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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109188

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109188

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 18 novembre 2021 et le 27 septembre 2022, Mme C D, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 31 décembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer l'autorisation de regroupement familial sollicitée dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement, ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 621,65 euros en réparation des préjudices subis, avec intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable et capitalisation des intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation ;

- il appartiendra au préfet de produire l'enquête logement et ressources réalisée par la délégation territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ainsi que l'avis du maire de sa commune de résidence ;

- le préfet a commis une erreur de fait sur le montant du SMIC mensuel net de référence sur les douze mois précédant le dépôt de sa demande dès lors que celui-ci s'établit à la somme de 1 219 euros et non à 1 342 euros ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par le non-respect du critère des ressources ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision en litige lui a généré un préjudice matériel estimé à la somme de 7 621,50 euros.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II°) Par une requête enregistrée le 6 décembre 2021 sous le n°2109723, Mme H, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal

1°) de condamner l'Etat sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser la somme provisionnelle de 1 500 euros en réparation du préjudice causé par l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son fils ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision lui refusant implicitement la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son fils est dépourvue de motivation et méconnaît les dispositions des articles L. 411-1 et L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplit l'ensemble des conditions prévues par cet article ;

- elle est fondée, en raison de l'illégalité de cette décision, à solliciter le versement d'une provision de 1500 euros au titre des préjudices subis.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'intéressée ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les observations de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante togolaise née le 13 octobre 1982, a sollicité le 15 février 2021 la délivrance d'une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son fils, B G F A. Par une première requête enregistrée sous le n°2109188, Mme D demande l'annulation de la décision du 31 décembre 2021 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial ainsi que la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices subis. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2109723, Mme D demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme provisionnelle de 1 500 euros au titre des préjudices subis.

2. Les requêtes de Mme D qui concernent la même situation et présentent la même question à juger, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, contrairement à ce que fait valoir Mme D, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision contestée que le préfet du Rhône, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction de la décision en litige.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 434-23 du même code: " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier, cet avis est réputé favorable. "

5. Il ressort des pièces du dossier que les enquêtes relatives au logement et aux ressources de la requérante, qui ont été réalisées par la délégation territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ont été produites par le préfet du Rhône, et que celles-ci mentionnent que l'avis du maire de la commune résidence de Mme D est implicitement favorable en l'absence de réponse de celui-ci dans un délai de deux mois, comme le rappelle également la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure à cet égard doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / (). ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; ; 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; "

7. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période. Toutefois, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

8. D'une part, il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet du Rhône a rejeté la demande de regroupement familial de Mme D au motif que les ressources de Mme D, qui doivent atteindre la somme de 1 342 euros net, sont insuffisantes pour permettre à l'intéressée de subvenir aux besoins de sa famille. Il est constant qu'outre son fils, B G F A né le 21 mai 2018, au bénéfice duquel elle a sollicité le regroupement familial, Mme B est également la mère de deux enfants nés en 2011 et 2016 qui vivent à ses côtés et qu'eu égard à la composition de sa famille en application des dispositions précitées, le caractère ou non suffisant des ressources de l'intéressée doit s'apprécier par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période, majorée d'un dixième. Alors que le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) s'élevait, en montant net, à 1 218,60 euros pour l'année 2020 et à 1 230,17 euros en 2021, c'est en conséquence sans commettre d'erreur de fait que le préfet du Rhône a estimé que l'intéressée devait justifier de ressources, sur la période de référence courant du mois de février 2020 au mois de janvier 2021, au moins égale à la somme mensuelle de 1 342 euros.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a perçu, sur la période de douze mois précédant le dépôt de sa demande, du mois de février 2020 au mois de janvier 2021 inclus, des salaires au titre de son emploi de gestionnaire administrative au sein de l'entreprise Intrum, d'un montant total de 14 497,04 euros, ainsi que des indemnités journalières de 145,05 euros pour la période du 22 octobre 2020 au 26 octobre 2020 en raison d'un arrêt maladie, soit un total de 14 642,09 euros, soit 1220,17 euros par mois. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, le préfet du Rhône, qui ne s'est pas estimé lié par cette circonstance, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les ressources de Mme D étaient insuffisantes, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance que l'intéressée ait fait l'objet d'une retenue sur salaire de 262,97 euros en raison de son absence pour maladie suite à son infection par la Covid du 22 au 26 octobre 2020, période durant laquelle elle a bénéficié d'indemnités journalières.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Mme D fait valoir qu'elle entretient des liens importants avec son fils qui réside au Togo et contribue à son entretien et son éducation en lui envoyant des sommes d'argent importantes d'un montant total de 5 168,77 euros sur la période courant du 31 janvier 2020 au 2 février 2021 et qu'elle s'est sacrifiée en payant des billets d'avions à destination du Togo à ses deux autres enfants afin qu'ils passent du temps avec leur frère et qu'ils aient des souvenirs ensemble, que son père a disparu et que son grand-père maternelle à qui il a été confié n'est plus en mesure de s'en occuper en raison de son âge et sa pathologie. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les quelques virements effectués par Mme D au bénéfice de Mme E D visaient spécifiquement à couvrir des frais liés à l'entretien et l'éducation de son fils, alors que ce dernier, né le 21 mai 2008, n'est pas dépourvu de toute attache au Togo où il vit depuis sa naissance auprès de ses grands-parents. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers ne seraient plus en mesure de subvenir à ses besoins et à son éducation, ni de l'accompagner dans le suivi psychologique dont il fait l'objet. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'intéressée n'est pas fondée en l'espèce à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de son fils. Les moyens tirés de la violation des stipulations précitées doivent par suite être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

13. En l'absence d'illégalité fautive, les conclusions de Mme D tendant à la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices résultant de la décision précitée doivent également être rejetées.

Sur la demande de provision :

14. Le présent jugement statue au fond sur les conclusions indemnitaires de Mme D. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions de la requête n°2109723 tendant à condamner l'Etat au versement d'une provision au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

Sur les frais exposés par les parties à l'occasion du litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n°2109188, au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions dans l'instance n°2109723.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n°2109188 de Mme D est rejetée

Article 2: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2109723 de Mme D tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une provision.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2109723 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

2-2109723

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