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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109347

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109347

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL REFLEX DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif enregistrés les 18 novembre 2021 et 23 juin 2022, M. G E, Mme D C, M. et Mme F et K A B, le premier nommé ayant qualité de représentant unique pour l'application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, représentés par la SELARL Reflex Droit Public, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 du maire de Villeurbanne accordant à la J un permis de construire en vue de l'édification, après démolition de bâtiments existants, d'un immeuble d'habitat collectif comprenant trente-six logements et trente-deux places de stationnement, sur un terrain situé rue Denis Papin, ainsi que la décision du 17 septembre 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villeurbanne la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt pour agir, leurs propriétés faisant face au terrain d'assiette du projet qui induira des nuisances sonores liées au trafic généré par la construction projetée sur une voie étroite, alors que l'accès se fera par une porte basculante située en face de leurs maisons d'habitation ; il emportera, du fait de sa hauteur, des pertes d'ensoleillement et de vues ainsi que la création de vues directes ; ses caractéristiques architecturales sont en rupture avec les constructions environnantes ;

- le permis de construire est illégal en raison de l'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement du terrain d'assiette en zone URm1 du plan local d'urbanisme et de l'habitat ; l'îlot dans lequel il est situé aurait dû faire l'objet d'un classement mixte pour tenir compte des conditions d'accessibilité et de ses caractéristiques morphologiques, qui ne répondent pas à la définition de la zone URm1 mais davantage à la zone URi1a ; le projet n'est pas conforme au règlement de la zone URb du plan local d'urbanisme immédiatement antérieur, en particulier son article 10 relatif aux hauteurs maximales de façades et son article 11.3, compte tenu de ses toitures terrasses ;

- il comprend une prescription relative aux réseaux d'eau et d'assainissement non motivée, en méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- il repose sur un dossier incomplet, les documents d'insertion ne permettant pas d'appréhender l'intégration du projet dans la totalité de son environnement ; il comporte des contradictions quant au calcul des espaces de pleine terre ;

- il méconnaît les règles sur les accès, en raison des risques pour la sécurité des usagers de la voie et de l'immeuble induits par le flux de circulation généré par le projet sur une rue étroite ;

- il contrevient à l'article 2.1.1 du règlement de la zone du plan quant à l'implantation du bâtiment par rapport à la voie publique prévue pour partie en limite de référence et en recul ; il n'entre dans le champ d'aucune rège alternative ; les conditions du fractionnement sous forme de recul partiel ne sont pas remplies ;

- il ne respecte pas l'article 2.2.1.1 de ce même règlement en raison de son implantation présentant un retrait insuffisant par rapport à la limite latérale de la parcelle cadastrée AW 221 ;

- le dernier étage ne peut être qualifié de VETC, au sens de l'article 2.5.4.4 du règlement du plan, en l'absence d'un retrait suffisant au droit de la rue Denis Papin ; son emprise excède 60 % de celle de l'avant-dernier niveau situé avant le point haut de la mesure de la hauteur de façade de la construction ou de la partie de construction ;

- le projet méconnaît les articles 4.1.1 et 4.2.1 du règlement de la zone URm1, aucune transparence visuelle sur le cœur d'îlot végétalisé n'étant mise en œuvre ; il ne contribue pas à la végétalisation de l'îlot ; il ne s'insère pas, par sa densité et sa hauteur, dans un environnement uniforme composé d'immeubles de deux niveaux, alors qu'il se situe en limite de zone ; l'article 4.2.4 de ce règlement n'a pas été pris en compte ; les choix architecturaux et colorimétriques sont en rupture avec le bâti urbain voisin ; tous les logements ne bénéficient pas d'une double orientation ;

- il ne respecte pas l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires enregistrés les 21 avril et 28 juin 2022, la J, représentée par la SCP Ducrot associés, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, les requérants ne démontrant pas remplir les conditions prévues par l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, il sera fait application des dispositions de l'article L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 22 juin 2022, la commune de Villeurbanne, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut pour les requérants de justifier de leur intérêt pour agir ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par lettre du 30 mai 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-1-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Une ordonnance portant clôture immédiate de l'instruction a été émise le 19 juillet 2022.

Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 19 juillet 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme I,

- les conclusions de Mme Monteiro, rapporteure publique,

- les observations de Me Brand, pour les requérants,

- les observations de Mme H, pour la commune de Villeurbanne,

- et les observations de Me Magnon, pour la J.

Considérant ce qui suit :

1. La J a déposé le 28 décembre 2020 une demande de permis de construire portant, après démolition de bâtiments existants sur un terrain situé rue Denis Papin à Villeurbanne, sur la réalisation d'un immeuble à usage d'habitation de trente-six logements, dont neufs locatifs sociaux, et de trente-deux places de stationnement. Le maire de Villeurbanne y a fait droit par un arrêté du 9 juillet 2021. M. E, Mme C et M. et Mme A B, qui résident dans cette même rue, en ont sollicité le retrait le 10 septembre 2021. Ils demandent l'annulation du permis de construire ainsi que de la décision du 17 septembre 2021 rejetant leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée par les parties en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. (). "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont propriétaires de maisons individuelles d'habitation se trouvant, soit intégralement, soit pour partie, en face du terrain d'assiette du projet, de l'autre côté de la voie publique. Eu égard à sa hauteur et sa volumétrie, alors qu'étaient édifiées jusque-là sur le tènement des maisons d'habitation de deux niveaux, ce projet entraînera, malgré la largeur de la voie et la présence de quelques arbres feuillus en bordure de rue, des vues sur leurs propriétés, ainsi qu'une perte d'ensoleillement. Ils justifient ainsi d'un intérêt pour agir. Dans ce contexte, la fin de non-recevoir qui leur est opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens tirés de l'illégalité du plan local d'urbanisme et de l'habitat et de la méconnaissance du plan local d'urbanisme antérieur :

5. En vertu de l'article L. 600-12-1 du code de l'urbanisme, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un document local d'urbanisme n'entraîne pas l'illégalité des autorisations d'urbanisme délivrées lorsque cette annulation ou déclaration d'illégalité repose sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet en cause. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de l'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours contre une autorisation d'urbanisme, de vérifier d'abord si l'un au moins des motifs d'illégalité du document local d'urbanisme est en rapport direct avec les règles applicables à l'autorisation d'urbanisme. Un vice de légalité externe est étranger à ces règles, sauf s'il a été de nature à exercer une influence directe sur des règles d'urbanisme applicables au projet. En revanche, sauf s'il concerne des règles qui ne sont pas applicables au projet, un vice de légalité interne ne leur est pas étranger.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". L'article L. 151-9 de ce code précise que " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. () ".

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. Il ressort du cahier communal de la ville de Villeurbanne du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon, document règlementaire public accessible au juge comme aux parties qui reprend les choix et justifications du rapport de présentation et développe les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) propres à la commune, qu'un des enjeux majeurs du plan tient à la nécessaire densification urbaine de la ville, grâce en particulier au renouvellement résidentiel existant, pour répondre à l'objectif démographique attribué par le schéma de cohérence territorial de la création de 60 000 logements entre 2010 et 2030. Alors que le quartier Gratte-Ciel est identifié comme le point central du développement de l'urbanisation de la commune, le PADD a pour objectif, notamment, d'étendre le centre-ville autour des axes de transport en commun et d'accompagner les dynamiques urbaines, en particulier, du secteur Flachet. Celui-ci, qui se trouve à proximité du quartier Gratte-Ciel, est décrit comme un quartier développant une grande mixité de formes et de fonctions, avec une imbrication de poches résidentielles collectives, discontinues ou non, des emprises économiques diffuses, des ensembles pavillonnaires et un tissu de faubourg, dont il convient de préserver les caractéristiques urbaines, fonctionnelles, patrimoniales et paysagères.

9. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet s'étend sur une emprise foncière de 1 709 m² localisée dans un îlot du quartier Flachet comprenant plusieurs immeubles résidentiels collectifs et, notamment le long de la rue Denis Papin, quelques maisons d'habitation individuelles ainsi que plusieurs ateliers et entrepôts. Il fait face à une zone pavillonnaire qui s'est développée de l'autre côté de cette voie. Son classement en zone URm1 du PLU-H répond aux caractéristiques mêmes de cette zone, définie comme présentant un caractère mixte, permettant d'assurer la liaison entre les quartiers centraux et les quartiers périphériques, et qui comprend un bâti dont la volumétrie varie selon les secteurs, s'organisant, majoritairement, en ordre discontinu, de façon dense en front de rue ou avec de faibles reculs, avec dans les cœurs d'ilot, où l'emprise du bâti est moindre, une présence végétale significative. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le tènement, qui se situe à 500 mètres du métro Flachet et à 170 mètres d'un arrêt de bus, répond aux enjeux fixés par le rapport de présentation du plan en vue de favoriser la densification urbaine dans les secteurs bien desservis par les transports publics. La circonstance qu'il se trouve en limite de zone URi1 n'impliquait pas que l'îlot en cause fasse l'objet d'un classement mixte, comme les auteurs du plan ont pu le décider pour un îlot voisin, eu égard aux bâtiments de types et usages très différents qui le composent. Dans ces conditions, le classement contesté, qui répond au parti pris d'urbanisme recherché par les auteurs du plan, ne procède d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

10. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'illégalité du PLU-H, par voie d'exception, doit être écarté. Les requérants ne peuvent ainsi utilement soutenir que le projet méconnaît les articles 10 et 11.3 du règlement de la zone URb du plan local d'urbanisme immédiatement antérieur.

En ce qui concerne les autres moyens :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. La motivation n'est pas nécessaire lorsque la dérogation est accordée en application des 1° à 6° de l'article L. 152-6. "

12. Les motifs du permis de construire assorti d'une prescription relative aux réseaux d'eau et d'assainissement résultent directement du contenu même de cette dernière, énoncée dans l'avis de la métropole de Lyon du 1er juillet 2020 visé et annexé à la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de cette prescription doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

14. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

15. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les deux documents d'insertion joints à la demande de permis de construire, complétés par le plan cadastral, plusieurs photographies satellites et différentes vues des maisons de la rue Denis Papin, permettaient au maire de Villeurbanne d'appréhender l'insertion du projet dans l'environnement proche et le paysage lointain. Par ailleurs, il n'existe aucune contrariété dans les différents plans du dossier de demande s'agissant des espaces de pleine terre, qui ne comprennent pas le bassin d'infiltration projeté. En tout état de cause, les informations produites suffisaient pour déterminer si le coefficient de pleine terre est en l'espèce respecté. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis a été accordé sur la base d'un dossier incomplet.

16. En troisième lieu, aux termes des dispositions du chapitre 5 de la partie I du règlement du PLU-H, auxquelles renvoie l'article 5.1 de ce règlement pour la zone URm1 : " () / b. Caractéristiques des accès / Une opération comporte un nombre d'accès sur les voies publiques limité au strict nécessaire. / Les accès : / - sont conçus en tenant compte de la topographie et de la configuration des lieux dans lesquels s'insère l'opération, en cherchant d'une part à réduire leur impact sur la fluidité de la circulation des voies de desserte, d'autre part la mutualisation des accès ; / - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet ; / - prennent en compte la nature des voies sur lesquelles ils sont susceptibles d'être aménagés afin de préserver la sécurité des personnes (visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic) ; / - permettent d'assurer la sécurité des usagers des voies de desserte et de ceux utilisant ces accès. / Cette sécurité est appréciée compte tenu : / - de la position des accès et de leur configuration ; / - de la nature des voies de desserte, du type de trafic et de son intensité. () ".

