vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SHIBABA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2021, Mme E B, représentée par Me Shibaba, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable formé devant la commission de recours des militaires à l'encontre de la décision du 23 février 2021 portant dénonciation de son contrat d'engagement pendant la période probatoire ;
2°) d'enjoindre à la ministre des armées :
- à titre principal, de la réintégrer dans son service et d'effacer toute mention relative à la décision annulée sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- à défaut de réintégration, de condamner l'administration à lui verser la somme de 35 000 euros en réparation du préjudice subi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme B soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions des 15 février et 23 février 2021 ont été prises par des autorités incompétentes en méconnaissance des dispositions des articles R. 4137-16, R. 4137-17 et R. 4137-42 du code de la défense, l'une relevant de la compétence exclusive de la ministre des armées, l'autre d'une autorité militaire de 1er niveau ;
- la décision du 23 février 2021 portant radiation des cadres au 1er avril 2021 est entachée de vices de procédure dès lors que :
* elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire prévu par les dispositions des articles L. 4137-1 et R. 4137-15 du code de la défense, des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
* le conseil d'enquête prévu par les dispositions de l'article L. 4137-3 du code de la défense n'a pas été consulté ;
- la décision du 8 juillet 2021 est entachée d'incompétence puisque le signataire ne pouvait, en application des dispositions de l'article R. 4137-41 du code de la défense, que transmettre l'avis de la commission de recours des militaires à la ministre et non prendre lui-même la décision, ;
- cette décision méconnaît le cumul de sanctions prohibé par les dispositions de l'article L. 4137-2 du code de la défense ;
- cette décision est fondée sur des faits non établis dès lors que :
* elle a toujours contesté les faits d'alcoolisation, le procès-verbal de gendarmerie ne fait pas mention de la méthode pour obtenir le taux d'alcoolémie et le bon fonctionnement de l'éthylotest n'est pas établi en méconnaissance des dispositions du code de la route et les déclarations portant sur la présence d'alcool dans sa chambre sont des allégations infondées,
* les reproches de violence, agressivité et injures ne sont ni précis, ni étayés ;
- elle a été victime de discriminations s'opposant à l'édiction d'une sanction dès lors qu'elle était la seule femme affectée dans unité et dès lors elle a subi des comportements sexistes, des injures racistes et des réflexions malveillantes, comportements qu'elle a dénoncés ;
- elle est subi un préjudice dans la mesure où :
* l'interruption illégale de son contrat d'engagement et de sa formation l'a privée de la rémunération moyenne de 1 700 euros perçue lors de sa formation et elle s'est retrouvé à percevoir une allocation de retour à l'emploi,
* elle n'a pas bénéficié d'une formation au cours de son contrat d'engagement,
* elle n'a pas eu le soutien de sa hiérarchie face aux agressions qu'elle a subies et qui constituent un évènement particulier au sens de l'article R. 4137-21 du code de la défense, justifiant sa demande de levées des sanctions,
- elle est fondée à obtenir une somme de 35 000 euros en réparation de son préjudice.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 1er juillet 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens dirigés contre la décision du 23 février 2021 sont inopérants dès lors que la décision du 8 juillet 2021 s'y est substituée ;
- le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de sanction du 15 février 2021 est irrecevable, cette décision non contestée étant devenue définitive, et à titre subsidiaire les moyens tirés de l'incompétence, du vice de procédure et de l'erreur d'appréciation et de qualification juridique des faits ne sont pas fondés ;
- la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée en l'absence d'illégalité fautive et, à titre subsidiaire, l'existence et l'importance du préjudice invoqué ne sont pas établies.
Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de la défense ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2008-961 du 12 septembre 2008 ;
- l'instruction N° 1005/DEF/DRH-AA/SDGR/BGA/DGA relative aux engagements des sous-officiers et des militaires du rang engagés dans l'armée de l'air ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M A,
- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,
- et les observations de Me Shibaba, avocat de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a signé, le 25 mai 2020, un contrat d'engagement volontaire au sein de l'armée de l'air assorti d'une période probatoire de six mois prolongée jusqu'au 24 mai 2021, pour y servir en qualité d'agent de restauration. Le 15 février 2021, l'intéressée a fait l'objet d'une sanction de quinze jours d'arrêt pour des faits intervenus le 1er janvier 2021. Par une décision du 23 février 2021 du directeur interarmées des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information (DIRISI) de Lyon, le contrat d'engagement de Mme B a été dénoncé et l'intéressée a été rayée des contrôles à compter du 1er avril 2021. Le 10 avril 2021, Mme B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision auprès de la commission des recours militaires. Par une décision du 8 juillet 2021 dont Mme B demande l'annulation, la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés à l'encontre de la décision du 23 février 2021 :
2. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () III. - Les dispositions de la présente section ne sont pas applicables aux recours contentieux formés à l'encontre d'actes ou de décisions : / 1° Concernant le recrutement du militaire ou l'exercice du pouvoir disciplinaire ; () ".
