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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2106883

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2106883

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2106883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 30 août 2021 et 14 juin 2022, Mme D C divorcée A, représentée par Me Bénichou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler :

- la décision du 26 avril 2021 par laquelle le président de la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé son licenciement pour suppression de poste ;

- la décision portant rejet de son recours gracieux contestant son licenciement et présentant des demandes indemnitaires ;

2°) de condamner la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes à lui verser les sommes de :

- 40 000 euros au titre des dommages et intérêts compte tenu de son ancienneté, de son âge et de l'absence de reclassement ;

- 30 000 euros au titre du préjudice moral ;

- 102 060 euros au titre de l'indemnité de licenciement pour suppression de poste,

- 15 000 euros au titre de l'indemnité forfaitaire

- 4 265,74 euros correspondant à une indemnité complémentaire égale à deux mois de salaire moyen net ;

3°) en cas de doute sur la discrimination dont elle aurait été victime, d'interroger la Cour de justice de l'Union européenne, sur le fondement de l'article 267 du traité de fonctionnement de l'Union européenne sur la question suivante : " Le Traité de fonctionnement de l'Union européenne (article 10 sur la lutte contre les discriminations) et la Charte des droits fondamentaux, qui a valeur de traité, (article 21 non-discrimination) sont-ils à interpréter en ce sens qu'ils s'opposent à une réglementation nationale, soit le statut du personnel des Chambre de commerce et industrie française du 23 mai 2019, en leur article 35-2 (indemnités de licenciement pour suppression de poste) et 24 du même statut qui prévoit que les salariés âgés licenciés ne percevront qu'une allocation de fin de carrière (de un à quatre mois de salaire) lors de leur licenciement pour suppression de poste alors que tous les autres salariés titulaires licenciés pour suppression de poste percevront une indemnité de licenciement composée d'une indemnité proportionnelle à leur ancienneté (soit un mois de rémunération mensuelle par année de service après dix ans d'ancienneté), une indemnité forfaitaire de 15 000 euros bruts, une indemnité complémentaire égale à deux mois de salaire moyen et et une aide à la création et à la reprise d'entreprise " ;

4°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

1°) s'agissant de la décision du 26 avril 2021 prononçant son licenciement pour suppression de poste :

- la chambre de commerce et d'industrie (CCI) a manqué à son obligation de reclassement, antérieurement et postérieurement à la décision de licenciement, obligation qui s'impose particulièrement lorsque le licenciement concerne un senior ;

- les possibilités de reclassement étaient importantes et il appartenait à la CCI de proposer en priorité les postes aux salariés licenciés alors que des personnes extérieures ont été embauchées ;

- l'absence de rentabilité du poste qu'elle occupait n'est pas démontrée alors qu'elle a bénéficié d'une prime en décembre 2019 en raison du dépassement de ses objectifs ;

2°) s'agissant d'indemnisation des préjudices résultant de la décision du 26 avril 2021 prononçant son licenciement pour suppression de poste et du montant des indemnités qui auraient dû lui être versées :

- son licenciement au motif d'une prétendue suppression de poste est fondé sur une discrimination liée à l'âge aboutissant au licenciement prioritaire de personnels " seniors " bénéficiant d'indemnités de licenciement réduites ;

- les dispositions de l'article 35-2 du statut du personnel administratif des CCI prévoyant l'octroi d'une allocation de fin de carrière sont illégales en ce que :

* elles introduisent une discrimination liée à l'âge et une rupture du principe d'égalité en réservant l'attribution de l'indemnité de suppression de poste aux agents ne bénéficiant pas d'une pension de retraite à taux plein, les agents pouvant prétendre à une retraite à taux plein recevant seulement une allocation de fin de carrière, très défavorable,

* elles méconnaissent ainsi l'article 1er de la loi du 27 mai 2008, l'article 1er la Constitution du 4 octobre 1958, l'article 1er du protocole n°12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 8 et 14 combinés de cette même convention et l'article 21 de la Charte de droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'illégalité de l'article 35-2 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie doit conduire à ce que lui soit attribuée la somme de 102 060 euros au titre de l'indemnité de suppression de poste, somme correspondant à ses quarante années d'activités à la CCI, complétée par une indemnité forfaire de 15 000 euros brut et d'une indemnité complémentaire égale à deux mois de salaire moyen net, soit 4 265,74 euros ;

