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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109316

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109316

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantURBAN CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 novembre 2021, 25 avril 2022, 29 avril 2022, 11 mai 2022 et 23 août 2022, l'association " Préservons notre Haut Vivarais ", M. J S, M. Z et Mme BN BB, M. AU AP, Mme BG BD, M. AG et Mme BE R, M. G AT, M. BS et Mme AX BK, M. C X, M. U AO et Mme E AL, Mme I AE, M. AK AM, M. AQ AL, Mme BF AZ et M. BL O, M. V et Mme BV AZ, M. BI AY et Mme L BH, M. BO et Mme BQ B, M. P W, M. BR AZ, Mme BU AJ et M. BA M, M. BT AR et Mme AN AZ, M. BM AC et Mme AV AZ, Mme AW BC, M. AF AT, Mme BP AD, M. H Q, M. AH AB, M. AI et Mme F N, M. D BJ, M. AA N et Mme Y T, représentés par Me Guillou, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler :

- l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le maire de Saint-Alban-d'Ay (Ardèche) ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 10 juin 2021 par la société ATC France en vue de l'installation d'un pylône de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieu-dit Les Cléaux, ainsi que les décisions de rejet de leurs recours gracieux ;

- l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le maire de Saint-Alban-d'Ay ne s'est pas opposé à la déclaration préalable modificative déposée le 21 avril 2022 par la société ATC France pour le même projet ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Saint-Alban-d'Ay et de la société ATC France une somme de 4 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté initial non modifiées par l'arrêté modificatif :

- le dossier de déclaration préalable est incomplet, en méconnaissance des articles R. 431-10 et R. 431-36 c) et d) du code de l'urbanisme, en l'absence de documents graphiques et photographiques permettant d'apprécier suffisamment l'insertion du projet dans son environnement proche et lointain ainsi que son impact visuel véritable ;

- le projet méconnaît les dispositions des articles N 1 et N 2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N 3 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N 6 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N 7 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N 10 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives à la hauteur maximum des constructions ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives à l'aspect extérieur des constructions et l'aménagement de leurs abords, ainsi que les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ; il méconnaît également les dispositions de l'article N 11-2 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives à l'aspect des constructions ;

- il méconnaît les dispositions du B du 1 de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives aux clôtures ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N 12 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives aux obligations imposées aux constructeurs en matière de réalisation d'aires de stationnement ;

- il méconnaît le principe de précaution et les dispositions de l'article L. 110-1 du code de l'environnement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté initial modifiées par l'arrêté modificatif :

- l'arrêté du 1er juillet 2021 méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ; l'arrêté du 28 avril 2022 méconnaît également cet article L. 111-11, pour les mêmes motifs ; le dossier ne contient d'ailleurs aucune information concernant les conditions dans lesquelles aura lieu le raccordement au réseau électrique en terme de longueur et de délais.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars 2022 et 14 juin 2022, la commune de Saint-Alban-d'Ay, représentée par la SELAS Urban conseil, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement d'une somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut pour certains requérants de justifier de leur qualité pour agir ;

- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- la requête de l'association " Préservons notre Haut Vivarais " est irrecevable dès lors que ses statuts n'ont pas été déposés avant l'affichage en mairie de la déclaration préalable ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars 2022 et 9 juin 2022, la société ATC France, représentée par la SELARL Lysis avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête de l'association " Préservons notre Haut Vivarais " est irrecevable dès lors que le champ d'action géographique de l'association n'est pas précisé dans ses statuts ;

- les requérants, personnes physiques, ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par ordonnance du 22 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment la Charte de l'environnement à laquelle renvoie son Préambule ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 pris en application du 12° de l'article L. 32 du code des postes et télécommunications et relatif aux valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme AS,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Bidault, pour l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants,

- et les observations de Me Dandois, pour la commune de Saint Alban d'Ay.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 1er juillet 2021, le maire de Saint-Alban-d'Ay (Ardèche) ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 10 juin 2021 par la société ATC France en vue de l'installation d'un pylône de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieu-dit Les Cléaux. Par un arrêté du 28 avril 2022, le maire de Saint-Alban-d'Ay ne s'est pas opposé à la déclaration préalable modificative déposée le 21 avril 2022 par cette même société. Par la présente requête, l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 et les décisions de rejet de leurs recours gracieux, ainsi que l'arrêté du 28 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté initial non modifiées par l'arrêté modificatif :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " () Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. () ". Et aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

