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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108125

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108125

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 12 octobre 2021 et le 21 février 2023, M. B C demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel la présidente du conseil d'administration du Service départemental-métropolitain d'incendie et de secours (SDMIS) a prononcé sa suspension de fonctions à compter du 16 septembre 2021 ;

- d'enjoindre au SDMIS de le réintégrer et de régulariser sans délai sa situation administrative et financière ;

- de mettre à la charge du SDMIS la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision en litige ;

- les conditions dans lesquelles l'arrêté du 15 septembre 2021 a été pris ne sont pas régulières au regard du contexte d'incertitude entourant la vaccination et du caractère disciplinaire de la mesure de suspension ;

- il ne pouvait légalement être suspendu de ses fonctions dès lors qu'il a produit un certificat de rétablissement lors de sa prise de garde le 16 septembre 2021 ;

- sa suspension de fonctions présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023 ainsi qu'un mémoire enregistré le 10 mars 2023 qui n'a pas été communiqué, le Service départemental-métropolitain d'incendie et de secours, représenté par la SELARL Carnot Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2023 par une ordonnance du 23 février précédent.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gille,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de M. C, ainsi que celles de Me Litzler pour le Service départemental-métropolitain d'incendie et de secours.

M. C et le Service départemental-métropolitain d'incendie et de secours ont produit respectivement une note en délibéré le 3 juin 2023 et le 14 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Sapeur-pompier professionnel employé par le Service départemental-métropolitain d'incendie et de secours (SDMIS), M. C conteste la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur de cet établissement a prononcé sa suspension de fonctions à compter du 16 septembre 2021 au motif qu'il ne justifiait pas de la régularité de sa situation au regard de son obligation de vaccination contre la covid-19.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / () / 6° Les sapeurs-pompiers et les marins-pompiers des services d'incendie et de secours () / (). / II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. / Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - () B.- A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 (). / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 8 septembre 2021, la présidente du conseil d'administration du SDMIS a donné délégation à M. D, directeur du SDMIS et signataire de la décision en litige, à l'effet de signer les décisions relevant de la gestion des ressources humaines de cet établissement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 15 septembre 2021 doit être écarté.

4. En prononçant sa suspension de fonctions, l'autorité administrative s'est bornée à faire le constat du défaut de production par le requérant du justificatif requis et à faire en conséquence application des dispositions spécifiques de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 sur lesquelles elle se fonde et dont il n'appartient notamment pas au tribunal d'apprécier l'opportunité ou, en dehors de la procédure prévue par les articles R. 771-3 et suivants du code de justice administrative, la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution. Dans ces conditions, M. C, qui conteste la décision du 15 septembre 2021 en faisant état des incertitudes d'ordre scientifique et juridique entourant selon lui l'obligation de vaccination contre la covid-19, n'est pas fondé à soutenir que la mesure en litige constitue une sanction dont la légalité devrait être appréciée au regard de sa nature disciplinaire, ni que sa suspension présente en l'espèce un caractère disproportionné au regard des motifs qui la fondent.

5. Pour contester le motif de l'arrêté du 15 septembre 2021 prononçant sa suspension de fonctions, M. C fait valoir qu'il a produit un certificat de rétablissement l'autorisant à exercer son activité lors de sa prise de service du 16 septembre 2021 et qu'ayant alors soumis à la personne chargée de le recevoir la partie utile du certificat numérique réglementaire attestant de sa situation, il n'est pas responsable de l'impossibilité d'exploiter ce certificat qui lui a alors été opposée. Toutefois et en tout état de cause, il est constant qu'à la date du 15 septembre 2021 fixée par l'article 14 précité de la loi du 5 août 2021, en dépit au demeurant des informations et de l'invitation réitérée que les services concernés lui ont adressées, M. C n'avait adressé à son employeur aucun justificatif de sa situation au regard de l'obligation de vaccination à laquelle il était soumis. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le directeur du SDMIS ne pouvait légalement prononcer sa suspension de fonctions à compter du 16 septembre 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 15 septembre 2021doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision du 15 septembre 2021, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du SDMIS, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au Service départemental-métropolitain d'incendie et de secours.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien

F.-X. Richard-Rendolet

Le président, rapporteur

A. GilleLa greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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