- elle a subi un préjudice matériel qui devra être indemnisé par le versement d'une somme de 40 000 euros et un préjudice moral qui devra être indemnisé par le versement d'une somme de 30 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés au greffe les 7 mars et 11 juillet 2022, la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Bousquet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens invoqués à l'encontre de la décision prononçant le licenciement pour suppression de poste ne sont pas fondés ;

- en l'absence d'illégalité de la décision portant licenciement pour suppression de poste, les demandes de la requérante fondées sur cette illégalité doivent être rejetées ;

- s'agissant de l'indemnité de licenciement, les dispositions de l'article 35-2 du statut du personnel administratif des CCI ne sont pas discriminatoires et la requérante a valablement reçu l'allocation de fin de carrière prévue par l'article 24 de ce statut.

Par une ordonnance du 13 juillet 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne

- le code du commerce ;

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- la loi n° 2010-853 du 23 juillet 2010 ;

- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie, des chambres de commerce et d'industrie et des groupements inter-consulaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,

- et les observations de Me Bousquet, représentant la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes.

Considérant ce qui suit :

1. Recrutée par la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Lyon en 1982 et titularisée le 1er mai 1985 en qualité de secrétaire de premier degré, Mme A, a été transférée à la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes à compter du 1er janvier 2017 pour y exercer les fonctions d'assistante commerciale. Suite à la suppression du poste qu'elle occupait au sein de la Direction de l'entrepreneuriat, du Commerce et de la Proximité à la CCI territoriale Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne, par une décision en date du 26 avril 2021, le président de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes prononçait son licenciement. Par un courrier du 14 juin 2021, l'intéressée a saisi la CCI Auvergne-Rhône-Alpes d'un recours gracieux sollicitant le retrait de cette décision et, à défaut, le versement d'une indemnité en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ce licenciement. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de prononcer, d'une part, l'annulation de la décision du 26 avril 2021 prononçant son licenciement pour suppression de poste et celle de la décision rejetant son recours gracieux, et, d'autre part, la condamnation de la CCI au versement de la somme totale de 191 325,74 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 avril 2021 portant licenciement pour suppression de poste :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 33 du statut du personnel des chambres régionales de commerce et d'industrie : " La cessation de fonctions de tout agent titulaire ne peut intervenir que dans les conditions suivantes / () 5) Par suppression d'emploi, après avis de la commission paritaire compétente, () ".

3. Aux termes de la partie " recherche de reclassement " de l'article 35-1 du statut du personnel des chambres régionales de commerce et d'industrie : " () la CCI employeur qui décide de prendre des mesures pouvant entraîner un ou plusieurs licenciements pour suppression de poste doit, comme mentionné ci-dessus, procéder obligatoirement à des recherches de reclassement au sein de l'ensemble des établissements consulaires de la région et au niveau de l'ensemble des établissements du réseau des CCI de France notamment à l'aide de la bourse à l'emploi du réseau consulaire. / Les recherches de reclassement doivent être entreprises dès que possible et peuvent se poursuivre tout au long de la procédure de licenciement pour suppression de poste, jusqu'à la notification définitive du licenciement. / () / La CCI employeur mettra également en œuvre des actions et initiatives permettant une recherche de poste à l'extérieur du réseau consulaire par elle-même ou un prestataire choisi par elle. / Les agents susceptibles d'être concernés par un licenciement pour suppression de poste peuvent postuler sur l'un des emplois transmis par la CCI employeur dans le cadre de la recherche de reclassement. Dans ce cas, ils bénéficient d'une priorité de reclassement qui s'impose aux présidents des CCIT concernées, rattachées à la CCI employeur bénéficiant d'une délégation de compétence en matière de recrutement. / (). ". Il résulte de ces dispositions qu'avant de prononcer le licenciement pour suppression d'emploi d'un agent soumis au statut du personnel des chambres de commerce et d'industrie, il appartient à la compagnie consulaire d'examiner les possibilités de reclassement de cet agent notamment en son sein, tant sur des emplois équivalents que sur des emplois de rang hiérarchique inférieur.

