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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107678

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107678

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantWINDEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Windey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; elle méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien dès lors qu'il réside en France depuis l'âge de neuf ans ;

- elle méconnaît l'article 7 quater d) de l'accord franco-tunisien et l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 7 quater d) de l'accord franco-tunisien et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 novembre 2021.

Un mémoire enregistré le 15 novembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, a été produit par le préfet du Rhône.

Vu la décision attaquée et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique au cours de laquelle le rapport de Mme C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 17 mai 1978, est entré sur le territoire français en 1987, à l'âge de neuf ans. Après avoir été titulaire de plusieurs titres de séjour et, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an, il en a sollicité le renouvellement le 1er octobre 2020. Par une décision du 29 juillet 2021 dont il demande l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer ce titre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme F E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet du Rhône du 12 mars 2021, régulièrement publié le 15 mars 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants tunisiens en vertu de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. " Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "

4. D'une part, si M. A réside sur le territoire français depuis qu'il a l'âge de neuf ans, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à plus de 20 peines d'emprisonnement ferme entre 1999 et 2018 pour, notamment, des faits de violence aggravée par deux circonstances, recel de bien, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale supérieure à huit jours, dégradation d'un bien par un moyen dangereux pour les personnes, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, récidive d'importation non déclarée de marchandises dangereuses pour la santé, la moralité ou la sécurité publique, harcèlement d'une personne suivi d'incapacité et propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet la dégradation des conditions de vie altérant la santé, conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, et trafic de stupéfiants et infraction au règlement sur le commerce ou l'emploi de substances vénéneuses. Ainsi, bien que les derniers faits pour lesquels il a été condamné sont anciens de plusieurs années, l'intéressé apparaît comme un délinquant d'habitude présentant un risque élevé de récidive. Le préfet a dès lors légalement pu estimer que son comportement constituait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public. Les moyens tirés de l'erreur dans la qualification juridique des faits et de la méconnaissance de l'article L. 412-5 précité doivent ainsi être écartés.

5. D'autre part, bien que M. A soit le père de trois enfants de nationalité française nés en 2011, 2014 et 2018, il n'apporte aucun élément quant à l'effectivité de sa relation avec ces derniers. A cet égard, si une décision du juge aux affaires familiales du 3 mars 2021 prononçant le divorce du requérant et de la mère de ses enfants, avec effet au 3 décembre 2018, constate que l'autorité parentale à l'égard des enfants est exercée conjointement par les deux parents, précise que M. A pourra exercer librement son droit de visite et d'hébergement au profit des enfants dont la résidence est fixée chez la mère et fixe à la somme de 60 euros par enfant la contribution mensuelle à l'entretien des enfants, il n'établit pas honorer ces droits et obligations financières en se bornant à produire des attestations insuffisamment circonstanciées. M. A n'apporte en outre aucun élément quant à la relation qu'il entretiendrait avec son enfant né en 2006 d'une relation antérieure. Par ailleurs, sa relation entamée au cours du mois de mai 2018 avec Mme D, et les liens qu'il entretiendrait avec les enfants de cette dernière, étaient récents à la date de la décision attaquée. Enfin, il ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière en se prévalant d'une promesse d'embauche en qualité d'employé polyvalent dans le domaine de la restauration, après avoir occupé des emplois d'équipementier polyvalent dans la restauration rapide, d'agent d'entretien, d'agent de service hospitalier, de vendeur sur les marchés et de gérant d'un commerce de détail d'habillement. Dans ces conditions, et compte tenu de la menace à l'ordre public que constitue le comportement de M. A, la décision attaquée ne porte pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard aux buts que cet acte poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance par cette décision des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs, elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien : " Sans préjudice des dispositions du b) et du d) de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. Pour justifier de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants français, le requérant se prévaut de la décision du 3 mars 2021 du juge aux affaires familiales dont les termes ont été rappelés au point 5. Toutefois, cette seule décision ne suffit pas à établir que le requérant exerce effectivement les droits et obligations qu'elle fixe. En tout état de cause, la contribution ainsi alléguée était inférieure à deux ans à la date de la décision attaquée. Les attestations produites par le requérant, trop peu circonstanciées, ne permettent pas davantage d'établir qu'il contribuerait à l'entretien et l'éducation de ses enfants depuis au moins deux ans. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-7 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes du d) de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien : " Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 () - les ressortissants tunisiens qui justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'ils ont atteint au plus l'âge de dix ans. ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Les stipulations du d) de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, notamment de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 3, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

9. Le comportement de M. A constituant, comme il a été dit au point 4, une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien en refusant de l'admettre au séjour pour ce motif, alors même que l'intéressé est entré en France avant l'âge de dix ans et y réside habituellement depuis.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Pour les motifs exposés aux point 5 et 7, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations précitées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Windey.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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