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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107319

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107319

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2021, Mme A C épouse B, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 avril 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux réceptionné le 25 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de résident ou une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen préalable et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3, alinéa 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, les dispositions des articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 27 mars 1988 modifié ;

le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante tunisienne née le 15 juillet 1991, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante. Par une décision du 2 avril 2021, le préfet du Rhône a rejeté cette demande mais lui a délivré un titre de séjour " visiteur " afin de lui permettre de rester aux côtés de son époux pendant ses études de master Marketing et vente au centre de formation Eklya. Mme A C épouse B demande au tribunal d'annuler cette décision du 2 avril 2021, ainsi que celle par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté son recours gracieux réceptionné le 25 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision du 2 avril 2021, que Mme C épouse B a uniquement sollicité dans sa demande initiale le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Rhône n'aurait pas examiné de façon complète et sérieuse sa demande en ne statuant pas sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3, alinéa 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dont elle a seulement fait état dans son recours gracieux, qui a été implicitement rejeté, sans qu'ait d'incidence à cet égard le fait que le préfet a décidé de délivrer à l'intéressée un titre de séjour " visiteur " afin de lui permettre de rester aux côtés de son époux pendant les études de ce dernier.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions sont désormais reprises à compter du 1er mai 2021 à l'article L. 422-1 : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle () ".

4. Pour refuser de procéder au renouvellement du titre de séjour de Mme C épouse B, qui présente une inscription en formation " responsable de la distribution " au centre de formation Eklya, le préfet du Rhône a relevé qu'elle est inscrite en niveau licence depuis son entrée en France le 16 septembre 2010, qu'elle a échoué deux années consécutivement en première année aux études de santé en 2010-2011, puis en 2011-2012, qu'elle s'est ensuite réorientée en licence Sciences de le Vie en 2012-2013 mais demeure en échec après sept années d'études et qu'elle n'a obtenu aucun diplôme d'études supérieures malgré dix années d'étude, et que sa réorientation est sans lien direct avec ses précédentes études et que l'absence de résultats probants est établie.

5. Mme C épouse B fait valoir que des problèmes de santé importants ont perturbé ses études, qu'elle a validé son diplôme d'études universitaires générales (DEUG), mention sciences de la vie, qu'elle a suivi une formation en alternance de " responsable de la distribution " dans un magasin Lidl auprès de l'organisme Eklya qu'elle a débutée le 5 octobre 2020, puis a été admise en première année de master Marketing et vente auprès de ce même organisme. Toutefois, si Mme C épouse B produit une attestation de son médecin traitant indiquant qu'elle a subi des problèmes de santé d'ordre gynécologique ayant généré deux fausses couches en 2018 et en 2019 avant la naissance de sa fille le 24 septembre 2019, ainsi que des problèmes de voies urinaires et des sciatiques, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de progression de l'intéressée dans ses études supérieures, à la date de la décision attaquée, résulterait de ses problèmes de santé, et alors qu'elle ne justifie depuis son entrée en France le 16 septembre 2010 que d'une attestation de réussite aux épreuves de DEUG, mention sciences de la vie, qui lui a été délivrée par l'Université Claude Bernard Lyon 1, au titre de l'année 2014-2015. Dans ces conditions, en refusant de procéder au renouvellement du titre de séjour de Mme C épouse B en qualité d'étudiante, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reprenant depuis le 1er mai 2021 les dispositions précédemment codifiées au 7° de l'article L. 313-11 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Mme C épouse B fait valoir qu'elle réside régulièrement en France depuis 11 ans, qu'elle est mariée depuis le 27 juillet 2017 avec un compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant" valable jusqu'au 31 décembre 2022 avec lequel elle a une fille née le 24 septembre 2019 et titulaire d'un document de circulation pour étranger mineur, et que son époux suit une formation en apprentissage où il perçoit un salaire de 1 632 euros en qualité de directeur de supermarché et que son frère est ressortissant français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si Mme C épouse B résidait régulièrement en France depuis le 16 septembre 2010 sous couvert d'une carte de séjour en qualité d'étudiante, la délivrance de ces titres " étudiant " ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. En outre, il est constant que par la décision attaquée, le préfet du Rhône a décidé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de visiteur afin de lui permettre de rester aux côtés de son époux et de sa fille pendant les études de ce dernier. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'intéressée n'est pas fondé en l'espèce à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de sa fille. Les moyens tirés de la violation des dispositions et stipulations précitées doivent par suite être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. / Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent Accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence professionnels ou non, dont ils peuvent faire état et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Ces titres de séjour confèrent à leurs titulaires le droit d'exercer en France la profession de leur choix. Ils sont renouvelables de plein droit ".

9. En se bornant à faire état de sa situation familiale, de ses problèmes de santé, des études poursuivies par son époux rappelés aux points précédents, ainsi que de son suivi d'une formation en alternance de " responsable de la distribution " qu'elle a débutée le 5 octobre 2020, puis de son admission en première année de master Marketing et vente auprès de l'organisme Eklya, Mme C épouse B n'établit pas que le préfet du Rhône aurait commis une erreur d'appréciation en refusant implicitement, suite à son recours gracieux, de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans sur le fondement des stipulations précitées du 3ème alinéa de l'article 3 de l'accord franco-tunisien.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 avril 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux réceptionné le 25 mai 2021. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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