4. Premièrement, Mme A soutient que la CCI Auvergne-Rhône-Alpes n'aurait pas respecté ses obligations de reclassement dès lors qu'elle ne lui aurait fourni aucun élément sur l'existence ou l'absence de postes adaptés à sa situation alors que les offres de reclassement doivent être individualisées. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense que, suite au vote de la délibération de l'assemblée générale du 9 décembre 2020 relative à la suppression de 128 postes au sein de la CCI, la requérante s'est vue adresser, par une lettre recommandée avec accusé de réception datée du 15 décembre 2020, une proposition de postes en vue de son reclassement interne. Après avoir rappelé le plan de transformation conduisant à la suppression de 128 postes, dont celui qu'elle occupait, ce courrier présentait à Mme A sept postes disponibles au sein de la CCI, postes du niveau de l'emploi qu'elle occupait jusqu'alors ou d'un niveau d'écart, et invitait Mme A à compléter, avant le 8 janvier 2021, un bordereau en vue de se positionner dans la procédure de reclassement interne. Il ressort de ce bordereau, renseigné par Mme A le 17 décembre 2020, que l'intéressée ne s'est portée candidate à aucun des postes proposés et a indiqué refuser de candidater à tout poste de reclassement interne au motif qu'elle ne se projetait plus au sein de la CCI, l'item coché indiquant qu'elle avait conscience que ce refus entrainerait la notification d'un licenciement pour suppression de poste. Ainsi, en application des dispositions citées au point précédent, Mme A a effectivement bénéficié d'une proposition de reclassement interne de la part de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes qui a mis en œuvre des diligences sérieuses et personnalisées pour lui proposer un reclassement. En outre, si la requérante soutient que la CCI se devait de proposer en priorité les postes créés aux salariés licenciés, dont elle faisait partie, afin de permettre qu'ils poursuivent leur activité, et doit ainsi être regardée comme se prévalant du droit de priorité prévu par les dispositions précitées, dès lors qu'ainsi qu'il vient d'être dit, la requérante a refusé de candidater aux postes de reclassement interne qui lui ont été proposés, elle ne saurait utilement invoquer le droit de priorité dont bénéficient les agents concernés par une suppression de poste par rapport aux autres agents ou candidats extérieurs, ce droit de priorité ne trouvant à s'appliquer que lorsque l'agent participe à la procédure de reclassement en se portant candidat aux offres qui lui sont proposées.

5. Deuxièmement, si Mme A indique que le reclassement doit s'opérer dans l'ensemble du réseau et que des offres adaptées doivent être proposées dans toutes les chambres de commerce et d'industrie et, si les dispositions de l'article 35-1 du statut susvisé prévoient que l'établissement consulaire se doit de rechercher des possibilités de reclassement au sein de l'ensemble des établissements du réseau des CCI de France, ces dispositions n'impliquent pas une obligation de résultat. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense que, par un courriel du 7 janvier 2021, le curriculum vitae de Mme A a été diffusé au sein du réseau consulaire Auvergne-Rhône-Alpes et, par un courriel du même jour, à la direction des ressources humaines de CCI France ainsi qu'à l'ensemble des chambres de commerce et d'industrie régionales. Par ailleurs, la CCI Auvergne-Rhône-Alpes justifie également, par des courriels envoyés le 21 janvier 2021, avoir adressé le profil professionnel de Mme A aux entreprises Aderly, Aéroport de Lyon, EM Lyon, WTC, Eurexpo, Musée des tissus, Groupe 1982, entreprises qui ont été informées des suppressions de postes engendrées par le recentrage stratégique de la CCI et de la possibilité pour les entreprises précitées de recruter les agents dont les postes allaient être supprimés. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision du 26 avril 2021 prononçant le licenciement de Mme A pour suppression de poste aurait méconnu les obligations de recherche de reclassement externe doit être écarté.

