lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2106940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DENIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er septembre 2021, M. B, représenté par Me Denis, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2021 par laquelle le doyen de la faculté de droit de l'université Lumière Lyon 2 a rejeté sa candidature en master 2 " administration publique / concours de la haute fonction publique ", ainsi que la décision du 23 juillet 2021 rejetant son recours hiérarchique ;
2°) d'enjoindre à l'université Lumière Lyon 2 de l'inscrire au master 2 sollicité pour l'année universitaire 2021-2022 à la date du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'université Lumières Lyon 2 la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié que les signataires des décisions disposaient d'une délégation, ni que celle-ci était exécutoire ;
- les décisions ne comportent pas la signature de leur auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la sélection en master 2 lui était inopposable, dès lors que le nombre de places et les critères de sélection n'ont pas été définies par le conseil d'administration et n'ont fait l'objet d'aucune publicité ; en tout état de cause, il n'est pas établi que ces règles aient été transmises au contrôle de légalité ;
- les décisions de refus sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article D. 612-36-4 du code de l'éducation, dès lors que les mérites de sa candidature ont été appréciés ;
- l'université a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de son cursus antérieur.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2022, l'université Lumière Lyon 2 conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le signataire de la décision du 9 juillet 2021 disposait d'une délégation régulièrement publiée et exécutoire ;
- l'université était fondée à opérer une sélection dès lors que l'intéressé ne disposait pas de droit d'un accès direct au master 2 concerné ;
- le motif tiré du niveau insuffisant de la candidature est surabondant ; l'université aurait pris la même décision si elle s'était uniquement fondée sur la capacité d'accueil du master 2 ;
- compte-tenu du parcours antérieur de formation de M. B, aucune erreur manifeste d'appréciation ne peut être retenue.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Hosni, greffière :
- le rapport de M. Bertolo, rapporteur,
- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,
- les observations de Me Denis, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, titulaire d'un master mention " relations internationales " parcours " sécurité internationale et défense " obtenu en 2020 à l'université Jean Moulin Lyon 3, a sollicité son admission en master 2 mention " administration publique " parcours " concours de la haute fonction publique " à l'université Lumière Lyon 2 pour l'année universitaire 2021-2022. L'intéressé demande l'annulation de la décision du 9 juillet 2021 rejetant sa candidature, ainsi que de la décision du 23 juillet 2021 rejetant son recours hiérarchique.
2. En premier lieu, le signataire de la décision contestée du 9 juillet 2021, M. C, doyen de l'UFR de droit de l'université Lumière Lyon 2, disposait d'une délégation de signature pour signer la décision contestée, en vertu d'un arrêté de délégation de la présidente de l'université du 8 février 2021, publiée le 9 février 2021 sur le site internet de l'établissement et transmis le 10 février 2021 au rectorat de Lyon, conformément à l'article L. 711-8 du code de l'éducation. Par suite le moyen tiré de l'incompétence doit être écartée.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". L'article L. 212-2 du même code prévoit cependant que " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 9 juillet 2021, qui est conforme aux exigences prévues à l'article L. 212-2 précité, a été notifié à M. B par l'intermédiaire de la plateforme de téléservices e-candidat. Par suite, M. B ne peut utilement invoquer l'absence de signature de l'auteur de la décision sur celle-ci.
5. En troisième lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours administratif et de ne former un recours contentieux que lorsque ce recours a été rejeté. L'exercice du recours administratif n'ayant d'autre objet que d'inviter l'administration à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un tel recours doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours administratif dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.
6. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut utilement invoquer l'incompétence de l'auteur de la décision du 23 juillet 2021 prise sur recours hiérarchique de l'intéressé, qui constitue un vice propre de cette décision.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'éducation : " Le déroulement des études supérieures est organisé en cycles ". Aux termes de l'article D. 612-36-1 du même code " L'intitulé de chaque diplôme de master est défini par un nom de mention ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Les formations du deuxième cycle sont ouvertes aux titulaires des diplômes sanctionnant les études du premier cycle ainsi qu'à ceux qui peuvent bénéficier de l'article L. 613-5 ou des dérogations prévues par les textes réglementaires. Les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil pour l'accès à la première année du deuxième cycle. L'admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat. () ". Aux termes de l'article L. 612-6-1 du même code : " L'accès en deuxième année d'une formation du deuxième cycle conduisant au diplôme national de master est de droit pour les étudiants qui ont validé la première année de cette formation. Un décret pris après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche peut fixer la liste des formations du deuxième cycle conduisant au diplôme national de master pour lesquelles l'accès à la première année est ouvert à tout titulaire d'un diplôme du premier cycle et pour lesquelles l'admission à poursuivre cette formation en deuxième année peut dépendre des capacités d'accueil des établissements et, éventuellement, être subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat ". Aux termes de l'article L. 712-1 de ce code : " Le président de l'université par ses décisions, le conseil d'administration par ses délibérations et le conseil académique, par ses délibérations et avis, assurent l'administration de l'université. ". Les dispositions de l'article D. 612-36-4 du même code prévoient que : " L'inscription d'un étudiant désirant poursuivre sa formation de master à l'issue d'une année universitaire dans un établissement d'enseignement supérieur autre que celui dans lequel il était inscrit est subordonnée à la vérification, par le responsable de la formation de l'établissement d'accueil, que les unités d'enseignement déjà acquises dans son établissement d'origine sont de nature à lui permettre de poursuivre sa formation en vue de l'obtention du diplôme de master. "
8. Il résulte de ces dispositions ainsi que des travaux parlementaires préalables à leur adoption que, pour les admissions en première année de master, les universités peuvent fixer des capacités d'accueil pour chaque mention de master et soumettre les candidats à sélection, quelles que soient la mention de licence dont ils sont titulaires et leur université d'origine. Dans une telle hypothèse, l'admission en seconde année de master est alors de droit pour les étudiants qui, ayant été sélectionnés à leur entrée en première année et après l'avoir validée, souhaitent poursuivre leur formation en seconde année dans les mêmes mention et université. Ces dispositions impliquent nécessairement que, dans le cadre des pouvoirs qui lui sont dévolus, l'université auprès de laquelle un étudiant qui a précédemment validé sa première année de master dans une autre université, ou un autre master, se porte candidat pour y poursuivre une seconde année de master, puisse, après vérification des pré-requis, le soumettre à une sélection qui tient compte des capacités d'accueil définies pour le master choisi, en fonction des places demeurées disponibles après inscription en seconde année des étudiants ayant accompli avec succès la première année de ce master.
9. Pour refuser l'admission en master 2 de M. B, le doyen de la faculté de droit a motivé sa décision au regard des résultats insuffisants de M. B dans son cursus et du nombre de places limitées dans le master 2 demandé. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'université pouvait soumettre la candidature de M. B à une sélection qui tienne compte des capacités d'accueil du master 2. Il ressort cependant des pièces du dossier que cette décision se fonde sur la délibération cadre du conseil d'administration de l'université n°2018-01 du 26 janvier 2018 et la délibération du même conseil du 30 novembre 2020 fixant les capacités d'accueil et modalités de recrutement pour l'année 2021/2022, délibérations qui n'ont pas été produites par l'université Lumière Lyon 2. Cette dernière n'établit en outre pas que les critères de sélection dans le master 2 sollicité auraient fait l'objet d'une publicité adéquate, ni que les délibérations établissant ces critères auraient été régulièrement transmises au contrôle de légalité du recteur. Par suite, au regard des pièces du dossier, le requérant est fondé à soutenir que les critères de sélection qui lui ont été opposés sont irréguliers.
10. Sur ce dernier point, l'université fait valoir en défense que les unités d'enseignement acquises par M. B à l'université Lyon 3 ne lui permettaient toutefois pas, eu égard aux exigences posées par l'article D. 612-36-4 précité, de poursuivre sa formation en master 2 administration publique à Lyon 11. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
12. Il ressort des pièces du dossier que les enseignements suivis par M. B dans le cadre de son master 2 en relations internationales concernent essentiellement les relations internationales du point de vue de la science politique, et que l'intéressé n'a pas suivi d'enseignement spécifique en droit public ou finances publiques en France, alors que le master 2 sollicité nécessite également des bases solides dans ces matières. Par suite, l'université pouvait, eu égard à sa marge d'appréciation, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, rejeter la candidature de M. B au motif que celui-ci n'avait pas acquis, au titre des pré-requis, les unités d'enseignement lui permettant de poursuivre ses études dans le master 2 en cause.
13. Il apparaît donc que l'université aurait pu prendre la même décision si, plutôt que de se déterminer en fonction des critères de sélection et des capacités d'accueil, elle s'était fondée initialement sur l'insuffisance des pré-requis.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et au titre des frais de justice.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et à l'université Lumière Lyon 2.
Copie en sera adressée à Me Denis.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Stillmunkes, président,
M. Bertolo, premier conseiller,
Mme Monteiro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,Le président,
C. BertoloH. Stillmunkes
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026