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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108683

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108683

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 octobre 2021 et 4 mars 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans,

- à titre subsidiaire, de renouveler son certificat de résidence temporaire portant la mention " artisan ",

- à tout le moins, de réexaminer sa demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, sa demande de communication des motifs étant restée sans réponse dans le délai prescrit par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'alinéa 2 de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7, c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- sa requête doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite du 23 février 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 17 août 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- par une décision du 23 février 2022, la requérante a bénéficié du renouvellement de son titre de séjour portant la mention " artisan " ;

- la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans portant la mention " artisan " a été valablement refusé par cette même décision, la requérante ne justifiant pas de moyens d'existence suffisants.

Par un courrier du 12 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de renouvellement de certificat de résidence algérien portant la mention " artisan ", le préfet du Rhône ayant délivré ce titre de séjour à Mme C le 23 février 2022.

Des observations, produites pour Mme C ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public, le 18 octobre 2022, et ont été communiquées au défendeur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 9 novembre 1983, est entrée en France en mars 2016. L'intéressée a bénéficié de la délivrance de titres de séjour, en dernier lieu un certificat de résidence portant la mention " artisan " valide du 29 octobre 2019 au 28 octobre 2020. Le 9 mars 2020, Mme C a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Mme C demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande.

Sur l'objet et l'étendue du litige :

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. En l'espèce, par un courrier en date du 25 mai 2021, reçu le 31 mai 2021 par les services de la préfecture du Rhône, Mme C a demandé communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour présentée en mars 2020. Or, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de sa requête, le préfet du Rhône s'est prononcé sur le droit au séjour de la requérante par une décision du 23 février 2022. Par suite, ainsi que l'indique Mme C dans le dernier état de ses écritures, les conclusions de sa requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision expresse en date du 23 février 2022.

4. En second lieu, il ressort de la lecture de la décision précitée du 23 février 2022 que le préfet du Rhône a renouvelé le certificat de résidence portant la mention " artisan " dont Mme C était titulaire. Le renouvellement de ce titre de séjour a donc pour effet de priver d'objet le présent litige en tant qu'il tend à obtenir l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet a refusé de renouveler le certificat de résidence d'un an prévu par les stipulations de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien susvisé. Ainsi, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions à fin d'annulation, ainsi que par voie de conséquence, sur les conclusions à fin d'injonction présentées à titre subsidiaire tendant à obtenir la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " artisan ".

Sur les conclusions à fin d'annulation restant en litige :

5. En premier lieu, la décision en date du 23 février 2020, en tant qu'elle porte refus de délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, vise les textes dont elle fait application, notamment les stipulations utiles de l'accord franco-algérien et précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet du Rhône à ne pas faire droit à la demande de Mme C, et notamment que si l'intéressée justifie d'une résidence ininterrompue d'au moins trois années en France, elle ne dispose cependant pas de ressources stables, régulières et suffisantes pour pouvoir se voir délivrer un certificat de résidence de dix ans. La décision en litige comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permet à la requérante d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " () Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. () ".

7. Mme C soutient que justifiant d'une résidence ininterrompue en France depuis plus de trois ans et disposant de ressources à la fois stables, suffisantes et supérieures au SMIC, elle remplirait les conditions de délivrance du certificat de résidence algérien prévu par les stipulations citées au point précédent. Toutefois, si la requérante verse à l'instance, d'une part, un bordereau de situation fiscale, daté du 2 décembre 2020, indiquant qu'elle est en situation régulière vis-à-vis de ses obligations fiscales sur les années 2018 à 2020 et n'est redevable d'aucune imposition mise en recouvrement au titre de ces années et, d'autre part, une attestation de l'Unions de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d'Allocations Familiales (URSSAF), en date du 31 mars 2021, précisant que Mme C a déclaré pour les quatre trimestres de 2020 des chiffres d'affaires de 3 594 euros, 881 euros, 3 222 euros et 3 323 euros, ces seuls éléments ne démontrent pas que l'intéressée dispose de moyens d'existence suffisants au sens des stipulations précitées. En effet, ainsi que le fait valoir le préfet du Rhône en défense, le chiffre d'affaire de l'année 2020, de 11 020 euros, ne constitue pas le montant des revenus nets de la requérante qui sont dès lors nécessairement inférieurs au montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Par ailleurs, Mme C ne produit aucun justificatif pour démontrer qu'elle disposerait d'autres revenus que ceux tirés de son activité d'autoentrepreneur, ni que ses revenus auraient progressé au cours de l'année 2021, et qu'elle justifierait ainsi de ressources supérieures au SMIC à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé que le préfet du Rhône a pu refuser de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien portant la mention " artisan ".

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le rapporteur,

N. D

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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