mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109302 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PONSARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre 2021 et 5 septembre 2022, la société OPA, représentée par Me Ponsard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge une contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail d'un montant de 18 250 euros et une contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un montant de 2 553 euros, ainsi que la décision du 24 septembre 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler le titre de perception émis 17 septembre 2021 pour le recouvrement de la contribution spéciale d'un montant de 18 250 euros mise à sa charge et le titre de perception émis le 21 septembre 2021 pour le recouvrement de la contribution forfaitaire d'un montant de 2 553 euros mise à sa charge ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire le montant des contributions mises à sa charge ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
La société OPA soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la procédure est irrégulière, faute pour elle d'avoir obtenu la communication du procès-verbal de constatation des infractions et d'avoir été mise à même de présenter utilement ses observations avant la prise de décision ;
- la décision du 15 juillet 2021 est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- les faits retenus ne sont pas établis, dès lors que Mme A ne travaillait pas dans son établissement et que Mme B a été relaxée par le tribunal judiciaire de Lyon des poursuites pour travail dissimulé et emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié ;
- le montant total des contributions est disproportionné au regard de la situation économique de l'entreprise ;
- le taux de 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti est excessif, dès lors qu'elle n'a jamais commis d'autres infractions ;
- l'administration ne justifie pas avoir réacheminé le salarié, la contribution forfaitaire n'est ainsi pas fondée ;
- aucun recours obligatoire n'est imposé préalablement à la contestation des titres exécutoires émis par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- les titres en litige ont été émis par une autorité incompétente, seul le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration étant habilité à recouvrer une créance de l'établissement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 février et 3 octobre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par un courrier du 11 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les titres exécutoires, en l'absence de recours préalable auprès de l'ordonnateur.
La société OPA a produit des observations en réponse 14 octobre 2022, qui n'ont pas été communiquées.
Par une ordonnance du 23 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 septembre 2022.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,
- et les conclusions de M. Habchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle de l'inspection du travail du 18 février 2021 au cours duquel une infraction de travail dissimulé par dissimulation de salariés et une infraction d'emploi d'un salarié étranger non muni de titre de travail ont été constatées, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, par une décision du 15 juillet 2021, mis à la charge de la société OPA le paiement d'une contribution spéciale d'un montant de 18 250 euros et d'une contribution forfaitaire d'un montant de 2 553 euros pour emploi d'un salarié non muni de titre autorisant le travail et d'un salarié démuni d'un titre autorisant le séjour. La société OPA a formé un recours hiérarchique, qui a été rejeté par une décision du 24 septembre 2021. Un titre de perception a été émis 17 septembre 2021 pour le recouvrement de la contribution spéciale d'un montant de 18 250 euros mise à la charge de la société OPA et un titre de perception le 21 septembre 2021 pour le recouvrement de la contribution forfaitaire d'un montant de 2 553 euros. La société OPA demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions des 15 juillet et 24 septembre 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux (). " Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. " Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration.
3. Pour imposer la contribution spéciale et la contribution forfaitaire à la société OPA, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu que la société avait employé Mme A, sans autorisation de travail et sans titre de séjour.
4. D'une part, l'infraction aux dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers non munis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. D'autre part, la qualification de contrat de travail ne dépend, ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. A cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l'exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.