17. Le projet prévoit un seul accès dédié aux véhicules au débouché de la rue Denis Papin, voie rectiligne à double sens de circulation présentant une largeur de plus de 11 mètres dont une bande, côté impair de la rue, est réservée au stationnement automobile. Aucune des pièces du dossier ne permet d'établir que cet accès ne présenterait pas des garanties de sécurité suffisantes ou que le flux de circulation généré par le projet créerait une gêne excessive au regard de la fréquentation de cette voie, qui relie deux axes majeurs de la commune. Ainsi, le maire de Villeurbanne n'a pas méconnu les dispositions précitées du chapitre 5 en estimant que cet accès présente des caractéristiques répondant à l'importance de l'opération et permet de garantir la sécurité des personnes.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2.1.1 du règlement de la zone URm1 du PLU-H : " Règle générale / a. Les constructions peuvent être implantées : / - soit en limite de référence* ou en limite de la marge de recul* ; / - soit en recul* de la limite de référence* ou de la limite de la marge de recul*. / En cas de recul*, ce dernier est au maximum égal à 5 mètres (Rl = 5 m). () ". Aux termes de l'article 4.2.2.2 de ce règlement : " Dans la bande constructible principale ou en premier rang*, il est exigé au minimum 15 % de vide, calculés par rapport à la façade constructible, qui sont : / - localisés sur la façade le long de la limite de référence* ; () / Cette obligation de vide peut être satisfaite soit par des césures*, soit par des fractionnements*, soit par une modulation de hauteur à la baisse. Elle peut également être satisfaite en tout ou partie par l'augmentation des retraits*. ". Son article 4.2.2.5 précise que " () / Le fractionnement* sous forme de recul partiel respecte : / - une hauteur égale à celle de la construction ; / - une profondeur minimale de 5 mètres, calculée par rapport à la façade la plus longue de la construction ; - une largeur au moins égale à 4 mètres. () / en présence d'un élément végétal de qualité, l'implantation de la césure ou du fractionnement contribue à sa valorisation. "

19. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'implantation en limite de référence d'une construction ne fait pas obstacle à ce que des zones de respiration, qui peuvent prendre l'aspect de fractionnements sous forme de reculs partiels, soient localisées sur la façade située le long de la limite de référence.

20. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive jointe au dossier de demande de permis de construire, que la société pétitionnaire a entendu implanter la construction projetée en limite de référence tout en prévoyant, au niveau du hall d'entrée, un fractionnement sous forme de recul partiel de 5,30 mètres, sur une largeur de 5,10 mètres et une hauteur égale à celle de la construction, conformément à ce qu'imposent les dispositions précitées de l'article 4.2.2.5. En revanche, le projet présente également, sur sa partie sud, un retrait d'1,40 mètre de la limite de référence sur près de 9 mètres, qui ne peut être regardé comme un fractionnement à défaut d'en remplir aucune des conditions. Il n'apparaît pas que ce recul entrerait dans le champ des règles alternatives au principe fixé par l'article 2.1.1 du règlement de la zone. Dans cette seule mesure, les requérants sont fondés à soutenir que la construction ne respecte pas les dispositions de cet article.

21. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2.2.1.1 de ce même règlement : " a. Implantation par rapport aux limites séparatives latérales / Les constructions sont implantées : / - en retrait* d'une limite séparative latérale* au moins, pour les terrains* ayant une façade inférieure ou égale à 18 mètres en limite de référence* ; / - en retrait* des deux limites séparatives latérales*, pour les terrains* ayant une façade supérieure à 18 mètres en limite de référence*. / Le retrait* est au moins égal au tiers de la hauteur de façade* de la construction (R = Hf/3), avec un minimum de 4 mètres, sans toutefois qu'il puisse être exigé un retrait* supérieur à 12 mètres. ". En vertu de l'article 2.2.2 des dispositions communes du règlement du plan : " Modalités de calcul et champ d'application du retrait / Le retrait est la distance, mesurée horizontalement entre tous les points de la façade de la construction et ceux correspondant à la projection verticale d'une limite séparative, qui sont situés à la même altimétrie. / Lorsque la valeur du retrait est exprimée proportionnellement à la hauteur de la construction, il y a lieu de prendre en considération la hauteur de façade (Hf) ".

