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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106736

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106736

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantSELARL LELONG & POLLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août 2021 et 4 août 2022, M. A B, représenté par Me Pollard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la CNRACL du 22 juin 2021 ayant rejeté son recours gracieux contre la décision du 14 avril 2021 lui refusant le bénéfice d'une rente d'invalidité ;

2°) de fixer le taux de la rente d'invalidité à laquelle il peut prétendre à 27% ;

3°) de mettre à la charge de la CNRACL une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la rechute de l'accident du travail intervenu antérieurement à son entrée en service concerne uniquement le genou gauche ;

- en revanche la pathologie dont il souffre au genou droit et la dépression ont été contractées au cours de l'exercice de ses fonctions d'aide-soignant au sein du CH de Privas, soit pendant le service ;

- sa prise de poids est intervenue seulement lors de sa convalescence, soit après 2013 ;

- dans ses activités d'aide-soignant, il a dû soulever des malades.

Par un mémoire en défense enregistrée le 7 juillet 2022, la Caisse des dépôts et Consignations conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun élément ne permet d'établir un lien entre les pathologies présentées et l'activité exercée par M. B au cours de sa carrière au centre hospitalier de Privas.

Par ordonnance du 2 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,

- et les conclusions de M. Pineau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 10 décembre 1967, a exercé une activité salariée en qualité de manœuvre dans les travaux publics et a été victime d'un accident du travail en 1996, consistant en un traumatisme du genou gauche et rupture du ligament croisé antérieur. Il a été licencié pour inaptitude, et la CPAM lui a reconnu initialement un taux d'IPP de 8%. Après une formation, M. B a été recruté le 1er septembre 2004 en qualité d'aide-soignant non-titulaire par le centre hospitalier de Privas, puis titularisé le 1er octobre 2009. Depuis 2013, il a été placé en congé de longue maladie puis en congé de maladie de longue durée. Il a demandé à être mis à la retraite pour invalidité. Le 14 avril 2021, la CNRACL lui a attribué une pension d'invalidité au taux de 52%. M. B a adressé un recours gracieux à la CNRACL contre cette décision, en tant qu'elle ne lui accordait pas une rente pour invalidité. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision de la CNRACL du 14 avril 2021, ensemble la décision du 22 juin 2021 rejetant son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article 36 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui a été mis dans l'impossibilité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées, () en service, (), peut être mis à la retraite par anticipation soit sur sa demande () et a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite. () ". Aux termes de l'article 37 du même décret : " I.- Les fonctionnaires qui ont été mis à la retraite dans les conditions prévues à l'article 36 ci-dessus bénéficient d'une rente viagère d'invalidité cumulable () avec la pension rémunérant les services prévus à l'article précédent. / Le bénéfice de cette rente viagère d'invalidité est attribuable si la radiation des cadres ou le décès en activité () sont imputables à des blessures ou des maladies survenues dans l'exercice des fonctions ou à l'occasion de l'exercice des fonctions (). "

3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un agent public est mis à la retraite à raison d'une incapacité évaluée par un taux global d'invalidité résultant, d'une part, de blessures ou maladies contractées ou aggravées en service, et, d'autre part, de blessures ou maladies non imputables au service, le droit de cet agent à bénéficier de la rente viagère d'invalidité prévue par les dispositions précitées de l'article 37 du décret du 26 décembre 2003 est subordonné à la condition que les blessures ou maladies contractées ou aggravées en service aient été de nature à entraîner, à elles seules ou non, la mise à la retraite de l'intéressé.

4. Il résulte de l'instruction que lors de sa radiation des cadres, M. B présentait une gonarthrose bilatérale et un état dépressif. Le médecin expert chargé par la commission de réforme d'évaluer sa situation a estimé, dans son rapport du 16 mars 2020, à 25% le taux d'IPP lié à la gonarthrose droite, 20% celui lié à la gonarthrose gauche et 15% celui lié à la névrose à composante dépressive. Appliquant la règle de la " capacité restante ", la CNRACL a retenu un taux de 25% pour le genou gauche, un taux de 15% pour le genou droit (2ème pathologie) et un taux de 12% pour la dépression (3ème pathologie). M. B ne conteste pas ces taux, mais soutient que l'IPP liée à l'affection du genou droit et à la dépression, soit ensemble un taux de 27%, résulte d'une affection contractée en service et lui permettent de prétendre au bénéfice d'une rente d'invalidité au taux de 27%.

5. Il résulte du rapport de l'expert, désigné par la commission de réforme, que M. B présentait en 2013 un pincement fémoro-tibial interne des deux genoux sur genu varum et des lésions dégénératives prédominantes au niveau du compartiment interne du genou droit, associées à une lésion méniscale, une chondropathie condylienne fémorale et tibiale interne. Il a subi le 23 octobre 2013 une ostéotomie de valgisation dont le but était de corriger l'axe du genou droit. Ces éléments sont de nature à établir que la gonarthrose droite est exclusivement en lien avec une dégénérescence du cartilage du genou, résultant du genu varum, associée à une surcharge pondérale. La circonstance que les fonctions d'aide-soignant de M. B l'ont amené à soulever des patients en service de gériatrie n'établit pas que les lésions dégénératives du genou droit auraient une origine professionnelle.

6. M. B soutient que la dépression dont il soufre est une conséquence des gonalgies. Mais d'une part, M. B écarte tout lien entre les gonalgies du genou gauche et le service. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il n'y a aucun lien entre les gonalgies droites et le service. Par suite, l'état dépressif de M. B est également sans lien avec le service.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucune des pathologies présentées par M. B n'a été contractée ou aggravée en service. Par suite, le requérant ne peut prétendre au bénéfice d'une rente d'invalidité. Les conclusions de sa requête tendant à l'annulation des décisions de la CNRACL doivent être rejetées.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la caisse des dépôts et consignations, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Caisse des dépôts et consignations.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023

La magistrate désignée

A. WolfLe greffier,

J-P Duret

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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