5. La société requérante conteste avoir employé Mme A en faisant valoir l'absence de tout lien de subordination. Il résulte du procès-verbal de l'inspectrice du travail du 18 février 2021 que lors du contrôle réalisé dans le commerce appartenant à la société OPA, huit clients étaient présents dont trois se faisaient coiffer. Si Mme A était présente dans la boutique et faisait des tresses à l'une des personnes identifiées comme clientes de la boutique, elle a déclaré au moment du contrôle qu'elle faisait des tresses pour " s'occuper ", avec l'autorisation de la responsable de la boutique, qu'elle venait plusieurs fois par semaine dans la boutique, sans y travailler et que le jour du contrôle, elle avait accompagné son amie qui travaille dans la boutique. Alors que l'action de travail ne suffit pas à caractériser l'existence d'un contrat de travail, il résulte de l'instruction que le jour du contrôle, Mme A ne disposait pas des clés de la boutique, ni d'aucune autre responsabilité ou mission particulière relative au fonctionnement de la boutique, contrairement aux deux salariés déclarés après le contrôle dont l'un avait la responsabilité d'ouvrir et de fermer la boutique et l'autre était en train de coiffer un client selon ses dires dans le cadre d'un essai avant embauche. De plus, il ne résulte pas du procès-verbal de contrôle que Mme A aurait disposé de matériel mis à sa disposition par la gérante de la société pour effectuer des tresses ou toute autre coiffure ou tout soin proposé par la boutique. De même, et en dépit de l'absence de la gérante le jour du contrôle, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait reçu des consignes particulières quant à son activité de coiffure ou sur ses horaires de présence dans la boutique. Par ailleurs, aucun élément ne permet d'établir qu'une rémunération d'aucune sorte aurait été versée à Mme A. Dans ces conditions, les faits relevés par l'inspectrice du travail, qui ne suffisent pas à caractériser un lien de subordination entre Mme A et la gérante de la société, ni l'existence d'une quelconque rémunération, ne permettent pas d'établir que Mme A pourrait être regardée comme étant salariée de la société requérante. Par suite, la société OPA est fondée à soutenir que la contribution spéciale et la contribution forfaitaire en litige lui ont été imposées à tort.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 15 juillet 2021 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, le rejet du recours gracieux du 24 septembre 2021.
En ce qui concerne les titres exécutoires :
7. Il résulte des dispositions législatives citées au point 2 que les contributions spéciale et forfaitaire sont recouvrées " comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. ". La section 1 du chapitre 2 du titre 2 du décret du 7 novembre 2012 prévoit trois procédures de recouvrement distinctes selon que les créances en cause sont des " impositions de toute nature ", des " amendes et condamnations pécuniaires " ou des " autres recettes ". Son article 108 dispose que les " amendes et condamnations pécuniaires " comprennent, " sous réserve des dispositions spécifiques qui leur sont applicables, les amendes fiscales et administratives ". Il en résulte que les contributions en cause, qui constituent des amendes administratives, relèvent de la procédure prévue à la sous-section relative aux amendes et condamnations pécuniaires, auxquelles ne sont pas applicables les dispositions de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012, relatives aux seules " autres recettes ", instituant un recours administratif préalable obligatoire. Par suite, les conclusions de la société requérante dirigées contre les titres exécutoires émis à son encontre sont recevables, alors même qu'elle n'a pas formé de recours administratif préalablement à sa requête s'agissant d'amendes administratives régies par les dispositions de l'article 108 du décret du 7 novembre 2012 susvisé.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les décisions des 15 juillet et 21 septembre 2021 étant annulées par le présent jugement, les titres exécutoires en litiges doivent l'être par voie de conséquence.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à la société OPA d'une somme de 1 400 euros au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 juillet 2021 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration imposant à la société OPA le versement d'une contribution spéciale et d'une contribution forfaitaire et la décision du 24 septembre 2021 rejetant le recours gracieux de cette société sont annulées.
Article 2 : Le titre de perception émis 17 septembre 2021 pour le recouvrement de la contribution spéciale d'un montant de 18 250 euros (dix-huit mille deux cent cinquante euros) mise à la charge de la société OPA et le titre de perception émis le 21 septembre 2021 pour le recouvrement de la contribution forfaitaire d'un montant de 2 553 euros (deux mille cinq cent cinquante-trois euros) sont annulés.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à la société OPA la somme de 1 400 euros (mille quatre cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société OPA et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée pour information à la DDFIP de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
A-S. Soubié
La présidente,
V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026