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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107182

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107182

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, M. D C, représenté par Me Fréry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à défaut, mention " salarié ", à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans les délais, respectivement, d'un mois et de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 de ce code ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par mémoires en défense enregistrés le 13 septembre 2021 et le 28 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- le jugement n°s 2107182-2107183 du 20 septembre 2021 rendu par la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon ;

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étaient pas présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique du 6 janvier 2023 le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant kosovar né en 1969, est entré une première fois en France à la date déclarée du 15 décembre 2014, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants alors mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée par les instances compétentes. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, prise le 9 juin 2016 par le préfet de l'Ain, suivie, le 2 octobre 2018, d'une deuxième mesure d'éloignement, dont il n'a pas obtenu l'annulation, et qui a été exécutée le 17 juillet 2019. De retour sur le territoire français, M. C a, le 20 avril 2021, sollicité son admission au séjour tant au regard de ses liens personnels et familiaux en France qu'à titre exceptionnel. Le 29 juillet 2021, la préfète de l'Ain oppose un refus à cette demande, prononce une troisième mesure d'éloignement, de nouveau sans délai, à l'encontre de M. C, fixe son pays de destination, lui interdit tout retour en France pendant une durée d'un an et l'assigne à résidence. Par un jugement du 20 septembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal de céans a rejeté les conclusions d'annulation dirigées contre la mesure d'éloignement et contre les décisions subséquentes, ainsi que les conclusions en injonction les assortissant et a renvoyé les conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte afférentes, à l'examen d'une formation collégiale du tribunal de céans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de séjour et d'injonction :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme F E, cheffe du bureau de la citoyenneté, en vertu d'une délégation de signature que lui avait consentie la préfète de l'Ain par un arrêté du 1er juin 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Doit en conséquence être écarté le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que la préfète de l'Ain aurait, avant d'opposer le refus de séjour contesté, omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. C, carence que ne peut pas suffire à révéler l'absence de mention de détention, par la mère du requérant, d'une carte de résident de dix ans valable de 2011 à 2021, et encore moins l'absence de mention de l'acquisition d'un appartement par le couple en juin 2019. Le moyen tiré du défaut d'examen, comme celui associé d'erreur de droit, doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger " qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. C, entré en France une première fois, en décembre 2014, âgé de 45 ans, y a séjourné jusqu'au 17 juillet 2019, date à laquelle il a regagné le Kosovo, avant de revenir en France à une date indéterminée. Il n'y fait pas état d'éléments susceptibles de caractériser une particulière insertion dans la société française, ce dont ne peuvent pas à eux seuls témoigner une promesse d'embauche en qualité de plaquiste rédigée le 28 janvier 2021 et d'autres en 2018, et la propriété d'un bien immobilier. Si la mère du requérant séjourne régulièrement en France, auprès d'une sœur de M. C, l'épouse de ce dernier, Mme G C, et les deux fils majeurs du couple, Festim et Urim, celui-ci marié en janvier 2020 à une ressortissante française, séjournent eux irrégulièrement en France. Par ailleurs, s'il fait état de la présence en France et en Suisse de neveux et nièces, y compris par alliance, ce sous couvert de titres de séjour, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches au Kosovo, où il a longtemps vécu et où il pourra reconstituer la cellule familiale qu'il forme avec son épouse et son troisième fils, A, né le 1er janvier 2018. Dans ces conditions, le refus de séjour critiqué ne peut pas être regardé comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Cette décision, par suite, n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. En se prévalant, d'une part, d'une qualification professionnelle de plâtrier/plaquiste certifiée au Kosovo en septembre 2005 et de la promesse d'embauche du 28 janvier 2021, d'autre part de la présence en France de sa mère et de l'acquisition d'un appartement à Oyonnax, M. C, dont la durée totale de séjour sur le territoire français est indéterminée et la dernière entrée, en tout état de cause, récente, ne justifie pas de motifs exceptionnels permettant son admission au séjour au titre du travail ou de sa vie privée et familiale. La préfète de l'Ain n'a ainsi pas entaché sa décision portant refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision en litige du 29 juillet 2021, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de procès :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il ne saurait être mis à sa charge le versement de la somme réclamée par le requérant au titre des frais qu'il a exposés non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2nd : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le rapporteur,

B. B

Le président,

T. BesseLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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