3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que, pour les décisions individuelles entrant dans son champ d'application, les décisions prises sur le recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale
4. En l'espèce, Mme B a présenté un recours administratif préalable auprès de la commission de recours des militaires le 10 avril 2021 contre la décision du 23 février 2021 par laquelle le directeur interarmées des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information (DIRISI) de Lyon a dénoncé son contrat d'engagement et l'a rayée des contrôles à compter du 1er avril 2021. La ministre des armées, après avis de la commission de recours des militaires, a rejeté son recours administratif préalable par décision du 8 juillet 2021. Il s'ensuit que cette dernière décision s'est entièrement substituée à la décision initiale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision initiale du 23 février 2021 doit être écarté comme inopérant. Enfin, au surplus et en tout état de cause, si la requérante indique dans ses écritures que la décision du 15 février 2021 lui infligeant une sanction de quinze jours d'arrêt n'aurait pas été édictée par une autorité militaire compétente, en invoquant à cet égard les dispositions des articles R. 4137-16 et suivants du code de la défense, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors que la sanction du 15 février 2021 ne constitue pas la base légale de la décision portant dénonciation du contrat d'engagement de Mme B.
5. En deuxième lieu, si les décisions prises sur le recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux, selon les modalités énoncées au point 3, cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.
6. Aux termes de l'article L. 4137-1 du code de la défense : " Sans préjudice des sanctions pénales qu'ils peuvent entraîner, les fautes ou manquements commis par les militaires les exposent : / 1° A des sanctions disciplinaires prévues à l'article L. 4137-2 ; / () Le militaire à l'encontre duquel une procédure de sanction est engagée a droit à la communication de son dossier individuel, à l'information par son administration de ce droit, à la préparation et à la présentation de sa défense () ". Aux termes de l'article R. 4137-15 du même code : " Avant qu'une sanction ne lui soit infligée, le militaire a le droit de s'expliquer oralement ou par écrit, seul ou accompagné d'un militaire en activité de son choix sur les faits qui lui sont reprochés devant l'autorité militaire de premier niveau dont il relève. Au préalable, un délai de réflexion, qui ne peut être inférieur à un jour franc, lui est laissé pour organiser sa défense. / () Avant d'être reçu par l'autorité militaire de premier niveau dont il relève, le militaire a connaissance de l'ensemble des pièces et documents au vu desquels il est envisagé de le sanctionner. ". Aux termes de l'article L. 4137-3 du code de la défense : " Doivent être consultés :/ () 2° Un conseil de discipline avant toute sanction disciplinaire du deuxième groupe ; 3° Un conseil d'enquête avant toute sanction disciplinaire du troisième groupe. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " () Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents ".
7. En l'espèce, Mme B soutient d'une part, que la décision du 23 février 2021 lui infligeant une sanction aurait été prise en méconnaissance tant des dispositions des articles L. 4137-1 et R. 4137-15 du code de la défense, que de celles des articles L. 121-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, que du principe du contradictoire qui en découle et qui prévoit que le militaire peut prendre connaissance de l'ensemble des pièces et documents au vu desquels une sanction est envisagée, se faire communiquer son dossier, présenter ses observations orales ou écrites et se faire assister et d'autre part, que les dispositions de l'article L. 4137-3 du code de la défense aurait également été méconnues en l'absence de consultation du conseil d'enquête requise avant toute sanction disciplinaire du troisième groupe. Toutefois, la décision par laquelle le contrat d'engagement de Mme B a été dénoncé ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire mais constitue une mesure prise dans l'intérêt du service. Par suite, et alors qu'en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme B a consulté son dossier le 10 février 2021, les moyens tirés de la méconnaissance de l'ensemble de ces dispositions, de l'irrégularité de la procédure au terme de laquelle la décision du 23 février 2021 a été édictée ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
En ce qui concerne les autres moyens :
8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 4125-9 du code de la défense : " La commission recommande au ministre compétent ou, le cas échéant, aux ministres conjointement compétents au sens du II de l'article R. 4125-4, soit de rejeter le recours, soit de l'agréer totalement ou partiellement. Son avis ne lie pas le ministre compétent ou, le cas échéant, les ministres conjointement compétents. / Le président de la commission peut recevoir délégation du ministre de la défense, lorsque celui-ci est compétent, seul ou conjointement, pour signer les décisions rejetant les recours formés auprès de la commission ".
