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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107269

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107269

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL DELGADO ET MEYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 septembre 2021 et 18 février 2022, la société Avadel Research, représentée par Me Plagniol (CMS Francis Lefebvre avocats), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2019 par laquelle l'inspectrice du travail du Rhône a refusé d'autoriser le licenciement de Mme A ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 11 juillet 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a refusé de l'autoriser à procéder au licenciement pour motif économique de Mme A ;

3°) de mettre à la charge de Mme A le versement d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir contre les décisions qu'elle conteste ;

- la décision de l'inspectrice du travail est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit ;

- la décision implicite de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion est entachée d'erreurs de fait et d'appréciation quant à la réalité de la cessation définitive de l'activité, et d'une erreur de droit tirée de ce que l'inspectrice a ajouté aux textes applicables une condition pour apprécier la cessation totale d'activité de la société Avadel Research.

Par un mémoire, enregistré le 16 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Meyer (Selarl Delgado et Meyer), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Avadel Research sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est dépourvue d'objet dès lors qu'elle a été licenciée et n'a pas sollicité sa réintégration à la suite du jugement du tribunal administratif du 11 mai 2021 ;

- la ministre du travail n'était pas ressaisie et n'a pas rendu de décision implicite, dès lors que le tribunal administratif de Lyon a annulé, par un jugement du 11 mai 2021, la décision de la ministre du 26 janvier 2020 pour un vice de légalité interne.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 février 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail sont sans objet, dès lors que cette décision a disparu de l'ordonnancement juridique ;

- les conclusions dirigées contre sa décision implicite sont irrecevables, dès lors qu'elle ne fait pas grief à la société requérante ;

- la décision implicite de rejet du 11 juillet 2021 est fondée sur son incompétence matérielle à statuer, dès lors qu'il n'existait plus de lien contractuel entre la société et son ancienne salariée ;

- les moyens soulevés par la société Avadel Research sont inopérants.

Par une ordonnance du 23 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Bombard, représentant la société Avadel Research et celles de Me Laborie, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiées Avadel Research, spécialisée dans la recherche pharmaceutique, et appartenant au groupe Avadel, a sollicité le 20 juin 2019 l'autorisation de licencier Mme A, alors membre suppléant de la délégation unique du personnel, pour motif économique, en raison de la cessation d'activité du site de Vénissieux. L'inspectrice du travail du Rhône a, par une décision du 30 juillet 2019, rejeté cette demande. Saisie d'un recours hiérarchique par la société Avadel Research, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a, par une décision du 27 janvier 2020, annulé la décision de l'inspectrice du travail, au motif qu'elle était insuffisamment motivée, et autorisé le licenciement pour motif économique de la salariée. Par un jugement du 11 mai 2021, le tribunal administratif de Lyon, saisi par Mme A, a annulé la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion. La société Avadel Research demande l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 30 juillet 2019 et de la décision implicite née le 11 juillet 2021 du silence gardé par la ministre en charge du travail.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail :

2. Lorsqu'il est saisi, sur le fondement des dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail, d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail ayant statué sur une demande d'autorisation de licenciement, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler, puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement, compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision.

3. Il ressort des termes même de sa décision du 27 janvier 2020 que la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a, d'une part, par son article 1er, annulé la décision du 30 juillet 2019 de l'inspectrice du travail refusant d'autoriser le licenciement de Mme A et, d'autre part, par son article 2, autorisé le licenciement de l'intéressée. La décision de la ministre s'est ainsi entièrement substituée à celle du 30 juillet 2019, laquelle a disparu de l'ordonnancement juridique. Dès lors, ainsi que le fait valoir la ministre du travail en défense, le jugement du 11 mai 2021 par lequel le tribunal administratif de Lyon a annulé sa décision, alors même qu'il n'est pas devenu définitif dès lors qu'il est frappé d'appel, n'a pas eu pour effet de faire revivre la décision du 30 juillet 2019. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite née le 11 juillet 2021 du silence gardé par la ministre en charge du travail :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 2422-1 du code du travail : " Lorsque le ministre compétent annule, sur recours hiérarchique, la décision de l'inspecteur du travail autorisant le licenciement d'un salarié investi de l'un des mandats énumérés ci-après, ou lorsque le juge administratif annule la décision d'autorisation de l'inspecteur du travail ou du ministre compétent, le salarié concerné a le droit, s'il le demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, d'être réintégré dans son emploi ou dans un emploi équivalent () ".

5. D'autre part, l'annulation, par le jugement du 11 mai 2021 du tribunal administratif de Lyon, de la décision initiale de la ministre obligeait l'autorité administrative, qui demeurait saisie de la demande de l'employeur, à procéder à une nouvelle instruction de celle-ci, sans que l'employeur soit tenu de la confirmer.

6. Il résulte de ce qui précède que le jugement du tribunal administratif a eu pour effet de ressaisir la ministre du travail de la demande de la société requérante d'autoriser le licenciement de Mme A, sans qu'il soit besoin à la société de confirmer cette demande. Une décision implicite de rejet est ainsi née le 11 juillet 2021 du silence gardé par la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, sur cette demande.

7. Il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas contesté par Mme A, qu'à la date où la ministre a été ressaisie, le licenciement de l'intéressée était déjà intervenu depuis le 3 janvier 2020 et que celle-ci n'a pas sollicité sa réintégration dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement du tribunal administratif du 11 mai 2021. Dès lors, compte tenu de la rupture du lien contractuel unissant Mme A à la société Avadel Research, la ministre du travail, chargée d'instruire de nouveau la demande d'autorisation de licenciement de cette société, ainsi qu'il a été dit au point précédent, ne pouvait que constater que cette demande d'autorisation avait perdu son objet et était donc tenue de la rejeter. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du 11 juillet 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Avadel Research demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Avadel Research une somme de 300 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Avadel Research est rejetée.

Article 2 : La société Avadel Research versera à Mme A une somme de 300 euros (trois cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Avadel Research, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme B A.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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