux incomplets en l'absence de mesure de rabattement des feux de croisement sur 50 véhicules sur une période d'un an, et alors que l'intéressé ne peut utilement se prévaloir d'un problème de liaison Wifi affectant la transmission à l'outil informatique des essais réalisés dès lors que dans un tel cas, un relevé de mesures doit être imprimé et archivé par le contrôleur avec la copie ou le duplicata du procès-verbal de contrôle ainsi que le prévoit l'annexe III D de l'arrêté ministériel du 18 juin 1991, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige portant suspension de son agrément pour une durée de 15 jours présente un caractère disproportionné.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées sur fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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