6. Troisièmement, si la requérante fait état de ce que la procédure de suppression de postes aurait particulièrement touché les personnes travaillant depuis de très nombreuses années au sein de la CCI et soutient que l'obligation de reclassement incombant à l'établissement consulaire devrait être particulièrement contrôlée lorsqu'il concerne une personne " senior ", aucune disposition du statut du personnel des CCI ne prévoit une obligation de reclassement particulière à une catégorie d'agents, la procédure de recherche de reclassement s'appliquant de manière indifférenciée à tout agent titulaire dont le poste est supprimé. Par ailleurs, si la requérante soutient que les obligations de reclassement existeraient antérieurement et postérieurement à la décision de licenciement, les dispositions de l'article 35-1 précité prévoient seulement que les recherches de reclassement soient entreprises dès que possible et tout au long de la procédure de licenciement pour suppression de postes, ce dont justifie, en l'espèce, la CCI Auvergne-Rhône-Alpes, la requérante ayant bénéficié d'une proposition de reclassement dès le 15 décembre 2020.

7. Ainsi, il résulte de ces éléments que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la CCI Auvergne-Rhône-Alpes aurait manqué à l'obligation de recherche de reclassement qui lui incombait en application des dispositions précitées de l'article 35-1 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie.

8. En deuxième lieu, faisant état de ce que le poste qu'elle occupait générait des recettes, la CCI n'apportant pas d'éléments financiers pour étayer l'absence de rentabilité du service au sein duquel elle était affectée, Mme A fait état de ce que la décision attaquée constituerait un licenciement pour motif économique dont elle entend contester le bien-fondé. Toutefois, la décision supprimant l'emploi d'assistante commerciale de Mme A résulte de la délibération du 9 décembre 2020 par laquelle l'assemblée générale de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes a décidé de supprimer 128 postes afin d'adapter son organisation aux impacts induits par la poursuite de la baisse des recettes fiscales. Or, la seule circonstance que le service au sein duquel la requérante exerçait son activité professionnelle puisse ne pas être déficitaire n'est pas de nature à remettre en cause l'existence de contraintes budgétaires alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'en l'absence de mise en œuvre d'un plan de redimensionnement et de réorganisation, la CCI prévoyait un déficit global d'exploitation de 3,8 millions d'euros pour l'année 2022. En outre, le fait que Mme A ait reçu une prime de 900 euros pour avoir dépassé ses objectifs commerciaux en 2019 demeure sans incidence sur l'appréciation de la légalité de la décision attaquée dès lors qu'un organisme consulaire peut légalement supprimer des emplois pour des raisons d'économie budgétaire qui, en l'espèce, ne sont pas utilement contestées. Enfin, si Mme A indique qu'il serait incohérent de procéder à des suppressions de poste pour embaucher des personnes ayant exactement le même profil, à supposer cet élément établi et alors que Mme A avait fait connaître son intention de ne pas bénéficier d'une procédure de reclassement, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'opportunité des choix stratégiques qui déterminent le mode d'organisation d'une chambre de commerce et d'industrie et en tout état de cause, le fait que la CCI Auvergne-Rhône-Alpes ait pu embaucher des personnels dans le cadre de son plan de réorganisation, lequel doit comporter un volet visant à favoriser les reclassements et éviter les licenciements, demeure sans incidence sur la décision attaquée.

9. En troisième lieu, Mme A soutient que la décision attaquée viserait à permettre à la CCI de licencier les salariés les plus âgés ne pouvant bénéficier que d'une allocation de fin de carrière d'un montant inférieur à l'indemnité de suppression de poste, afin de réaliser de notables économies. Toutefois, si la requérante peut être regardée comme invoquant un détournement de pouvoir et un détournement de procédure, elle se borne à indiquer que sur les 128 postes supprimés, treize concerneraient des personnes proches de la retraite sans produire de justificatif ni, en tout état de cause, d'éléments démontrant que le fait que 10% des suppressions de postes puissent concerner des salariés d'une certaine tranche d'âge soit de nature à démontrer un quelconque détournement de pouvoir ou de procédure. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, lors de son entretien préalable de licenciement, puis par des courriels réitérés à plusieurs reprises, la requérante a été invitée à fournir un relevé de carrière afin que puissent être calculés la nature et le montant de l'indemnité à laquelle elle pourrait prétendre, selon sa possibilité ou non de bénéficier d'une retraite à taux plein. Or, Mme A ne justifie pas avoir communiqué ledit relevé de carrière à la CCI qui, ignorant les droits potentiels de l'intéressée à une retraite à taux plein, ne pouvait donc décider de la licencier en raison du fait qu'elle ne pourrait prétendre qu'au versement d'une allocation de fin de carrière d'un montant inférieur à l'indemnité de suppression de poste. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure ou de pouvoir ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est fondée à solliciter ni l'annulation de la décision du 26 avril 2021 par laquelle le président de la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé son licenciement pour suppression de postes, ni celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la demande de réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité fautive de la décision du 28 avril 2021 :

11. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 10 que Mme A n'établit pas que la décision du 26 avril 2021 par laquelle le président de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé son licenciement pour suppression de poste serait entachée d'une illégalité fautive. Aussi, la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette décision. Par suite, ses conclusions indemnitaires tendant à ce que lui soient versées les sommes de 40 000 euros et de 30 000 euros au titre des préjudices matériel et moral doivent être rejetées.

En ce qui concerne la demande tendant à obtenir le versement de l'indemnité de licenciement pour suppression de poste :

12. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de la constitution du 4 octobre 1958, " La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 14 de cette même convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ". Aux termes de l'article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " 1. Est interdite toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle. 2. Dans le domaine d'application du traité instituant la Communauté européenne et du traité sur l'Union européenne, et sans préjudice des dispositions particulières desdits traités, toute discrimination fondée sur la nationalité est interdite. ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement () de son âge (), une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. / Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés ". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " ()2° Toute discrimination directe ou indirecte fondée sur un motif mentionné à l'article 1er est interdite en matière d'affiliation et d'engagement dans une organisation syndicale ou professionnelle, y compris d'avantages procurés par elle, d'accès à l'emploi, d'emploi, de formation professionnelle et de travail, y compris de travail indépendant ou non salarié, ainsi que de conditions de travail et de promotion professionnelle. () ".

13. D'autre part, aux termes de l'article 24 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie : " Une allocation de fin de carrière est attribuée à chaque agent. Son montant brut doit être compris entre un mois et quatre mois de rémunération mensuelle indiciaire brute selon l'ancienneté de l'agent. " Selon l'article 35-2 de ce même statut : " Il est accordé aux agents titulaires licenciés pour suppression d'emploi, dans le cas où ils ne se trouveraient pas dans les conditions requises pour percevoir une pension de retraite à taux plein auprès du régime général de la sécurité sociale, une indemnité composée de : / - jusqu'à dix ans d'ancienneté : un mois de rémunération mensuelle indiciaire brute par année de service ; / - au-delà : un mois de rémunération mensuelle indiciaire brute majorée de 20 % par année de service. () Dans le cas où l'agent licencié remplit les conditions requises pour percevoir une pension de retraite à taux plein auprès du régime général de sécurité sociale, il perçoit l'allocation de fin de carrière, conformément aux dispositions de l'article 24 du présent statut et du règlement intérieur régional qui lui est applicable. () ".

14. Mme A soutient que les dispositions de l'article 35-2 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie seraient illégales au regard des stipulations et dispositions visées au point 12 dans la mesure où elles introduiraient une discrimination directe fondée sur l'âge entre les agents licenciés pour suppression de postes pouvant bénéficier d'une indemnités de suppression de poste et ceux ne bénéficiant que d'une allocation de fin de carrière car remplissant les conditions d'obtention d'une retraite à taux plein, allocation d'un montant nettement inférieur et contraire au principe d'égalité. Toutefois, les dispositions contestées poursuivent un objectif légitime et répondent à une exigence professionnelle essentielle et déterminante, en garantissant que l'indemnité de licenciement pour suppression d'emploi, qui vise à compenser les conséquences économiques résultant du licenciement pour l'agent concerné, ne soit pas versée à des travailleurs qui pourront bénéficier d'une pension de retraite à taux plein et n'ont donc pas vocation, en principe, à demeurer sur le marché du travail. Si les modalités de calcul de l'allocation de fin de carrière sont moins avantageuses que celles de l'indemnité de licenciement pour suppression de poste, la différence de traitement ainsi instituée n'apparaît pas disproportionnée, dès lors que les agents privés de cette dernière indemnité peuvent bénéficier de la pension de retraite du régime général à taux plein, et ce alors même qu'ils auraient la faculté de continuer à constituer des droits à pension auprès de régimes complémentaires. Par suite, sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle sur le fondement de l'article 267 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne lequel ne s'applique au demeurant que lorsqu'intervient une question d'interprétation ou de validité du droit de l'Union, Mme A n'est pas fondée à invoquer l'illégalité des dispositions de l'article 35-2 du statut du personnel administratif des chambres de commerce et d'industrie en raison de la discrimination liée à l'âge qu'elles instaureraient et les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point 12, à les supposer tous opérants, doivent être écartés. En l'absence d'une telle illégalité, la requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la CCI Rhône-Alpes-Auvergne aurait dû lui verser l'indemnité de licenciement pour suppression de poste en lieu et place du versement de l'allocation de fin de carrière.

