mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2108419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, M. F C, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet du Rhône du 1er septembre 2021 en tant qu'elle procède au retrait de la carte de résident qui lui avait été délivrée le 19 janvier 2012 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui restituer sa carte de résident ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'en l'absence de condamnation définitive pour l'une des infractions énumérées à l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa carte de résident ne pouvait lui être retirée ;
- elle a été prise sur le fondement de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui institue une discrimination dans la jouissance du droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prohibée par l'article 14 de la même convention ;
- le préfet du Rhône ne pouvait lui reprocher d'avoir poursuivi l'exécution du contrat de travail conclu avec M. A E, dépourvu d'autorisation de travail, eu égard aux termes de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- il a commis une erreur d'appréciation.
Par ordonnance du 19 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2023.
Un mémoire en défense produit par la préfète du Rhône a été enregistré le 22 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gros, conseillère,
- les conclusions de Mme Lacroix, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sabatier, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C, ressortissant tunisien né le 8 août 1978, est entré régulièrement en France le 25 avril 2008. En sa qualité de parent d'enfant français, il s'est d'abord vu délivrer, le 19 janvier 2011, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", puis une carte de résident, valable jusqu'au 18 janvier 2022. Par un arrêté du 1er septembre 2021, le préfet du Rhône a procédé au retrait de cette carte de résident et a délivré à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il procède au retrait de la carte de résident dont il était titulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône du 1er février 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 432-12 du même code : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit. ".
4. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Rhône a procédé au retrait de la carte de résident de M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la différence de celles de l'article L. 432-12 du même code, ces dispositions ne subordonnent pas le retrait à un ressortissant étranger de la carte de résident dont il est titulaire à l'existence d'une condamnation définitive. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône ne pouvait légalement procéder au retrait de sa carte de résident, en l'absence d'une telle condamnation.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article de 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. ". Aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, interprété à la lumière de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH, Affaire Ramadan c. Malte, 21 juin 2016, requête n° 76136/12 point 91 et jurisprudence citée), implique que les autorités permettant aux ressortissants étrangers d'exercer sans entrave leur droit au respect de leur vie privée et familiale, sans aller jusqu'à garantir le droit à un type particulier de titre de séjour qu'il s'agisse d'un titre permanent, temporaire ou autre.
6. Si l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorise le préfet à retirer la carte de résident délivrée à un ressortissant étranger ayant employé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, ce retrait n'implique pas nécessairement le remise en cause de son droit à séjourner sur le territoire français sous couvert d'un autre titre de séjour. L'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut, ainsi, être regardé comme affectant directement le droit de l'étranger concerné au respect de sa vie privée et familiale. Il ne saurait, dès lors, être reproché à ces dispositions d'instituer une discrimination dans la jouissance de ce droit, prohibée par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, M. C ne peut utilement, pour contester le retrait de sa carte de résident, se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont l'objet est d'éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation des étrangers en situation irrégulière.
8. En cinquième lieu, M. C ne conteste pas les faits d'emploi d'un étranger dépourvu d'autorisation de travail, qui ont été constatés lors du contrôle du 6 novembre 2019 et se sont, ainsi qu'il le reconnaît lui-même, poursuivis en dépit de celui-ci. Il se prévaut, en revanche, des difficultés de recrutement dans le secteur de la boulangerie, du dépôt par le travailleur étranger en cause d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre d'une activité salariée le 16 juillet 2019 ainsi que de l'annulation par le tribunal de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Rhône sur cette demande, prononcée en raison d'un défaut de motivation. Ces circonstances, insuffisamment étayées pour les premières, pas plus que la qualité de père isolé de trois enfants mineurs de nationalité française dont le requérant fait également état, ne permettent toutefois de considérer que la sanction litigieuse revêtirait, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Rhône du 1er septembre 2021 en tant qu'elle procède au retrait de la carte de résident qui lui avait été délivrée le 19 janvier 2012.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. C d'une somme au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Tocut, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. Clément
La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026