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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2108705

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2108705

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2108705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantBOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 29 octobre 2021 et 17 février 2022, Mme B A, représentée en cours d'instance par Me Bouillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de créditer son permis de conduire de quatre points au titre du suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière du 3 au 4 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que

- la décision " 48SI " ne lui a pas été notifiée ;

- elle a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 3 et 4 septembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, que la décision attaquée n'est pas jointe à la requête et que Mme A ne justifie d'aucune diligence pour en obtenir communication, et d'autre part, que la requête ne comporte pas les éléments exigés par les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, il a été donné lecture du rapport en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière du 3 au 4 septembre 2021. Par une décision du 29 octobre 2021, le préfet du Rhône a refusé de créditer son permis de conduire de quatre points au titre du suivi de ce stage, au motif qu'une décision " 48SI " portant invalidation de son permis de conduire lui avait été notifiée avant l'accomplissement du stage. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ". Aux termes de l'article R. 412-1 du même code : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ".

3. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A sollicite exclusivement l'annulation de la décision du 29 octobre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de créditer son permis de conduire de quatre points suite à un stage de sensibilisation à la sécurité routière effectués les 3 et 4 septembre 2021, décision qu'elle joint à sa requête. D'autre part, à l'appui de sa contestation, Mme A fait précisément état de ce qu'elle conteste le motif qui lui a été opposé par le préfet à l'appui de sa décision de refus de prise en compte d'un stage de récupération de points, à savoir l'absence de notification de la décision " 48SI " prononçant l'invalidation de son permis de conduire. La circonstance que le ministre ne soit pas en mesure d'identifier la requérante, en l'absence de mention de sa date de naissance ou de son numéro de permis, est sans incidence sur la recevabilité de la requête. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par le ministre en défense tirées de l'absence de production de la décision attaquée et de l'insuffisance de motivation de la requête au regard des exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route dans sa rédaction alors applicable : " () Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière () ". Aux termes de l'article R. 223-8 du même code : " I. - La personne responsable d'une formation spécifique, titulaire de l'agrément prévu à l'article R. 223-5, délivre, à l'issue de celle-ci, une attestation de stage à toute personne qui l'a suivi en totalité. Cette attestation est transmise au représentant de l'Etat dans le département du lieu du stage (), dans un délai de quinze jours à compter de la fin de cette formation. / II. - L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions de l'alinéa 3 de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. () / III. - L'autorité administrative mentionnée au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage ".

5. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de rejeter toute demande de reconstitution de points acquis à la suite d'un stage de sensibilisation lorsque le conducteur a reçu, avant le dernier jour du stage, régulièrement notification d'une décision du ministre de l'intérieur l'informant que son permis de conduire a perdu sa validité par suite de l'épuisement de son capital de points.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière volontaire les 3 et 4 septembre 2021, en application des articles L. 223-6 et R. 223-8 du code de la route. A la suite de ce stage, le préfet du Rhône l'a informée, par un courrier du 29 octobre 2021, que celui-ci n'ouvrait pas droit à une reconstitution partielle du solde de points de son titre de conduite, au motif qu'une décision référencée " 48SI " portant invalidation de son permis de conduire lui avait été notifiée avant l'accomplissement du stage. La requérante soutient que la décision " 48SI " ne lui a pas été notifiée et se prévaut du stage suivi. Le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune pièce, ni aucun élément permettant d'établir la date à laquelle la décision " 48SI " a été régulièrement notifiée à l'intéressée. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la requérante a reçu la décision " 48 SI " avant le dernier jour du stage, soit le 4 septembre 2021.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 octobre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de prendre en compte un stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 3 et 4 septembre 2021.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, sous réserve que Me Bouillet, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat d'une somme de 800 euros en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 octobre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de créditer le permis de conduire de Mme A de quatre points au titre du suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Bouillet une somme de 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La présidente

G. Verley-Cheynel

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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