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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107229

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107229

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 8 septembre 2021, Mme A C et Mme E B, représentées par Me N'Diaye, demande au tribunal :

1°) de condamner les Hospices civils de Lyon (HCL) à verser à Mme A C une indemnité de 95 023,75 euros avec intérêts au taux légal et capitalisation de ceux-ci, en réparation des préjudices causés par les brûlures endurées pendant sa prise en charge au cours du mois de septembre 2000 ;

2°) de condamner les HCL à verser à Mme E B une somme de 15 000 euros au titre de ses préjudice moral et matériel ;

3°) de mettre à la charge des HCL au profit de Mme A C une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la responsabilité fautive des HCL a été retenue par le jugement du tribunal administratif de Lyon du 23 juin 2004 ;

- les préjudices de Mme A C peuvent être évalués à :

* 4 360 euros s'agissant du besoin d'assistance par tierce personne ;

* 1 500 euros s'agissant des frais de santé futurs ;

* 23 563,75 euros s'agissant du déficit fonctionnel temporaire ;

* 12 000 euros s'agissant du préjudice esthétique temporaire ;

* 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 8 600 euros s'agissant du déficit fonctionnel permanent ;

* 10 000 euros s'agissant du préjudice esthétique permanent ;

* 15 000 euros s'agissant du préjudice sexuel ;

- les préjudices de Mme B doivent être évalués à 10 000 euros s'agissant du préjudice moral et 5 000 euros s'agissant du préjudice matériel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, les Hospices civils de Lyon (HCL), représentés par Me Deygas, conclut à ce que l'indemnisation due à Mme C soit réduite à de plus justes proportions et au rejet des conclusions présentées par Mme B et par la caisse primaire d'assurance maladie.

Ils soutiennent que :

- les préjudices de Mme C peuvent être évalués à :

* 2 710 euros s'agissant du besoin d'assistance par tierce personne ;

* les frais de santé futurs apparaissent purement hypothétiques ;

* 12 188,80 euros s'agissant du déficit fonctionnel temporaire ;

* 2 500 euros s'agissant du préjudice esthétique temporaire ;

* 6 500 euros au titre des souffrances endurées ;

* 4 800 euros s'agissant du déficit fonctionnel permanent ;

* 3 500 euros s'agissant du préjudice esthétique permanent ;

* 500 euros s'agissant du préjudice sexuel ;

- le préjudices moral de Mme B a déjà été indemnisé par le tribunal et son préjudice matériel n'est pas matérialisé ;

- les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie ont déjà été rejetées par un jugement devenu définitif.

Par un mémoire, enregistré le 17 novembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or demande le remboursement des prestations exposées pour Mme C à hauteur de 46 097,34 euros, ainsi que le versement de l'indemnité forfaitaire de 1 098 euros.

Par ordonnance du 6 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,

- et les observations de Me Rey, suppléant Me Deygas, pour les Hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, née le 10 septembre 1999, a été victime à l'âge d'un an de brûlures sur la partie droite du corps lors de sa prise en charge à l'Hôpital de la Croix Rousse des Hospices civils de Lyon (HCL). Par jugement n° 0301144 du 23 juin 2004, le tribunal administratif de Lyon, après avoir retenu la responsabilité fautive des HCL à raison des préjudices liés à ces brûlures, a condamné ces hospices à verser à Mme C, alors sous administration légale de ses parents, une indemnité de 20 000 euros, sous réserve de l'indemnité définitive à consolidation de son état, ainsi qu'une indemnité à ses parents de 1 000 euros en leur nom propre. Mme C a sollicité et obtenu du tribunal, par une ordonnance du 22 juin 2020, qu'une expertise soit menée afin d'évaluer ses préjudices finaux, après consolidation de son état le 21 novembre 2019. L'expert a déposé son rapport le 12 décembre 2020. Mme C et sa mère, Mme E B, demandent au tribunal de condamner les HCL à les indemniser, des conséquences dommageables de la prise en charge de Mme C aux HCL au cours du mois de septembre 2000. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or sollicite le remboursement des frais exposés pour Mme C.

2. Ainsi qu'en a jugé le tribunal administratif de Lyon dans son jugement du 23 juin 2004, devenu définitif, la responsabilité fautive des HCL doit être retenue à raison des manquements dans la prise en charge et la surveillance de la jeune A C, brûlée au second degré par le contenu d'une bouilloire dans les services de cet établissement public de santé.

Sur les demandes indemnitaires de Mme C et de Mme B :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur D, que les conséquences des brûlures de la jeune A C ont nécessité une aide par tierce personne évaluée à 30 minutes quotidiennes pendant 1 an et 12 jours, et de 15 minutes journalières pendant 11 mois, soit un volume horaire total de 271 heures. Il convient d'affecter un tel volume, compte tenu de l'absence de spécificité d'une telle aide, d'un taux horaire moyen de 10 euros, représentatif du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les années 2000 et 2001 augmenté des charges, calcul opéré sur 412 jours annuels pour tenir compte des congés payés. Il y a ainsi lieu de condamner les HCL à verser à Mme C une somme de 3 058,96 euros au titre de l'assistance par tierce personne avant la consolidation de son état.

