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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107361

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107361

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPUNZANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 septembre 2021, 11 mai 2022 et 5 décembre 2022, M. I B, M. F A, Mme D J, Mme E C et Mme H G, le premier nommé ayant la qualité de représentant unique, représentés par Me Punzano, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Privat a délivré à la SCI Côté Jardin un permis de construire pour la rehausse d'une toiture, la surélévation d'un bâtiment, la création d'une toiture terrasse et la modification de façades, ainsi que les décisions du 22 juillet 2021 rejetant leurs recours gracieux ;

2°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Saint-Privat et de la SCI Côté Jardin la somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet puisqu'il y a un doute sur la surface réelle du terrain d'assiette, que la notice ne permet pas d'apprécier l'impact du projet sur les lieux avoisinants, que le plan de masse ne dit rien sur les plantations maintenues, supprimées ou créées et est incomplet quant au raccordement du bâtiment existant au réseau d'électricité et d'eau potable et que les documents graphiques d'insertion ne font pas apparaître l'environnement ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du code de la construction et de l'habitation relatives aux établissements recevant du public, le dossier permettant d'apprécier la conformité du projet aux règles de sécurité prévues par l'article R. 123-22 n'étant pas produit ;

- elle méconnaît l'article N 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune en ce qu'elle autorise un changement de destination ;

- elle méconnaît les articles UA 3 et N 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatifs aux accès, dès lors que l'accès via la rue du Buis donnant sur le parking présent à l'est du projet présente un risque pour la sécurité des usagers de cette voie ;

- elle méconnaît les articles UA 11 et N 11 du règlement du plan local d'urbanisme relatifs à l'aspect extérieur des constructions, le projet portant atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants ;

- elle méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation, la partie du terrain d'assiette située en zone rouge étant inconstructible et le projet ne respectant pas l'article 3 des dispositions générales du plan, qui prescrit les matériaux à utiliser pour réduire la vulnérabilité des projets face à ces risques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, la commune de Saint-Privat conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 mars 2022 et le 23 novembre 2022, la SCI Côté jardin, représentée par la SCP Beraud-Lecat-Bouchet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. B et autres requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chapard,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Punzano, pour M. B et autres requérants,

- et les observations de Me Lecat, pour la SCI Côté Jardin.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Côté Jardin a déposé en mairie de Saint-Privat le 15 février 2021 une demande de permis de construire pour la rehausse d'une toiture, la surélévation d'un bâtiment, la création d'une toiture terrasse et la modification de façades. Le terrain d'assiette du projet est situé pour partie en zone UA du plan local d'urbanisme de la commune et pour partie en zone N. Par arrêté du 7 mai 2021, le maire de Saint-Privat a accordé le permis de construire ainsi sollicité. Les requérants demandent l'annulation de cet arrêté et des décisions du 22 juillet 2021 par lesquelles le maire a refusé de faire droit à leurs recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : / () / c) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / () ". Aux termes de l'article R. 431-7 du même code : " Sont joints à la demande de permis de construire : / () / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. " En application de l'article R. 431-8 de ce code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement () ". Aux termes de l'article R. 431-9 du code précité : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / () ". En application de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / () ". Aux termes de l'article R. 431-30 de ce code : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants () : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées () ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité (). "

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet et sa superficie ont été identifiés par la société pétitionnaire dans le formulaire cerfa de demande de permis de construire, mais également au plan de situation et au plan de masse, ces documents présentant l'ensemble de l'unité foncière, sa superficie parcelle par parcelle et identifiant la parcelle objet des travaux. La circonstance que l'avis transmis par le maire de Saint-Privat au service instructeur n'identifie que deux parcelles de cette unité foncière et fasse état d'une superficie différente de celle portée sur la demande de permis de construire est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Il ressort ensuite des pièces du dossier que la notice descriptive, qui décrit sommairement l'état initial du terrain et de ses abords, complétée par quatre photographies du terrain d'assiette, prises depuis des angles différents, et deux images d'insertion graphique, a permis à l'autorité administrative d'apprécier les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement, projet qui consiste au demeurant en des travaux sur un bâtiment qui existe déjà. De plus, compte tenu de la nature de ces travaux, qui consistent, à emprise au sol et destination inchangées, en la surélévation d'une maison existante, la création d'une toiture terrasse et la modification de façades et à changer une toiture, les informations portées au plan de masse par la société pétitionnaire ont permis au service en charge de l'instruction d'apprécier la conformité du projet à la règlementation applicable, sans que des éléments supplémentaires quant aux plantations ou à la desserte de la construction existante par les réseaux ne soient nécessaires. Enfin, si les travaux projetés sont pour partie situés au sein d'une unité foncière sur laquelle sont implantés des bâtiments et des espaces recevant du public, et s'ils consistent notamment en la surélévation du bâtiment nommé " salle Jasmin " qui accueille du public, il ne ressort pas des pièces du dossier que les espaces créés auraient vocation à être accessibles à la clientèle ou à des personnes extérieures, la SCI pétitionnaire déclarant les destiner à un espace de logement privatif réservé à ses actionnaires. Les requérants ne peuvent ainsi utilement se prévaloir de l'article R. 431-30 précité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article N 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Privat : " Occupation et utilisations du sol autorisées sous condition / La restauration et l'extension mesurée des bâtiments existants sans changement de destination () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la partie 5.5 du formulaire Cerfa de demande de permis de construire relative à la destination des constructions, renseignée par la société pétitionnaire, que le projet ne porte que sur des surfaces destinées à l'habitation. De plus, la notice descriptive du projet indique que ce dernier " se concentre sur le bâtiment " salle Jasmin " qui sera surélevé d'un niveau (). Le niveau ainsi créé permettra l'agrandissement du rez-de-chaussée de la maison d'habitation (sans accueil du public) attenante () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article N 2 précité du règlement, du fait d'un changement de destination, manque en fait.