9. La décision attaquée, en date du 12 juillet 2021, a été signée par M. D C, contrôleur général des armées, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la ministre des armées en date du 25 mars 2020, régulièrement publié au journal officiel de la République française, le 27 mars 2020, pour ce qui concerne les décisions relatives aux recours formés auprès de la commission des recours des militaires. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, les dispositions de l'article R. 4125-9 du code de la défense prévoient que le président de la commission peut recevoir délégation du ministre à fin de signer les décisions rejetant les recours formés auprès de la commission. Le moyen tiré de l'incompétence qui manque en fait doit être écarté en toutes ses branches.
10. En deuxième lieu, Mme B soutient que la décision attaquée constituerait une deuxième sanction disciplinaire pour des faits déjà sanctionnés par un arrêt de quinze jours avec sursis, le cumul de sanctions étant prohibé par l'article L. 4137-2 du code de la défense. Toutefois, la dénonciation du contrat d'engagement de la requérante ne constitue pas une sanction disciplinaire mais, ainsi qu'il a été exposé au point 7, une décision prise dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen, tel qu'articulé, ne peut qu'être écarté. En outre, à supposer que Mme B entende, dans ses écritures, exciper de l'illégalité de la sanction lui ayant été infligée le 3 février 2021, laquelle n'est en tout état de cause pas une sanction du troisième groupe, ce moyen devrait être écarté comme inopérant, la sanction du 15 février 2021, qui au demeurant n'est ni visée ni citée dans la décision en litige en date du 8 juillet 2021, ne constituant pas la base légale de la décision portant dénonciation du contrat d'engagement de Mme B.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 du décret du 12 septembre 2008 relatif aux militaires engagés : " Le contrat d'engagement initial ainsi que le premier des contrats intervenant après une interruption de service ne deviennent définitifs qu'à l'issue d'une période probatoire de six mois. / La période probatoire de six mois peut être renouvelée une fois par le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les militaires engagés de la gendarmerie nationale, pour raison de santé ou insuffisance de formation. / Lorsque la formation suivie par le militaire engagé le nécessite ou si la sécurité de la défense l'exige, la période probatoire peut être prolongée sans pouvoir excéder toutefois une durée totale de dix-huit mois. / Au cours de la période probatoire, quelle qu'en soit la durée, le contrat peut être dénoncé unilatéralement par chacune des parties. Lorsque le contrat est dénoncé par le ministre de la défense, () il l'est par décision motivée. ". Aux termes du point 4 de l'instruction du 15 mars 2016 susvisée : " Au cours de la période probatoire (initiale, renouvelée et/ou prolongée), quelle qu'en soit la durée, le contrat peut être dénoncé unilatéralement par chacune des parties. / 4.1. Dénonciation du fait de l'autorité militaire. / Le CFA doit sans délai dénoncer le contrat d'engagement lorsqu'il est constaté que l'engagé : () manifeste un comportement incompatible avec la vie militaire (par exemple : constatation de manquements divers tels les fautes contre la discipline, l'honneur, la probité, etc., ou désertion au sens des articles L. 321-2. et suivants du code de la justice militaire) ; () En tout état de cause, le contrat d'engagement doit être dénoncé si l'engagé ne présente plus les qualités requises pour l'exercice de sa fonction. () ".
12. Pour dénoncer le contrat d'engagement de Mme B au cours de sa période probatoire, la ministre des armées a tout d'abord rappelé que l'intéressée était entrée au service de l'armée de l'air, le 25 mai 2020 en qualité de cuisinière, qu'elle avait été affectée au centre technique de Puy-sur-Haute et que par une décision du 23 février 2021, le directeur interarmées des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information (DIRISI) de Lyon avait dénoncé son contrat d'engagement et l'avait rayée des contrôles, à compter du 1er avril 2021. La décision en litige précise que Mme B, alors qu'elle était en service au centre technique de Puy-en-Haute, le 1er janvier 2021, a adopté un comportement virulent et tenu des propos agressifs et que, suite à l'intervention de la gendarmerie nationale, un taux d'alcoolémie de 2,2 grammes par litre de sang a été constaté et consigné dans un procès-verbal. Au regard de ces éléments, la ministre a estimé que Mme B ne présentait pas toutes les aptitudes exigées pour l'exercice des fonctions attachées à l'état militaire au titre desquelles elle s'était engagée et qu'en dénonçant son contrat d'engagement pendant la période probatoire, l'autorité miliaire n'avait commis aucune erreur manifeste d'appréciation. Enfin, la ministre a relevé que si la requérante avait indiqué avoir fait l'objet de propos à caractère raciste et sexiste de la part de sa hiérarchie, elle n'établissait pas la réalité de ses allégations.