15. En deuxième lieu, Mme A indique dans ses écritures qu'elle n'avait pas comptabilisé le nombre de trimestres lui permettant de percevoir une retraite " convenable " et que sa volonté était dès lors de travailler au moins jusqu'à soixante-sept ans afin d'obtenir une retraite " financièrement acceptable ". Si la requérante peut être regardée, ce faisant, comme soutenant que la CCI Rhône-Alpes-Auvergne aurait dû lui accorder l'indemnité de licenciement pour suppression de poste dès lors qu'elle ne peut prétendre à une retraite à taux plein, elle se borne néanmoins à produire un relevé des mensualités versées par la Caisse d'assurance retraite et de santé au travail (Carsat) pour les mois de février à mars 2022, et un relevé de retraite complémentaire de l'Agir-Arcco pour le mois de mai 2022, justifiant de ce qu'elle ne remplissait pas les conditions requises pour percevoir une retraite à taux plein lors de sa liquidation. Toutefois, il résulte de l'instruction, ainsi que le fait valoir la CCI en défense, que suite à la réalisation de simulations quant au calcul de son indemnisation, par un courriel du 12 mai 2021 puis par un courriel du 28 mai suivant, Mme A avait été sollicitée par le pôle Ressources humaines afin de transmette un relevé de carrière, les envois en cause lui précisant qu'à défaut de réception de ce document, l'organisme consulaire serait contraint de lui verser l'allocation de fin de carrière. En réponse à ces demandes, Mme A a finalement adressé un courriel, le 5 juin 2021, où elle s'est bornée à indiquer que " selon les éléments que vous m'avez fournis, je ne serai pas éligible à l'indemnité de suppression de postes mais à l'allocation de fin de carrière ", sans produire le relevé de carrière demandé, document qui n'est pas davantage versé dans la présente instance. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en l'absence de droit à une retraite à taux plein, elle aurait dû se voir attribuer l'indemnité de licenciement pour suppression de poste en lieu et place de l'allocation de fin de carrière qui lui a été accordée.

16. En troisième lieu, outre la contestation du principe de versement de l'allocation de fin de carrière, Mme A indique que la CCI Auvergne-Rhône-Alpes devra justifier lui avoir versé cette allocation de fin de carrière, laquelle n'apparaîtrait pas sur son bulletin de salaire de juin 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante a bénéficié, lors du paiement de son salaire du mois de juin 2021, du versement d'une somme de 10 993,08 euros. Si le bulletin de salaire mentionne, sans davantage de précision, " ind.lic.versé ", la somme de 10 993,08 euros correspond au montant de l'allocation de fin de carrière prévues par les dispositions de l'article 24 du statut susvisé, en l'espèce un montant équivalent à quatre mois de salaire.

17. Il résulte de l'ensemble des éléments exposés aux points 12 à 16 que les conclusions de Mme A tendant à obtenir le versement d'une somme de 102 060 euros au titre de l'indemnité de licenciement, complétée par le versement de 15 000 euros au titre de l'indemnité forfaire et de 4 265,74 euros au titre de l'indemnité complémentaire doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A soit mise à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, de mettre à la charge de Mme A le versement à la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes d'une somme sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C divorcée A et à la chambre de commerce et d'industrie Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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