3. Le dossier de déclaration préalable comporte un document graphique et une vue proche, prise depuis le chemin d'accès à la parcelle, et une vue lointaine, prise depuis le hameau situé au sud du terrain d'assiette. A éléments, associés aux photographies aériennes produites et au document portant repérage des prises de vue, ont permis au service instructeur d'apprécier l'environnement du projet. En outre, le plan de situation joint au dossier de déclaration permet de situer la parcelle, ainsi que le centre-ville de la commune et les différents hameaux avoisinants, sans qu'il soit nécessaire de représenter les châteaux présents sur le territoire communal. Par ailleurs, le dossier comporte des photographies du chemin d'accès à la parcelle, chemin rural qui apparaît d'ailleurs sur la pièce DP 2. Enfin, la notice et la pièce n° 3 du dossier de déclaration permettent quant à elles de visualiser les coloris et matériaux utilisés pour l'implantation du pylône et du grillage. Le moyen tiré de l'incomplétude de la déclaration préalable doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article N 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Alban-d'Ay : " Dans l'ensemble de la zone, sont interdites toutes les occupations et utilisations du sol non mentionnées à l'article N 2 () ". Et aux termes de l'article N 2 du même règlement : " Dans l'ensemble de la zone, sont admises sous conditions les occupations et utilisations du sol suivantes : / - Les constructions ou installations à caractère technique y compris classées, nécessaires à l'exploitation et à la gestion des réseaux et des services publics locaux (voirie, réseaux divers, transports collectifs) sous réserve que leur localisation ne dénature pas le caractère des lieux et qu'elles présentent toutes les dispositions permettant d'éviter ou de réduire les nuisances vis à vis des lieux habités. () ".

5. Le dossier de déclaration préalable indique que le projet porte sur l'installation d'un " site GSM " (global system for mobile communication), pour accueillir les opérateurs de téléphonie mobile, et que sont prévues l'implantation d'un pylône treillis d'une hauteur de 36 mètres et l'installation de six antennes d'une hauteur de 3 mètres, ainsi que des modules radio. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce projet, qui est situé en zone naturelle, à plus de 100 mètres des habitations les plus proches, dont l'impact visuel est partiellement atténué par la présence d'arbres de haute tige présents sur le terrain d'assiette, dénature les lieux environnants. En outre, l'ensemble des équipements est entouré d'un grillage d'une hauteur de 2 mètres de couleur verte masquant les armoires techniques et le coffret d'énergie installés au pied du pylône. Dans ces conditions, le projet constitue une installation technique nécessaire à l'exploitation et à la gestion des réseaux téléphoniques, dont l'édification est autorisée par les dispositions de l'article N 2 du règlement du plan local d'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article N 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " L'accès doit être adapté à l'opération et avoir des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité des biens et des personnes. () / Les dimensions, tracés, profils et caractéristiques des voies doivent être adaptés aux besoins des opérations qu'elles desservent. / Les nouvelles voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique doivent être aménagées afin de permettre le passage ou la manœuvre des véhicules des services publics. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la desserte du terrain d'assiette du projet est prévue par un chemin rural, d'une largeur de 5 mètres, qui se termine en impasse. Il ne ressort pas de ces pièces que ce chemin, qui ne constitue pas une voie nouvelle, ne serait pas adapté à la desserte du projet. Par ailleurs, il ressort de la pièce DP 2 que le projet prévoit la création d'un accès au terrain d'assiette d'une largeur de 3 mètres, permettant aux engins des services d'incendie et de secours d'accéder au terrain. En tout état de cause, l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants n'établissent pas, par les photographies qu'ils produisent, que l'accès serait en réalité d'une largeur de seulement 2,10 mètres. Enfin, la circonstance, au demeurant non établie, que la réalisation des travaux implique le passage de poids lourds sur le chemin rural est sans incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme délivrée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article N 3 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article N 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " Sauf indication contraire portée au plan toute construction doit être implantée à 10 m au moins de l'alignement des voies départementales et à 5 m au moins de l'alignement des autres voies. () / Des dispositions différentes sont en outre admises pour les ouvrages de faible importance réalisés dans un but d'intérêt général (WC, cabines téléphoniques, postes de transformation EDF, abris bus, ) pour des motifs techniques, de sécurité ou de fonctionnement de l'ouvrage, et si une insertion harmonieuse dans l'environnement est garantie. ".

