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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108343

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108343

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP FAYOL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 octobre 2021 et 22 février 2022, M. B A et autres, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler la délibération du 11 août 2021 du conseil municipal de la commune de Viviers portant fixation du taux d'indemnité de fonction attribuée aux élus en tant qu'elle attribue cette indemnité à onze conseillers délégués.

Ils soutiennent que :

- la maire de la commune ne pouvait pas accorder de délégation permanente à l'ensemble des conseillers municipaux de la majorité qui ne sont pas adjoints ;

- certaines des délégations accordées sont illégales car elles portent sur le même domaine d'intervention que ceux des adjoints sans prévoir d'ordre de priorité ;

- aucun des conseillers délégués n'a participé à toutes les séances du conseil municipal, ils ne justifient ainsi pas de l'exercice effectif de leurs fonctions ;

- la délibération méconnait les dispositions de l'article L. 2123-24-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle est entachée de discrimination à l'égard des élus de l'opposition ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 janvier 2022 et 8 septembre 2023, la commune de Viviers, représentée par la SELARL Fayol et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- les observations de M. A et celles de Me Brysse, représentant la commune de Viviers.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 11 août 2021, le conseil municipal de la commune de Viviers, en Ardèche, a fixé le taux des indemnités de fonction attribuées à la maire, aux adjoints et à certains conseillers municipaux. Il a ainsi attribué à la maire une indemnité de fonction correspondant à 55% de l'indice brut 1027 de la fonction publique, aux 8 adjoints une indemnité de fonction correspondant à 17,05% du même indice brut et à 11 conseillers municipaux une indemnité de fonction correspondant à 3,60% du même indice brut. M. B A et autres demandent l'annulation de cette délibération, qu'ils critiquent en tant qu'elle concerne les onze conseillers municipaux délégués.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal ". Aux termes de l'article L. 2123-17 du code général des collectivités territoriales : " Sans préjudice des dispositions du présent chapitre, les fonctions de maire, d'adjoint et de conseiller municipal sont gratuites ". Aux termes du I de l'article L. 2123-20 du même code : " Les indemnités allouées au titre de l'exercice des fonctions de maire et de président de délégation spéciale et les indemnités maximales pour l'exercice effectif des fonctions d'adjoint au maire des communes, de conseiller municipal des communes de 100 000 habitants et plus ou de membre de délégations spéciales qui fait fonction d'adjoint sont fixées par référence au montant du traitement correspondant à l'indice brut terminal de l'échelle indiciaire de la fonction publique ". Aux termes de l'article L. 2123-20-1 du même code : " I. - Lorsque le conseil municipal est renouvelé, les indemnités de ses membres, à l'exception de l'indemnité du maire, sont fixées par délibération. Cette délibération intervient dans les trois mois suivant l'installation du conseil municipal. / II. - Sauf décision contraire de la délégation spéciale, ses membres qui font fonction d'adjoint perçoivent l'indemnité fixée par délibération du conseil municipal pour les adjoints. / III. - Toute délibération du conseil municipal concernant les indemnités de fonction d'un ou de plusieurs de ses membres, à l'exception du maire, est accompagnée d'un tableau annexe récapitulant l'ensemble des indemnités allouées aux autres membres du conseil municipal ". Enfin, l'article L. 2123-24-1 du code précité prévoit que : " () II. - Dans les communes de moins de 100 000 habitants, il peut être versé une indemnité pour l'exercice effectif des fonctions de conseiller municipal dans les limites prévues par le II de l'article L. 2123-24. Cette indemnité est au maximum égale à 6 % du terme de référence mentionné au I de l'article L. 2123-20. / III. - Les conseillers municipaux auxquels le maire délègue une partie de ses fonctions en application des articles L. 2122-18 et L. 2122-20 peuvent percevoir une indemnité allouée par le conseil municipal dans les limites prévues par le II de l'article L. 2123-24. Cette indemnité n'est pas cumulable avec celle prévue par le II du présent article. () ".

