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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2107749

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2107749

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2107749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 4 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Ducher demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet opposée à sa demande de reconstitution des droits sociaux acquis au titre de la période de son éviction illégale du 18 décembre 2015 au 11 avril 2018 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Chaponnay de verser à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités territoriales les droits sociaux dus au titre de la période du 18 décembre 2015 au 11 avril 2018 sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- par un arrêté du 15 mars 2018 le maire de la commune s'est engagé à le réintégrer administrativement et à reconstituer sa carrière ; en exécution de cet arrêté la commune devait verser les droits à pension en dépit d'une demande expresse ;

- il s'est acquitté de ses engagements au titre du protocole transactionnel ;

- il a cotisé pendant la période d'éviction à une autre caisse de retraite.

Par un mémoire, enregistré le 6 avril 2023, la commune de Chaponnay représentée par Me Deygas conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le protocole transactionnel a été intégralement exécuté par la commune ; dès lors que le protocole est exécuté, le requérant n'est pas recevable à exercer une action contre son ancien employeur ;

- le requérant s'est abstenu de verser les cotisations salariales ce qui ne permet pas à la commune de faire droit à la demande.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président-rapporteur ;

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Ducher pour le requérant et les observations de Me Leroy pour la commune de Chaponnay.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent titulaire du grade de technicien territorial, occupait l'emploi de responsable du centre socio-culturel Jean Gabin au sein de la commune de Chaponnay. Par un jugement du 20 septembre 2017, le tribunal administratif de Lyon a, d'une part, annulé les décisions des 9 juillet 2015 et 12 novembre 2015 par lesquelles le maire de Chaponnay a prononcé la suspension de M. B et procédé à son licenciement pour insuffisance professionnelle, d'autre part, enjoint audit maire de procéder à la réintégration de l'intéressé à compter du 18 décembre 2015, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement. Par une ordonnance du 11 décembre 2017, sous le n° 17LY03904, la cour administrative d'appel de Lyon a confirmé le jugement du tribunal administratif de Lyon.

2. L'annulation d'une décision licenciant illégalement un agent public implique nécessairement, au titre de la reconstitution de sa carrière, la reconstitution des droits sociaux, et notamment des droits à pension de retraite, qu'il aurait acquis en l'absence de l'éviction illégale et, par suite, le versement par l'administration des cotisations nécessaires à cette reconstitution. Ainsi, sauf à ce que l'agent ait bénéficié d'une indemnité destinée à réparer le préjudice matériel subi incluant les sommes correspondantes, il incombe à l'administration de prendre à sa charge le versement de la part salariale de ces cotisations, au même titre que de la part patronale.

3. Il résulte de l'instruction que par un protocole d'accord transactionnel du 19 décembre 2017, passé en application des articles 2044 et suivants du code civil, ayant pour objet de régler par voie de transaction les modalités d'exécution du jugement du 20 septembre 2017 et d'indemniser M. B de ses préjudices, les parties ont convenu de procéder pour la commune de Chaponnay à la réintégration de M. B et à la reconstitution administrative de sa carrière, et de fixer le montant de son indemnisation à la somme de 50 000 euros en contrepartie de son engagement à solliciter sa mutation au sein des effectifs de la commune de Saint-Bonnet-de-Mure dans un délai de huit jours et de ne pas rechercher la responsabilité de la commune de Chaponnay ni exercer aucun recours de quelque nature que ce soit à son encontre.

4. En s'engageant par ce protocole à " réintégrer administrativement Monsieur B et à procéder à la reconstitution administrative de la carrière de Monsieur B pour rétablir sa position de fonctionnaire titulaire à compter du 18 décembre 2015. " la commune s'engageait à procéder à la reconstitution des droits sociaux du requérant lesquels sont indépendants de l'indemnisation proposée " en contrepartie du préjudice financier, professionnel et moral que lui a causé son licenciement illégal " dès lors que cette indemnisation ne mentionne pas inclure les cotisations en litige. La commune de Chaponnay a en application de ce protocole procédé à la réintégration administrative du requérant par un arrêté du 15 mars 2018. En vertu des dispositions de cet arrêté, sans que la commune puisse utilement opposer les stipulations de l'accord transactionnel, la commune de Chaponnay procédant à la réintégration administrative du requérant devait nécessairement procéder au versement des cotisations sociales afférentes.

5. Par suite, il y a lieu d'annuler le refus implicite opposé à la demande de versement des cotisations sociales présentée par le requérant et d'enjoindre à la commune de verser les cotisations sociales, salariales et patronales, dues au titre de la période d'éviction illégale du service de M. B du 18 décembre 2015 au 11 avril 2018. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune une somme 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le requérant n'étant pas partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à sa charge à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite en litige est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Chaponnay de verser les cotisations sociales, salariales et patronales, dues au titre de la période d'éviction illégale du service de M. B du 18 décembre 2015 au 11 avril 2018.

Article 3 : La commune de Chaponnay versera une somme de 1 500 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la commune de Chaponnay sur le même fondement sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Chaponnay.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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