9. En l'absence de disposition particulière relative aux constructions entièrement enterrées, les dispositions du plan local d'urbanisme qui prévoient une distance minimale de cinq mètres entre toute construction et la voie ne s'appliquent pas à la partie souterraine d'un bâtiment qui ne dépasse pas le niveau du sol naturel. Ainsi, l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article N 6 du règlement du plan local d'urbanisme à l'égard de la dalle de béton enterrée. Par ailleurs, l'équipement prévu est une installation d'intérêt général de faible importance, située à proximité d'arbres de haute tige. Les caractéristiques du projet, réalisé sous forme d'un pylône treillis métallique, et son implantation sur une parcelle supportant des arbres, permettent de l'intégrer dans le site environnant. Dans ces conditions, la société pétitionnaire peut se prévaloir de la règle dérogatoire mentionnée à l'article N 6 du règlement et prévoir une implantation du pylône à une distance légèrement inférieure à celle de 5 mètres normalement imposée, dans le cadre de son activité relative à l'exploitation et au développement de " sites points hauts " pour l'accueil des installations des opérateurs de téléphonie mobile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article N 6 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article N 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " La distance comptée horizontalement de tout point de la construction au point le plus proche d'une limite sur laquelle il n'est pas implanté doit être d'au moins 4 m. / A règles ne sont pas exigées pour les aménagements et extensions de bâtiments existants ne respectant pas cette règle, à condition de ne pas réduire le recul existant. ".

11. En l'absence de disposition particulière relative aux constructions entièrement enterrées, les dispositions du plan local d'urbanisme qui prévoient une distance minimale de quatre mètres entre toute construction et les limites séparatives, dont l'objet est lié à des préoccupations d'hygiène, d'urbanisme et de protection du voisinage, ne s'appliquent pas à la partie souterraine d'un bâtiment qui ne dépasse pas le niveau du sol naturel. Ainsi, l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article N 7 du règlement du plan local d'urbanisme à l'égard de la dalle de béton enterrée. Par ailleurs, le pylône lui-même est bien implanté à plus de 4 mètres des limites séparatives. Dans ces conditions, l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît l'article N 7 du règlement du plan local d'urbanisme.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article N 10 du règlement du plan local d'urbanisme : " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel existant avant les travaux d'exhaussement ou d'affouillement nécessaires pour la réalisation du projet. / - La hauteur des constructions ne doit pas dépasser : / - mètres à l'égout des toitures, 10,5 mètres au faîtage des toitures, dans la zone N et le secteur NP ; / - 10 mètres à l'égout des toitures pour le secteur NL. / - Une hauteur différente peut être admise pour des éléments techniques de grande hauteur nécessaires à l'activité agricole. / - Les ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures sont exclus du calcul de la hauteur. () ".

13. Les dispositions de l'article N 10 du règlement du plan local d'urbanisme, qui font référence à l'égout et au faîtage des toitures pour le calcul de la hauteur des constructions, n'ont pas vocation à s'appliquer aux équipements de téléphonie mobile, qui ne constituent pas des constructions au sens de ces dispositions. En outre, ces équipements collectifs constituent des ouvrages techniques au sens de ces mêmes dispositions, qui sont expressément exclus du calcul de la hauteur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article N 10 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

14. En septième lieu, aux termes de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif à l'aspect extérieur des constructions et l'aménagement de leurs abords : " Les constructions et clôtures par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages urbains. () / L'implantation, le volume et les proportions des constructions dans tous leurs éléments doivent être déterminés en tenant compte de l'environnement et en s'y intégrant le mieux possible. / - La construction doit s'adapter à la topographie naturelle du terrain afin de ne pas bouleverser le paysage et la ligne principale de faîtage doit être parallèle à la pente du terrain. () / Les couleurs des différents éléments de façades devront être choisies selon le nuancier déposé en mairie. / Les matériaux blancs, brillants, réfléchissants (autres que le verre) et de couleur vive sont interdits. ". Et aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Dès lors que les dispositions de l'article N11 du règlement du plan local d'urbanisme invoquées par les requérants ont le même objet que celles, également invoquées, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de l'autorisation attaquée.