4. En deuxième lieu, si Mme C soutient être susceptible d'exposer une somme maximale de 1 500 euros pour effectuer une chirurgie réparatrice sur son bras gauche, ainsi que mentionné par l'expert, il n'apparaît pas que l'exposition de ces frais soit certaine, compte tenu notamment de la qualification de " théorique " d'une telle opération par cet expert et des résultats décevants qui peuvent en être attendus selon lui. Dans ces conditions, un tel préjudice apparaissant ainsi hypothétique, la demande à ce titre de Mme C doit être rejetée.

5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C a subi, du fait des fautes retenues contre les HCL, un déficit fonctionnel total pendant 102 jours, un déficit fonctionnel de 40 % pendant 377 jours, de 20% pendant 420 jours, de 10% pendant 5 933 jours et de 5% pendant 150 jours. Il sera fait une juste appréciation en évaluant le préjudice de Mme C à ce titre à hauteur de 12 200 euros.

6. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C a subi un préjudice esthétique temporaire lié au port d'orthèse de postures et de vêtements compressifs. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu notamment de l'âge de la requérante lors de sa matérialisation et la durée de ce préjudice, en l'évaluant à la somme de 3 000 euros.

7. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les souffrances endurées par Mme C peuvent être évaluées à 4 sur une échelle de 7. Compte tenu de la durée sur laquelle de telles souffrances ont été subies, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 7 000 euros.

8. En sixième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel permanent de Mme C, âgé de vingt ans à la date de consolidation de son état, est de 4 %. Il sera fait une juste appréciation du préjudice afférent en en fixant le montant à 6 000 euros.

9. En septième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le préjudice esthétique permanent de Mme C peut être évalué à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu de l'exposition des brûlures en cause, en l'évaluant à hauteur de 4 000 euros.

10. En huitième lieu, Mme C fait état de ce que les séquelles des brûlures dont elle a été victime ont eu un impact sur sa capacité à développer une vie sexuelle normale, compte tenu notamment de la période pendant laquelle elle a eu à en subir les effets. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à hauteur de 1 000 euros.

11. En neuvième lieu, s'il est fait état de ce que Mme B, mère de Mme C, aurait subi un préjudice moral à hauteur de 10 000 euros et un préjudice matériel évalué à 5 000 euros, il apparaît que le premier de ces préjudices a déjà été indemnisé par le jugement définitif du 23 juin 2004 et que le second n'est nullement caractérisé en l'état des écritures. Les conclusions afférentes doivent ainsi être rejetées.

12. Il résulte de ce qui précède que les HCL doivent être condamnés à verser une somme totale de 36 258,96 euros à Mme C, sous déduction de l'indemnité de 20 000 euros perçue en application du jugement du 23 juin 2004.

Sur les débours exposés par la CPAM de Côte-d'Or :

13. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque () la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ".

14. D'une part, les HCL opposent aux conclusions de la CPAM de la Côte-d'Or tendant au remboursement des débours exposés pour Mme C l'autorité de la chose jugée par le jugement du 23 juin 2004. Toutefois, les conclusions de la CPAM ont été rejetées par irrecevabilité par ce jugement du tribunal qui n'a ainsi pas statué sur le bien-fondé de ces conclusions. Dans ces conditions, le moyen de défense susmentionné doit être écarté.

15. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé de débours ainsi que de l'attestation d'imputabilité produits par la CPAM de la Côte-d'Or, que des prestations ont été fournies à Mme C, en lien direct et exclusif avec les fautes retenues à l'encontre des HCL, à hauteur de 46 097,34 euros. Il y ainsi lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, de condamner les HCL à verser cette somme à la CPAM de la Côte-d'Or.

Sur les intérêts :

16. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-7 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

17. Mme C a droit aux intérêts sur les sommes qui lui sont dues à compter du 28 avril 2021, date à laquelle sa demande d'indemnisation a été reçue par les HCL.

18. La capitalisation des intérêts a été demandée le 8 septembre 2021. A cette date, il était dû moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 28 avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

19. D'une part, il y a lieu de mettre les dépens, qui comprennent les frais et honoraires de l'expertise ordonnée le 22 juin 2020 par le juge des référés du tribunal, liquidés à hauteur de 960 euros par ordonnance du 29 janvier 2021, à la charge des HCL sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

20. D'autre part, aux termes du neuvième de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. " L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 dispose : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".

21. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que les HCL doivent être condamnés à payer à la CPAM de la Côte-d'Or une somme de 1 162 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

22. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des HCL, partie tenue au dépens, une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les Hospices civils de Lyon verseront à Mme C une indemnité de 36 258,96 euros (trente-six mille deux cent cinquante-huit euros et quatre-vingt-seize centimes), sous déduction de l'indemnité de 20 000 (vingt mille) euros perçue en application du jugement du 23 juin 2004, avec intérêts au taux légal à compter du 28 avril 2021. Les intérêts échus à la date du 28 avril 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Les Hospices civils de Lyon verseront une somme de 46 097,34 euros (quarante-six mille quatre-vingt-dix-sept euros et trente-quatre centimes) à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or.

Article 3 : Les dépens, qui comprennent les frais et honoraires de l'expertise ordonnée le 22 juin 2020 par le juge des référés du tribunal, sont mis à la charge des Hospices civils de Lyon.

Article 4 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Côte-d'Or une somme de 1 162 (mille cent soixante-deux) euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5 : Les Hospices civils de Lyon verseront une somme de 1 400 (mille quatre cents) euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus de conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or, à la caisse primaire d'assurance maladie de Saône-et-Loire et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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