7. En troisième lieu, aux termes des articles UA 3 et N 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Accès et voirie / () Si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès, il sera fait application de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme. " Aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " () (Le projet) peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. "

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet en cause, qui notamment autorise la surélévation d'un bâtiment, un changement de toiture et la création d'un toit terrasse, n'apporte aucune modification aux accès des bâtiments présents sur l'unité foncière de la pétitionnaire. Il ne modifie pas non plus notablement la nature ou l'intensité du trafic, la construction, étendue de 96 mètres carrés, étant destinée à loger des actionnaires de la SCI Côté Jardin. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès existant au terrain d'assiette entraînerait des risques particuliers pour la sécurité publique, les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées relatives à la sécurité des accès.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Aspect extérieur / D'une manière générale, les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages. " Aux termes de l'article N 11 de ce même règlement : " Les constructions par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrage à édifier ou à modifier ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. "

10. Il ressort des pièces du dossier, que le projet est implanté au sud de la commune de Saint-Privat, dans un environnement composé essentiellement de petites rues étroites bordées de constructions présentant une certaine harmonie architecturale, tenant notamment à la présence de nombreuses façades en pierres. Si les travaux projetés conduisent à la création d'un volume cubique, en bardage de bois clair, avec un toit terrasse desservi par un escalier extérieur en colimaçon, il ressort des documents graphiques d'insertion que cette réalisation contemporaine s'accompagnera d'une reprise complète des façades restantes par des parements en pierres et qu'elle sera peu visible depuis la voie publique. Dans ces conditions, le maire de Saint-Privat n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en délivrant le permis de construire en litige, le projet ne portant pas atteinte au caractère des lieux avoisinants.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I. - L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations (). / II. - Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / () ". Aux termes de l'article L. 562-4 du même code : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. () ". Aux termes de l'article Rcb. 1 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation applicable sur le territoire de la commune de Saint-Privat : " Occupations et utilisations du sol interdites / Sont interdites toutes les occupations et utilisations du sol nouvelles ainsi que toutes les interventions sur les ouvrages, terrains et constructions existantes, autres que celles expressément mentionnées aux articles Rcb. 2 et Rcb. 3. " En vertu de l'article 3 des dispositions générales de ce règlement : " Prescriptions de nature à réduire la vulnérabilité des projets / Pour les projets pour lesquels l'article 3 est explicitement visé par le présent règlement, s'appliquent les prescriptions suivantes : / () les matériaux utilisés dans les parties inondables (pour les menuiseries, les portes, les fenêtres, les vantaux, les revêtements de sol et des murs, les protections phoniques et thermiques) seront insensibles à l'eau, et conçus de manière à résister à la pression hydraulique, à l'érosion et aux effets des affouillements, / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet et le bâtiment existant objet des travaux sont situés, dans le plan de prévention des risques d'inondation précité, en centre urbain dense, pour partie en secteur d'aléa faible (Bcb - zone bleue - centre bourg), et pour partie en secteur d'aléa fort ou moyen (Rcb - zone rouge - centre bourg). D'une part, les requérants affirment que le projet ne peut être réalisé en zone rouge, qu'ils qualifient d'inconstructible. Toutefois, les dispositions précitées permettent, sous conditions, de réaliser des travaux sur les constructions existantes, à l'instar de ceux autorisés par l'arrêté en litige. Ils se bornent également à soutenir qu' " existent certaines prescriptions à respecter dans le règlement écrit du PPRI (voir notamment zone Rcb) concernant les extensions des bâtiments à usage d'habitation ou encore celles relatives aux établissements recevant du public ", sans cependant indiquer en quoi ces prescriptions seraient méconnues par le projet. D'autre part, si les requérants invoquent les prescriptions posées par l'article 3 des dispositions générales du plan de prévention des risques, relatives aux matériaux à utiliser dans les secteurs inondables, ils ne démontrent pas en quoi le projet ne leur serait pas conforme. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance du plan de prévention des risques d'inondation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir par la société Côté jardin, M. B et autres requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Privat a délivré à cette société un permis de construire et des décisions du 22 juillet 2021 rejetant leurs recours gracieux.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B et autres requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Privat et de la SCI Côté Jardin, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B et autres requérants la somme globale de 1 400 euros à verser à la SCI Côté Jardin au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et autres requérants est rejetée.

Article 2 : M. B et autres requérants verseront à la SCI Côté Jardin une somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I B, à la commune de Saint-Privat et à la SCI Côté Jardin.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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