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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108173

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108173

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantMADJRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 octobre 2021, 8 novembre 2021, 24 juin 2022, 15 novembre 2022 et 25 novembre 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Madjri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner avant-dire-droit une expertise pour " déterminer le lien de causalité, les postes de préjudice et/ou les indemnités afférentes ", de mettre à la charge de la métropole de Lyon les frais y afférents et de sursoir à statuer dans l'attente du rapport d'expertise ;

2°) d'annuler la décision implicite de la métropole de Lyon rejetant sa demande préalable d'indemnisation ;

3°) d'annuler la décision du 20 août 2021 par laquelle la société Gras Savoye a rejeté sa demande préalable d'indemnisation ;

4°) de condamner la métropole de Lyon à lui verser la somme totale de 11 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de sa chute le 11 juin 2021 sur une voie cyclable rue du général Mouton-Duvernet à Lyon ;

5°) d'enjoindre à la métropole de Lyon et à la société Gras Savoye de produire tous les documents contractuels les unissant, ainsi que celles les unissant à l'assureur Axa ;

6°) de mettre à la charge de la Métropole de Lyon une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la métropole de Lyon est engagée du fait du défaut d'entretien normal de la piste cyclable sur laquelle elle a chuté le 11 juin 2021 ;

- le lien de causalité entre sa chute et un décaissement de la chaussée, qui n'était pas signalé, est établi ;

- elle a subi un préjudice corporel du fait d'une fracture du poignet gauche, à hauteur de 3 000 euros ;

- elle a subi un préjudice matériel, du fait des dommages causés à son vélo et à sa montre, à hauteur de 2 000 euros ;

- elle a subi un préjudice d'agrément, lié à l'arrêt de ses loisirs et aux difficultés occasionnés par les conséquences de sa chute dans la réalisation des actes du quotidien, à hauteur de 2 000 euros ;

- elle a subi un préjudice économique, à hauteur de 2 000 euros ;

- elle a subi un préjudice moral, résultant de l'impossibilité d'utiliser son vélo pour se rendre au travail, et de la nécessité d'utiliser les transports en commun, ainsi que de la destruction de sa montre, à hauteur de 2 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 juin 2022 et 21 novembre 2022, la société Willis Towers Watson France, représentée par Me Porcher (Selas Porcher et Associés), conclut à ce qu'elle soit mise hors de cause et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa responsabilité ne peut pas être engagée, dans la mesure où elle n'est pas l'assureur de la métropole de Lyon, mais son courtier d'assurance ;

- elle a été contrainte d'exposer des frais pour assurer sa défense.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, la métropole de Lyon, représentée par Me Deygas (Selarl Carnot Avocats), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requérante ne démontre pas la réalité de ses préjudices ni l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre l'ouvrage public et le dommage qu'elle a subi ;

- la requérante a commis une imprudence ou une maladresse ;

- l'entretien normal de l'ouvrage est établi dès lors que les photographies produites par la requérante font apparaître des différences légères de niveau entre les revêtements qui ne sont pas de nature à déstabiliser un cycliste normalement attentif et prudent.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 28 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône, demande au tribunal de condamner la métropole de Lyon à lui verser la somme de 4 067,48 euros au titre des prestations versées à l'assurée et la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par une ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des assurances ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative, notamment son article R. 222-19.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Maciejewski, substituant Me Madjri, représentant Mme A, et de Me Leroy, substituant Me Deygas, représentant la métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A circulait sur son vélo électrique rue du général Mouton-Duvernet, le 11 juin 2021 en fin d'après-midi, lorsqu'elle a été victime d'une chute. Par un courrier du 18 juin 2021, Mme A a adressé à la métropole de Lyon une demande d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette chute. La métropole de Lyon a accusé réception de ce courrier avant de lui indiquer que le dossier avait été transmis au courtier Gras Savoye, par un courrier du 8 juin 2021. Par un courrier du 20 août 2021, la société Gras Savoye, désormais dénommée Willis Towers Watson France, a indiqué que la responsabilité de la métropole de Lyon ne pouvait pas être engagée, dès lors que le lien de causalité entre le désordre évoqué et les dommages n'était pas établi, et que le secteur de la chute comprenait une zone de travaux. La requérante demande la condamnation de la métropole de Lyon à réparer les préjudices qu'elle a subis du fait de cet accident.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête :

2. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'il a subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, l'usager d'un ouvrage public doit démontrer devant le juge, d'une part, la réalité de son préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Mme A, allègue avoir été victime d'une chute sur la voie publique, alors qu'elle circulait en vélo électrique sur une piste cyclable rue du général Mouton-Duvernet à Lyon, le 11 juin 2021 à 18 heures 20. Cette chute, qu'elle impute à la présence d'un décaissement de la chaussée sur la piste cyclable, lui a notamment causé une fracture du poignet gauche. La requérante recherche la responsabilité de la métropole de Lyon dans la survenue du dommage qu'elle impute à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public à raison de la présence de ce décaissement et de l'absence de signalement de celui-ci.

4. Toutefois, pour établir les circonstances de sa chute, Mme A se borne à verser au dossier deux photographies peu lisibles en noir et blanc d'une portion de piste cyclable, qui ne peut pas être localisée avec précision au vu du plan imprécis qu'elle produit. La requérante n'apporte ainsi pas d'éléments permettant d'établir avec certitude le lieu et les circonstances de sa chute et ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité direct entre la chute dont elle se prévaut et un décaissement sur la piste cyclable de la rue du général Mouton-Duvernet. Faute pour Mme A d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont elle se plaint, la responsabilité de la métropole de Lyon ne peut être retenue.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices dont elle se prévaut. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce que soit, avant-dire droit, ordonnée une expertise, et celles à fin d'annulation et à fin d'injonction doivent également être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il ne résulte pas de l'instruction que la présente instance ait occasionné des dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la société Willis Towers Watson France sur le fondement de ces dispositions ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole de Lyon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la société Willis Towers Watson France ni celle demandée par la métropole de Lyon au même titre.

8. Enfin, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône tendant au bénéfice de l'indemnité forfaitaire de gestion doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Willis Towers Watson France présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la métropole de Lyon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la métropole de Lyon, à la société Willis Towers Watson France et à la caisse d'assurance maladie du Rhône.

Copie en sera adressée au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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