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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109108

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109108

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 15 novembre et 6 décembre 2021 et le 23 septembre 2022, Mme C D, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de la Métropole de Lyon a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle suite à sa demande formulée le 22 juin 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président de la Métropole de Lyon de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

3°) de mettre à la charge de la Métropole de Lyon une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- la décision implicite de refus de l'octroi de la protection fonctionnelle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dès lors que :

* elle a été victime d'actes réitérés de harcèlement, au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, de la part d'une de ses collègues de travail,

* la gravité des propos tenus dans un courriel du 8 mars 2021 l'accusant d'être une terroriste en devenir devait conduire à ce que la Métropole de Lyon lui assure la protection fonctionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 25 mai 2022, la Métropole de Lyon, représentée par la Selarl Carnot conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la réalité et la matérialité des actes réitérés de harcèlement ne sont pas démontrées ;

- les accusions mutuelles et réciproques des deux agents démontrent une relation conflictuelle mais aucunement un harcèlement ;

- la Métropole a pris les mesures nécessaires pour apaiser la situation ;

- la requérante ne démontre aucunement la réalité d'un fait ou la constitution d'une infraction qui permettrait à une quelconque procédure d'aboutir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M A,

- les conclusions de M. B.

- et les observations de Me Litzler, substituant Me Prouvez, représentant la Métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Adjointe administrative exerçant ses fonctions au sein de la direction des finances, du budget et de la comptabilité de la Métropole de Lyon, Mme D a, le 22 juin 2021, présenté une demande tendant à obtenir le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison des agissements de harcèlement moral dont elle déclare avoir été victime de la part d'une de ses collègues. En l'absence de réponse à cette demande, l'intéressée a introduit un recours gracieux dirigé contre la décision implicite de refus. Mme D demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le président de la Métropole de Lyon a refusé de faire droit à sa demande, ensemble la décision implicite par laquelle il a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. ". Aux termes du IV de l'article 11 de la même loi : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire (). IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté (). ".

3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.

4. Pour soutenir qu'elle aurait été victime de harcèlement moral et que c'est ainsi à tort que le bénéfice de la protection fonctionnelle lui aurait été refusé, Mme D fait état des tensions existant avec l'une de ses collègues puis des actes et agissements réitérés de harcèlement dont elle aurait été victime dans l'exercice de ses fonctions, depuis septembre 2017, tendant à l'isoler et de ce que malgré ses signalements, elle n'aurait jamais été reçue par sa hiérarchie.

5. D'une part, Mme D fait état de ce qu'au début de l'année 2018, elle aurait été sommée de quitter, contre son gré, le bureau qu'elle occupait pour être placée dans un bureau isolé. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément justifiant d'un tel isolement ni de ce qu'elle aurait fait l'objet d'un traitement différencié des autres agents. En effet, les compte rendu d'entretiens professionnels de Mme D, qu'elle verse au débat et dont il ressort qu'elle est une collaboratrice appréciée pour ses compétences et son travail régulier, ne permettent pas de déceler une quelconque mise à l'écart dans son service, l'intéressée ayant notamment souligné, dans l'entretien de juin 2019, sa capacité d'adaptation aux changements liés à la dématérialisation des pièces comptables, projet de réorganisation auquel elle a participé. Si, lors de l'entretien de 2020, elle a fait part d'une période compliquée liée au décès d'un collègue, à la survenue du confinement et à son placement en maladie durant quatre mois, elle a souligné sa capacité à assurer ses missions sans formuler de griefs quant à l'isolement professionnel qu'elle invoque désormais. Enfin, si la requérante indique avoir été délibérément enfermée derrière une issue de secours, le 10 février 2021, elle ne produit aucun justificatif, rapport d'indicent, signalement ou témoignage à l'appui de ses allégations.

6. D'autre part, Mme D soutient qu'elle aurait été victime, de la part d'une de ses collègues de travail et durant près de trois ans, d'agissements caractérisant une situation de harcèlement moral qui devaient conduire son employeur à lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle. La requérante précise que cette collègue de travail s'adresserait à elle en la dénigrant de manière injustifiée et qu'elle l'aurait traitée à haute voix, le 21 décembre 2020, d'incompétente, en présence de ses deux supérieurs hiérarchiques et de deux autres collègues. Toutefois, alors que l'intéressée ne produit aucune pièce démontrant la réalité de cet incident, l'existence de difficultés relationnelles entre collègues ne saurait, à elle-seule, faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, notamment en l'absence d'agissement répétés. En l'espèce, si la Métropole de Lyon ne conteste pas les difficultés relationnelles entre les deux agents, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des compte-rendu d'entretiens professionnels susmentionnés, que Mme D aurait signalé être victime d'agissements matériels, précis, identifiés et répétés de la part de la collègue incriminée. En outre, il ressort de son formulaire de demande de protection fonctionnelle que la requérante avait présenté une demande tendant, non à obtenir l'octroi d'une " protection juridique ", mais à ce qu'une action soit engagée dans le service. Or, il ressort des pièces produites en défense que les deux agents ont été reçus en médiation. Si Mme D indique ne pas avoir participé à l'ensemble des réunions, elle précise néanmoins dans ses écritures que sa supérieure hiérarchique a décidé, suite à l'incident du 21 décembre 2020, qu'il n'y aurait plus de contact professionnel entre Mme D et sa collègue. S'agissant par ailleurs du courriel daté du 8 mars 2021 et adressé par sa collègue de travail à quatre de ses supérieurs hiérarchiques, courriel dont la requérante indique avoir trouvé une copie sur son bureau, Mme D soutient que ladite collègue aurait tenu des propos haineux, discriminatoires et diffamatoires en l'assimilant clairement à une terroriste et que la gravité des propos tenus, démontrant le harcèlement moral qu'elle endure, devait également conduire à ce que lui soit octroyé le bénéfice de la protection fonctionnelle. Toutefois, Mme D ne saurait être regardée comme ayant été victime d'agissements constitutifs de diffamation au sens des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 précité dès lors qu'il ne ressort pas de la lecture du courriel précité que cette collègue l'aurait effectivement assimilée à une terroriste en indiquant " Je ne serai pas le dindon de la farce ou le bouc émissaire ou un Samuel Paty du Quatuor ". En effet, il ressort de la lecture intégrale du courriel que celui-ci a été envoyé aux supérieurs hiérarchiques de son auteur pour les informer de son incapacité à rejoindre son poste, le lundi 8 mars, contrairement à ce qu'elle escomptait, la phrase précitée, particulièrement inappropriée, traduisant davantage un état de mal-être et une détresse de l'intéressée. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il n'apparaît pas que le courriel du 8 mars 2021, adressé à l'encadrement en réponse à une procédure d'alerte, pourrait être regardé comme constitutif, à lui seul, d'agissements de harcèlement moral, cette situation n'étant pas davantage établie par les éléments sus-décrits.

7. Il résulte de ce qui précède que les faits évoqués par Mme D, pris isolément ou dans leur ensemble, ne permettent pas de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral contraires à l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 susvisé. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 que le président de la Métropole de Lyon a pu rejeter sa demande de protection fonctionnelle présentée le 22 juin 2021. Par suite, les conclusions de la requête de Mme D doivent être rejetées, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la Métropole de Lyon.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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