22. La construction présente, au niveau de la limite latérale avec la parcelle cadastrée AW 221, un décroché de façade. La façade du bâtiment sur quatre niveaux, dont la hauteur est de 11,48 mètres, est implantée avec un retrait d'au moins 4,70 mètres de cette limite, alors que celle en décroché, hors volume enveloppe de toiture et de couronnement (VETC), qui atteint 14,35 mètres de haut, en est séparée de 7,01 mètres. Par suite, alors qu'en vertu des règles du PLU-H rappelées ci-dessus, les façades de la construction par rapport à cette limite séparative doivent respecter une distance de 4 mètres pour la première et de 4,78 mètres pour la seconde, le moyen tiré du non-respect des règles d'implantation du projet par rapport aux limites séparatives latérales ne peut qu'être écarté.

23. En sixième lieu, en application de l'article 2.5.4.4 des dispositions communes du règlement du plan et de l'article 2.5.1.2 des règles propres à la zone URm1, un VETC " haut ", dont la hauteur maximale est limitée à 5 mètres, doit être implanté avec un recul d'au moins 2,50 mètres par rapport au nu général de la façade de la construction faisant face à la limite de référence et son emprise ne peut excéder 60 % de celle de l'avant-dernier niveau situé avant le point haut de la mesure de la hauteur de façade de la construction ou de la partie de construction. Le respect de cette règle s'apprécie par rapport à l'intégralité du projet faisant l'objet d'une demande d'autorisation d'urbanisme, y compris lorsque ce projet comporte plusieurs constructions. Le point 2.5.4.4 des dispositions communes précise toutefois que : " Lorsqu'est réalisé, en lieu et place du dernier niveau courant hors VETC, un niveau partiel dont l'emprise est inférieure à celle de l'avant dernier niveau de la construction, l'emprise cumulée du VETC et du dernier niveau de la construction ne peut excéder la valeur correspondant à l'emprise de l'avant dernier niveau augmentée de celle de l'attique, soit 160%. Cette emprise est répartie librement entre le dernier niveau et le niveau du VETC. "

24. Alors que la hauteur maximale des constructions autorisées sur le terrain d'assiette est fixée à 16 mètres selon le règlement graphique du PLU-H, le niveau présentant un recul partiel au-dessus du quatrième niveau, d'une hauteur de 11,48 mètres, constitue un niveau partiel, au sens des dispositions de l'article 2.5.4.4 précité. Il ressort du tableau des surfaces joint à la demande de permis de construire, dont les données ne sont pas contestées, que l'emprise de l'avant-dernier niveau courant est de 493 m², de sorte que l'emprise cumulée du VETC et du niveau partiel de la construction, de 747 m², reste en-deçà du seuil de 160 % requis par ces dispositions. En revanche, tant le plan de masse que le plan de coupe produits démontrent que le VETC ne présente pas un retrait au moins égal à 2,50 mètres du nu général de la façade de la construction faisant face à la rue Denis Papin. Dès lors, ainsi que le font valoir les requérants, le vice tiré de la méconnaissance de la règle de retrait du VETC est sur ce dernier point constitué.