13. Mme B conteste les violences et l'agressivité qui lui sont imputées ainsi que son alcoolisation constatée le 1er janvier 2021 en soutenant que rien n'attesterait du bon fonctionnement de l'éthylotest utilisé lors du prélèvement et que la présence d'alcool dans sa chambre ne serait pas démontrée mais relèverait des allégations et des soupçons d'une personne ayant toujours été hostile à son égard. Toutefois, s'agissant de l'alcoolisation de la requérante le 1er janvier 2021, il ressort du procès-verbal établi par la compagnie de gendarmerie départementale d'Ambert que Mme B a été trouvée dans un état second par les deux gendarmes, envoyés par le centre opérationnel de gendarmerie de Clermont-Ferrand et arrivés à Puy-sur-Haute à 14 heures 40, et que, tenant des propos confus, elle a été soumise à un dépistage d'alcoolémie, constatant le taux susmentionné. Si la requérante conteste la validité de ce dépistage, ce procès-verbal fait foi jusqu'à preuve du contraire et la requérante ne peut utilement se prévaloir en l'espèce, des dispositions du code de la route. De surcroît, ce procès-verbal précise que, suite aux déclarations de Mme B indiquant que l'ensemble des personnels de la base aurait été alcoolisé, les militaires en service ont été soumis au même dépistage que l'intéressée, dépistages qui se sont avérés négatifs. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait s'agissant de son alcoolisation et si elle conteste également les violences, injures, et agressivités constatées lors de cet épisode, il ressort néanmoins du procès-verbal précité que le comportement de Mme B a conduit à ce que le chef de poste de la base requiert l'intervention de la gendarmerie, ce militaire ayant contacté le centre opérationnel de Clermont-Ferrand au motif que la cuisinière était en proie à une " crise " et était violente envers ses camarades et supérieurs. Enfin, s'agissant des bouteilles que la requérante soutient ne pas avoir dissimulées dans sa chambre, la décision attaquée ne fait nullement mention de cet élément. Dans ces conditions, et alors que Mme B était en période probatoire de son contrat d'engagement, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la ministre des armées a pu rejeter le recours préalable formé par la requérante en estimant qu'elle ne disposait pas de toutes les aptitudes requises pour l'exercice des fonctions attachées à l'état militaire au titre desquelles Mme B s'était engagée.
14. En quatrième lieu, si Mme B soutient qu'elle aurait été victime de discrimination se traduisant par des comportements sexistes, des injures racistes et des réflexions malveillantes et si elle fait état de ce qu'elle était la seule femme affectée à l'unité de Puy-en-Haute, indiquant également avoir dénoncé ces faits ainsi que la forte consommation d'alcool des militaires de l'unité, elle doit ainsi être regardée comme soutenant que les faits de discrimination et de harcèlement dont elle aurait été victime, feraient obstacle à l'édiction de la décision attaquée. Toutefois, il ressort du procès-verbal susmentionné que Mme B était la seule militaire en service à être alcoolisée lors du contrôle du 1er janvier 2021, élément de nature à remettre en cause la véracité des allégations relatives aux comportements des autres militaires, la seule production de photographies de tables comportant des bouteilles d'alcool ne pouvant en tout état de cause pas établir les faits allégués. Par ailleurs, la capture d'écran de téléphone portable comportant des messages, dont l'expéditeur n'est pas identifié, proposant notamment à Mme B " de venir boire un coup " ne saurait démontrer l'existence des faits de discriminations ou de harcèlement qu'elle invoque. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est plainte d'avoir à faire des repas à des heures aléatoires, elle verse cependant au débat au courriel adressé par le chef du centre, le 4 décembre 2020, aux membres de l'unité pour rappeler diverses consignes, notamment les plages horaires de repas à respecter, l'interdiction de téléphoner en conduisant un véhicule militaire et la recommandation de laisser le téléphone en mode silence lors des moments de détente, suite aux dérives qui avaient été constatées au sein du centre. Ainsi, la demande de Mme B tendant à ce que les horaires de repas soient respectés a bien été prise en compte par sa hiérarchie et l'intéressée ne produit aucune pièce, témoignage ou justificatif permettant d'établir l'existence des agissements dont elle aurait été victime au sein de l'unité, ni a fortiori l'absence de diligences de sa hiérarchie pour les faire cesser, alors qu'au demeurant, l'alcoolisation dont Mme B avait par ailleurs accusé ses collègues a été infirmée par les dépistages sus-décrits le 1er janvier 2021. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée reposerait sur une discrimination qui la rendrait illégale ni qu'elle serait intervenue dans un contexte de harcèlement.
15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 juillet 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable formé devant la commission de recours des militaires à l'encontre de la décision du 23 février 2021 portant dénonciation de son contrat d'engagement pendant la période probatoire.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
16. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité fautive de la décision par laquelle son contrat d'engagement a été dénoncé.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 8 juillet 2021, n'appelle aucune mesure d'exécution ou d'astreinte.
Sur les frais du litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme B soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
Le rapporteur,
N. A
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026