3. Eu égard au principe de gratuité des fonctions énoncé à l'article L. 2123-17 précité, le versement d'une somme à un élu municipal en raison de ses fonctions ne peut être opéré que sur le fondement d'une disposition législative expresse. En application des dispositions des articles L. 2123-24 et L. 2123-24-1 de ce code, le versement d'indemnités de fonctions à des conseillers municipaux, qui doit être décidé par le conseil municipal, est subordonné, dans les communes de moins de 100 000 habitants, à la condition que ces conseillers aient reçu une délégation de fonctions dans les conditions prévues à l'article L. 2122-18. En outre une telle délégation, pour être régulière, doit porter sur des attributions effectives, identifiées de façon suffisamment précise pour permettre d'en apprécier la consistance.

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucune disposition législative ne fait obstacle à ce que tous les conseillers d'une majorité municipale bénéficient d'une délégation de fonction. Par ailleurs, les dispositions précitées n'imposent pas le versement d'indemnités de fonctions à l'ensemble des conseils municipaux, un tel versement demeurant, une simple faculté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par des arrêtés du 15 juillet 2021, la maire de la commune de Viviers a attribué à MM. Wnuk conseiller délégué à la transition écologique (rénovation énergétique des bâtiments de la commune) et au port (projet de requalification de la base nautique), Salomon, conseiller délégué à la culture (projet de réhabilitation du théâtre et programmation théâtrale), Viret, conseiller délégué à la sécurité (mise à jour et suivi du plan communal de sauvegarde) et correspondant défense, Ranchon, conseiller délégué au handicap (suivi de l'agenda d'accessibilité programmé communal) et Bureau, conseiller délégué à la jeunesse (projets structurels adolescents), urbanisme et travaux (aménagement des parcs), patrimoine (rénovation des jardins), informatique et système d'information de la commune et à Mmes Dahmani, conseillère déléguée à la santé (maison de santé pluridisciplinaire) et à l'enfance (projet éducatif du territoire), Roche, conseillère déléguée au tourisme ( animations touristiques et commerciales), artisanat, commerces de proximité (soutien au commerce local), festivités (relations avec les commerces ambulants), Permingeat, conseillère déléguée aux sports (course d'orientation), environnement et développement durable (mobilité douce), Faure-Allirand, conseillère déléguée aux finances (marchés publics et projets comptables), Bouguerra, conseillère déléguée à l'action et aides sociales (lien avec le centre social ALPEV), vie associative (jardins partagés), cérémonies patriotiques (lien avec les anciens combattants) et lecture publique (animations en lien avec la bibliothèque) et Sirvent, conseillère déléguée à l'accessibilité (relais des associations de personnes à mobilité réduite) et manifestations en faveur des séniors des délégations pour assister les adjoints dans leurs fonctions ou pour représenter le Maire. Chacune de ces délégations fixe de manière précise la nature ainsi que les limites des fonctions déléguées et leur libellé permet d'en apprécier la consistance. Les bénéficiaires se sont ainsi vu confier l'exercice de missions en lien avec l'administration de la commune de nature à justifier l'attribution des indemnités de fonctions prévues au III de l'article L. 2123-24-1 du code général des collectivités territoriales. Les requérants n'établissent ni même ne soutiennent que les attributions déléguées ne porteraient pas sur des missions effectives. Le moyen tiré de l'irrégularité de ces délégations de fonctions doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, les requérants soutiennent que la délibération attaquée est entachée de discrimination à l'égard des conseillers municipaux de l'opposition, qui ne bénéficient d'aucune indemnité. Toutefois, alors que les indemnités de fonctions accordées l'ont été aux seuls conseillers municipaux bénéficiant de délégation régulières ainsi qu'il l'a été dit au point 5, la délibération repose sur des critères objectifs et ne méconnait pas le principe d'égalité de traitement entre les conseillers municipaux.

7. En quatrième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir d'un manque d'assiduité de certains élus à l'appui de leurs conclusions contre la délibération en litige.

8. En dernier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit au point 6, les requérants n'établissent pas que la commune de Viviers aurait commis un détournement de pouvoir en fixant les indemnités de fonctions en litige de façon discriminatoire.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 11 août 2021 du conseil municipal de la commune de Viviers. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que demande la commune de Viviers au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Viviers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Viviers.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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