mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête enregistrée le 1er septembre 2021 sous le n°2106916, M. A B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, agissant par Me Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté sa demande d'autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer l'autorisation de regroupement familial sollicitée dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice causé par l'illégalité de cette décision ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions prévues par cet article ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est à l'origine d'un préjudice et de troubles dans les conditions d'existence à hauteur de 3 000 euros.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par lettre du 14 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la requête a perdu son objet en raison de la délivrance en cours d'instance de l'autorisation de regroupement familial sollicitée.
II°) Par une requête enregistrée le 1er septembre 2021 sous le n°2106919, M. A B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, agissant par Me Zouine, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser la somme provisionnelle de 3 000 euros en réparation du préjudice causé par l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision lui refusant implicitement la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse méconnaît les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions prévues par cet article ;
- il est fondé, en raison de l'illégalité de cette décision, à solliciter le versement d'une provision de 3 000 euros au titre des préjudices subis.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2021, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'il a été fait droit à la demande de regroupement familial de M. B le 8 septembre 2021 et les moyens soulevés par l'intéressé ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;
- les observations de Me Zouine de la SCP Couderc-Zouine pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1990, a sollicité le 19 février 2020 la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par une première requête enregistrée sous le n°2106916, M. B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté sa demande ainsi que la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices subis. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2106919, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme provisionnelle de 3 000 euros au titre des préjudices subis.
2. Les requêtes de M. B qui concernent la même situation et présentent la même question à juger, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions en annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 8 septembre 2021, le préfet du Rhône a délivré à M. B l'autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse. Il n'y a dès lors plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande et à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation de regroupement familial, ces conclusions ayant perdu leur objet en cours d'instance.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au présent litige : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". Aux termes de l'article L. 411-5 de ce code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. (); 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; () ", et aux termes de l'article L. 411-6 de ce code : " peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de l'article R. 411-4 de ce même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ". Aux termes de l'article R. 411-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 411-5, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : () - en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes () ".
5. Il résulte de l'instruction que M. B réside en France régulièrement depuis plus de dix-huit mois sous couvert d'une carte de résident alors qu'il n'est pas contesté que son épouse, avec laquelle il a contracté mariage le 14 novembre 2019, résidait toujours en Guinée à la date de la décision rejetant implicitement sa demande d'autorisation de regroupement familial. Il vit dans un appartement de 50 m² à Lyon (Rhône) dont il est locataire et justifie, sur la période de référence, de ressources supérieures à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet du Rhône a entaché sa décision implicite d'une erreur d'appréciation en refusant à M. B le regroupement familial au bénéfice de son épouse, alors qu'il en remplissait toutes les conditions fixées par les dispositions précitées. Cette illégalité fautive engage la responsabilité de l'Etat.
6. Il résulte de l'instruction que compte tenu de la prorogation des délais de naissance d'une décision implicite par l'article 7 de l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 susvisée, la décision rejetant implicitement la demande d'autorisation de regroupement familial formulée par M. B le 19 février 2020 est seulement née le 30 novembre 2020. M. B s'étant vu accorder l'autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse par une décision explicite du 8 septembre 2021, il a ainsi été illégalement privé de la possibilité de faire venir son épouse en France seulement pendant une période d'environ neuf mois entre la date de la décision implicite illégale née le 30 novembre 2020 et son retrait. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B, ainsi que ses troubles ainsi causés dans ses conditions d'existence, par l'illégalité de la décision prise à son encontre en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 500 euros en réparation de ces préjudices.
Sur la demande de provision :
7. Le présent jugement statue au fond sur les conclusions indemnitaires de M. B. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à condamner l'Etat au versement d'une provision au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme globale de 1 000 euros à M. B au titre de ces deux instances, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1 : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 500 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. B n°2106916.
Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2106919 de M. B tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une provision.
Article 4 : L'Etat versera une somme globale de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de ces deux instances.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2106916 et n° 2106919 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bour, première conseillère,
M. Delahaye, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
2 - 2106919
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026