mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion pris à son encontre par le ministre de l'intérieur le 30 juillet 1979 ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision n'est pas motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- en refusant d'abroger l'arrêté d'expulsion dont il fait l'objet depuis 1979, alors qu'il ne représente plus une menace pour l'ordre public et qu'il présente des garanties de réinsertion socio-professionnelle, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à la durée de sa présence en France, à la présence de toute sa famille proche sur le territoire français et à son insertion professionnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans le cadre de la présente instance.
Par une ordonnance du 30 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. D,
- et les observations de Me Lantheaume, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 29 juillet 1960 en France, a fait l'objet le 30 juillet 1979 d'un arrêté du ministre de l'intérieur prononçant son expulsion du territoire français. Après avoir été incarcéré pour des faits commis sur le territoire français postérieurement à cet arrêté, M. A a été expulsé vers l'Algérie en septembre 1987. L'intéressé est revenu de manière irrégulière en France en janvier 1988 selon ses déclarations. M. A a formé plusieurs demandes d'abrogation de l'arrêté d'expulsion le concernant, qui ont fait l'objet de décisions implicites de rejet. Par une décision du 23 octobre 2018, adoptée après avis de la commission d'expulsion du 1er octobre 2018, le préfet du Rhône a explicitement rejeté la demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion du 30 juillet 1979 et, par une décision du même jour, l'a autorisé à se maintenir sur le territoire français en l'assignant à résidence dans le département du Rhône. Par un courrier du 10 mai 2021 reçu le 11 mai suivant, M. A a de nouveau sollicité l'abrogation de l'arrêté d'expulsion le concernant. Le silence gardé sur cette demande par le préfet du Rhône a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande, dont M. A sollicite l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 632-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée. " Aux termes de l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. L'étranger peut présenter des observations écrites. / A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. Le réexamen ne donne pas lieu à consultation de la commission mentionnée à l'article L. 632-1. " Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public.
3. M. A, né en France en 1960, a été condamné en 1978 pour des faits de vol à la roulotte, vol avec effraction et menace avec armes. Il a fait l'objet le 30 juillet 1979 d'un arrêté d'expulsion du ministère de l'intérieur, motivé par le fait que sa présence sur le territoire français " est de nature à compromettre l'ordre public ". M. A a ensuite été condamné, le 30 avril 1982, par la cour d'assises de l'Ain à dix ans de réclusion criminelle pour complicité d'homicide volontaire. À l'issue de sa peine, il a été expulsé à destination de l'Algérie le 9 septembre 1987, puis est revenu de manière irrégulière en France dès le mois de janvier 1988. Vingt ans plus tard, par un jugement du 25 janvier 2008, M. A a été condamné à six mois d'emprisonnement dont trois avec sursis, pour des faits d'entrée ou de séjour irrégulier en France et de détention frauduleuse de faux document constatant un droit, une identité ou une qualité et à un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui. Il a bénéficié d'une mesure d'assignation à résidence par un arrêté du 24 novembre 2008. Il a toutefois fait l'objet de deux nouvelles condamnations, en mai 2012, sous la forme d'une composition pénale consistant dans le paiement d'une amende de 150 euros après avoir reconnu des faits de vol, et par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 25 avril 2015, qui l'a condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol. À la suite de ces condamnations et du constat du non-respect par M. A de son assignation à résidence dans le département du Rhône, le préfet du Rhône a, par un arrêté du 20 novembre 2015, abrogé l'arrêté d'assignation à résidence dont bénéficiait M. A. À la suite d'une demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion par l'intéressé, le préfet du Rhône a saisi la commission d'expulsion, qui a rendu le 1er octobre 2018 un avis favorable à cette abrogation, relevant la naissance de M. A en France, la durée de sa présence en France, l'absence d'attaches en Algérie, la présence de sa famille proche sur le territoire français et la stabilité de son domicile et de ses revenus professionnels. Par un arrêté du 23 octobre 2018, le préfet du Rhône a toutefois refusé d'abroger l'arrêté du 30 juillet 1979, au motif que " M. A, célibataire et sans enfant, représente une menace persistante à l'ordre public ". Par une décision du même jour, il l'a toutefois autorisé à se maintenir en France en l'assignant à résidence dans le département du Rhône. Un sauf-conduit l'autorisant à circuler dans les départements de la région Auvergne - Rhône-Alpes pour motifs professionnels lui a été délivré le 1er janvier 2019. La requête formée à l'encontre de ces deux décisions du 23 octobre 2018 a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 28 mai 2020 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 13 avril 2021.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est né en France en 1960 et y a toujours résidé, à l'exception de la période de quelques mois entre septembre 1987 et janvier 1988 suivant son expulsion vers l'Algérie. Les condamnations dont il a fait l'objet remontent à 1982 pour son unique condamnation criminelle et à 2015 pour une condamnation délictuelle avec sursis pour des faits de vol, que M. A a indiqué être des vols de palettes de bois. A la date de la décision attaquée, M. A était titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet en qualité de chauffeur livreur avec une ancienneté de près de six ans dans la même société de transports. Il ressort des pièces du dossier qu'il a exposé devant la commission d'expulsion que la méconnaissance en 2015 de l'assignation à résidence dont il bénéficiait depuis 2008 était motivée par une obligation professionnelle. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a de nouveau été assigné à résidence dans le département du Rhône par arrêté du 23 octobre 2018 et qu'il bénéficie depuis 2019 d'un sauf-conduit afin de circuler dans l'ensemble de la région Auvergne - Rhône-Alpes. S'il est célibataire et sans enfant, il réside de manière stable à Lyon, vit à proximité immédiate de sa mère âgée, et entretient des liens avec ses cinq frères et sœurs, né(e)s en France 1957, 1958, 1959, 1962 et 1979, dont le premier est titulaire d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans et les quatre autres sont de nationalité française. Compte tenu de l'ancienneté des faits commis par M. A, de l'absence de toute condamnation depuis 2015 et de l'intensité de son intégration familiale et professionnelle en France, M. A est fondé à soutenir que le préfet du Rhône a porté une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale en maintenant les effets de la mesure d'expulsion qui avait été prise à son encontre en 1979.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision contestée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion adopté à l'encontre de M. A le 30 juillet 1979 est annulée.
Article 2 : L'État versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
La rapporteure,
G. C
Le président,
H. Drouet La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026