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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107458

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107458

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGODDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2021, Mme A C, représentée par Me Goddet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'obtention du statut d'apatride ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) de communiquer son entier dossier, dont le compte-rendu d'entretien du 18 janvier 2021 ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFPRA de lui reconnaître le statut d'apatride dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge du directeur général de l'OFPRA le versement à son conseil, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle méconnaît l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 ainsi que les articles L. 582-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme C a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 2 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, née le 7 mai 1961, demande l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride.

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. B, chef de division, titulaire d'une délégation de signature du directeur général de l'Office de protection des réfugiés et des apatrides à cet effet par une décision du 4 janvier 2021, régulièrement publiée le 12 janvier 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 812-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifie par écrit sa décision au demandeur du statut d'apatride. Toute décision de rejet est motivée en fait et en droit et précise les voies et délais de recours. ".

4. La décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est par suite suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des termes de cette décision que le directeur général de l'Office de protection des réfugiés et des apatrides n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C préalablement à son édiction.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 812 -1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention. ". Aux termes de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " 1. Aux fins de la présente convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.

6. Mme C soutient que son identité doit être considérée comme établie dès lors qu'elle a produit un jugement supplétif du tribunal de grande instance de Lyon du 7 juin 2017 tenant lieu d'acte de naissance selon lequel elle est née le 7 mai 1961 à Strumica (ex Yougoslavie), qu'elle a été précise et constante sur son parcours et son histoire familiale empreint de discrimination et de rejet en raison de son appartenance à la communauté rom et qu'elle est dans l'impossibilité de se revendiquer de la loi macédonienne dès lors que ses démarches à ce titre auprès des autorités sont restées vaines. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi que le relève la décision en litige, qui n'a pas remis en cause son identité, que l'intéressée s'est constamment présentée depuis son entrée en France, et notamment lors de sa demande d'asile intervenue en 2004, comme ressortissante macédonienne et qu'elle n'a pu fournir aucune indication claire sur la situation de ses deux parents au regard du droit de la nationalité, empêchant ainsi d'appréhender en toute connaissance de cause sa propre situation au regard du droit de la nationalité issu de la dislocation de la Yougoslavie. En outre, en se bornant à produire une réponse de l'ambassade de la république de Macédoine du 18 février 2015 qui indique qu'elle n'est pas inscrite sur le registre de l'état civil des naissances de la ville de Strumica, laquelle fait d'ailleurs mention d'une recherche réalisée sur la base d'une date de naissance distincte de celle résultant du jugement tenant lieu d'acte de naissance de l'intéressée, Mme C ne justifie pas de la réalisation de démarches répétées et assidues auprès des autorités de la Macédoine du Nord aux fins de se voir reconnaître la nationalité de ce pays où elle est née et où elle indique avoir vécu jusqu'en 2004, année au cours de laquelle elle aurait vendu la maison héritée de ses parents afin de rejoindre clandestinement le France. Par suite, en lui refusant la qualité d'apatride, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas entaché la décision en litige d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 1er de la convention de New York susvisée. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de solliciter la communication de son entier dossier, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37-1 da loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : la requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente du tribunal,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLa présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Un greffier,

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