15. Le projet sera implanté sur le territoire de la commune de Saint-Alban-d'Ay qui comporte quatre châteaux. Toutefois, l'environnement proche du site d'implantation, qui se compose majoritairement de parcelles à l'état naturel, ne présente aucun intérêt particulier. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, composé d'un pylône treillis de couleur grise et d'un grillage vert et qui sera situé à proximité d'arbres de haute tige, impacterait sensiblement les vues sur le paysage environnant. En tout état de cause, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'un dispositif de camouflage aurait permis une meilleure insertion du dispositif dans ce paysage. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la circonstance qu'un autre emplacement aurait été plus approprié. Enfin, ils n'établissent pas que le volume et les proportions du projet ne s'intègreront pas dans l'environnement, ni que la couleur " gris galvanisé " sera réfléchissante. Dans ces conditions, en ne s'opposant pas au projet en litige, le maire n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme.

16. En huitième lieu, aux termes du B du 1 de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif aux clôtures (hors clôture agricole) : " La hauteur maximum est fixée à 1,80 mètres. / Elles doivent être constituées de haies vives éventuellement doublées par : / - soit un grillage, une barrière ne dépassant pas 1,8 m / - soit une murette - hauteur maximum 0,80 mètre - surmontée d'un dispositif à claire-voie de conception simple et d'aspect agréable La hauteur totale de la clôture ne devra pas dépasser 1,8 m. / K disposition s'applique aux murs séparatifs des terrains comme à ceux à édifier en bordure des voies. / () ".

17. Le projet prévoit que l'ensemble des équipements de téléphonie mobile sera sécurisé derrière un grillage d'une hauteur de deux mètres de couleur verte. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce grillage constituerait une clôture séparant le terrain d'assiette du projet des autres terrains. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de la règle de hauteur fixée pour les clôtures par les dispositions précitées du B du 1 de l'article N 11 du règlement, qui ne s'appliquent qu'aux seules clôture situées en limite séparative.

18. En neuvième lieu, aux termes de l'article N 12 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins engendrés par les occupations et utilisations admises dans la zone, y compris lors des aménagements et extensions de bâtiments existants, doit être assuré en dehors des voies publiques, sur le terrain d'assiette du projet. ".

19. Le projet ne prévoit la création d'aucune place de stationnement. Si l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants soutiennent que les interventions aux fins de maintenance des équipements nécessitent de prévoir la création de places de stationnement, il n'est toutefois pas contesté que les personnels techniques intervenant ponctuellement sur le site pourront stationner leur véhicule sur le chemin d'accès aménagé sur la parcelle litigieuse, sans entraver la circulation sur le chemin rural. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article N 12 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

20. En dixième lieu, l'article 5 de la Charte de l'environnement énonce que : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ".

21. S'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution, énoncé par l'article 5 de la Charte de l'environnement et auquel se réfère l'article L. 110-1 du code de l'environnement, lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la Charte ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.

22. En l'espèce, les requérants n'établissent pas, ni même n'allèguent, que l'installation en cause générera des émissions ne respectant pas les valeurs limites d'exposition aux champs électromagnétiques produits par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication, définies par le décret du 3 mai 2002 visé ci-dessus. Les différents avis et études dont ils se prévalent ne comprennent aucun élément circonstancié de nature à établir, en l'état des connaissances scientifiques actuelles, l'existence d'un risque pouvant résulter, pour les riverains du projet en litige, d'une exposition aux champs électromagnétiques émis par les équipements de téléphonie mobile. Dans ces conditions, le maire de Saint-Alban-d'Ay n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation au regard du principe de précaution en ne s'opposant pas à la déclaration préalable déposée par la société ATC France.

23. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

24. Il ressort des pièces du dossier que le pylône disposera d'un ancrage au sol grâce à une dalle en béton enterrée. Les requérants n'établissent pas qu'un tel dispositif serait de nature à porter atteinte à la sécurité publique, en raison notamment de vents particulièrement violents. En outre, ainsi qu'il a été exposé aux points 7 et 19, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès au terrain d'assiette du projet serait particulièrement dangereux et ne permettrait pas aux engins des services d'incendie et de secours d'accéder au terrain, ni que le projet impliquerait, par lui-même, un stationnement des véhicules sur la voie publique. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en délivrant l'autorisation en litige, le maire de Saint-Alban-d'Ay a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté initial modifiées par l'arrêté modificatif :

25. Lorsqu'un arrêté de non opposition à déclaration préalable a été délivré sans que soient respectées des formes ou formalités, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par un arrêté modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'arrêté initial de non opposition aux travaux déclarés.

26. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ". Aux termes de l'article L. 332-6 du même code : " Les bénéficiaires d'autorisations de construire ne peuvent être tenus que des obligations suivantes : () 3° La réalisation des équipements propres mentionnées à l'article L. 332-15 () ". Selon les dispositions de l'article L. 332-8 de ce code : " Une participation spécifique peut être exigée des bénéficiaires des autorisations de construire qui ont pour objet la réalisation de toute installation à caractère industriel, notamment relative aux communications électroniques, agricole, commercial ou artisanal qui, par sa nature, sa situation ou son importance, nécessite la réalisation d'équipements publics exceptionnels () ". Aux termes de l'article L. 332-15 du même code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité (). / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. / () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () ". Il résulte de ces dispositions que, pour l'alimentation en électricité, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à l'alimentation de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'électricité, notamment les ouvrages d'extension ou de branchement en basse tension, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.

27. Il ressort des pièces du dossier que l'équipement public de desserte en énergie électrique nécessaire à la réalisation du projet porté par la société ATC France doit être regardé comme ayant le caractère d'un équipement public exceptionnel au sens de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme au regard de sa situation éloignée des zones desservies en électricité, dès lors qu'un pylône de téléphonie mobile constitue une installation à caractère industriel relative aux communications électroniques qui, eu égard à sa nature, répond à une mission de service public. Au sein du dossier de déclaration préalable initiale de travaux, déposé le 10 juin 2021, la société ATC France a indiqué qu'elle prenait à sa charge de manière définitive l'intégralité des coûts nécessaires au raccordement en énergie de son projet. En outre, l'étude réalisée le 3 août 2021 par le syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche indique que le coût de l'extension s'élèvera à 45 495,83 euros HT et la contribution de la société pétitionnaire à 60 % de ce montant, soit 27 297,50 euros HT, et que le solde de la participation sera demandé avant le début des travaux, dans un délai de trois à quatre mois. La société ATC France a alors déposé, le 21 avril 2022, un dossier de déclaration préalable modificative, qui précise que le projet nécessite une extension du réseau électrique de 280 mètres, ayant pour objet de faire part de son accord pour le financement des travaux d'extension via une participation pour équipement public exceptionnel, conformément aux dispositions de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme. Ainsi, l'arrêté du 28 avril 2022 prévoit, à son article 2, qu'une participation d'un montant de 27 297,50 euros HT sera demandée au titre de l'extension et du raccordement au réseau électrique. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme doit être écarté.

28. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 1er juillet 2021 et 28 avril 2022 du maire de Saint-Alban-d'Ay doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

29. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

30. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire de la commune de Saint-Alban-d'Ay et de la société ATC France, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais liés au litige. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants la somme globale de 2 150 euros au profit de chacune des parties défenderesses au titre des frais non compris dans les dépens qu'elles ont exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants est rejetée.

Article 2 : L'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants verseront la somme globale de 2 150 euros à la commune de Saint-Alban-d'Ay.

Article 3 : L'association " Préservons notre Haut Vivarais " et autres requérants verseront la somme globale de 2 150 euros à la société ATC France.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Préservons notre Haut Vivarais ", représentante unique des requérants, à la commune de Saint-Alban-d'Ay et à la société ATC France.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

La rapporteure,

F.-M. ASLe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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