25. En dernier lieu, l'article 4.1 du règlement de la zone URm1 du PLU-H dispose que : " Insertion du projet - Cette zone, à caractère mixte, constitue une liaison entre les quartiers centraux et les quartiers périphériques. De volumétrie variée selon les secteurs, le bâti s'organise, majoritairement en ordre discontinu, de façon dense en front de rue ou avec de faibles reculs. / Les objectifs poursuivis sont, tant pour les constructions nouvelles que les travaux sur constructions existantes* : / - d'accompagner un fort renouvellement urbain dans une diversité de formes et de gabarits afin de concilier densité et enjeux environnementaux ; / -de préserver la continuité visuelle d'un front urbain structuré par des implantations bâties discontinues, à l'alignement ou en faible retrait ; / - de créer des transparences vers les cœurs d'ilot végétalisés ; / - de permettre l'expression d'une architecture contemporaine et la créativité architecturale. ". Aux termes de son article 4.1.1, " Conception du projet dans son environnement urbain et paysager / a. La conception du projet privilégie son insertion dans la morphologie urbaine de la zone considérée en prenant en compte son environnement urbain et paysager sauf contexte urbain particulier. () ". En application de son article 4.1.2 : " () / b. La conception des constructions à destination d'habitation privilégie la création de logements bénéficiant d'une double orientation. () ". Son article 4.2.1 prévoit que : " Volumétrie, rythme du bâti / a. Les volumétries ainsi que l'ordonnancement des constructions sont guidés par la composition urbaine et paysagère du projet. / b. En limite de zone, une attention particulière est portée sur la volumétrie des constructions pour assurer une transition adaptée. ".

26. Ces dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, également invoquées par les requérants, et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport à ces dispositions du règlement du PLU-H que doit être appréciée la légalité de l'arrêté accordant le permis de construire litigieux.

27. Il ressort des pièces du dossier que l'îlot, où est situé le terrain d'assiette, comprend, à l'ouest, des immeubles collectifs de quatre à sept niveaux, bâtis en front de rue, une école en cours de construction et, pour le surplus, tout comme d'ailleurs de part et d'autre de la rue Denis Papin, des maisons d'habitation et des ateliers et entrepôts, qui présentent des formes et des caractéristiques architecturales variées. Le projet consiste en la réalisation d'un immeuble de cinq niveaux avec un attique, doté de toitures terrasses. Pour répondre à l'objectif défini à l'article 4.1 d'assurer une transparence visuelle sur les cœurs d'îlot, il préserve, de part et d'autre de la construction, de larges bandes végétalisées et prévoit la réalisation d'un hall d'entrée vitré, lesquels assurent une visibilité, même limitée, sur le cœur d'îlot depuis la rue. Une attention particulière a été portée au traitement paysager des parties non construites du terrain d'assiette du projet. Alors que l'architecture contemporaine est permise, sa hauteur et son volume permettent d'assurer une transition entre les immeubles collectifs de l'îlot et les maisons individuelles localisées en zone URi1, à dominante résidentielle et d'habitat individuel, de l'autre côté de la voie publique. Ses toits terrasses et sa colorimétrie ne créent aucune rupture, notamment au regard des nombreux bâtiments d'activités de l'îlot ainsi que de l'entrepôt en tôle acier se trouvant dans la même rue. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions précitées de l'article 4.1.2 n'imposent pas une double orientation des logements, la pétitionnaire faisant valoir au demeurant que la majorité des logements projetés en bénéficient. Enfin, en se bornant à soutenir que les règles fixées par l'article 4.2.4 de ce règlement n'ont pas été prises en compte, sans développer aucune argumentation précise, les requérants n'assortissent pas cette branche du moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par conséquent, la délivrance du permis de construire litigieux ne méconnaît pas les dispositions du plan citées au point 25.

Sur les conséquences des vices relevés :

28. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. ()".

29. Les vices relevés aux points 20 et 24 de ce jugement, qui concernent des parties précises du projet, peuvent, eu égard à leur nature, à leur portée et à la configuration des lieux, être régularisés par la délivrance d'un permis modificatif. Il convient, en l'espèce, de fixer à trois mois le délai dans lequel la J pourra demander un tel permis.

30. Il résulte de tout ce qui précède que M. E et autres sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Villeurbanne du 9 juillet 2021, en tant qu'il méconnaît les dispositions de l'article 2.5.4.4 des dispositions communes du règlement du PLU-H, relatives au retrait du VETC, et de l'article 2.1.1 du règlement de la zone URm1 de ce plan, relatives à l'implantation des constructions par rapport à la limite de référence. La décision du 17 septembre 2021 doit être annulée par voie de conséquence, en tant qu'elle rejette sur ces points le recours gracieux formé par les requérants.

Sur les frais de l'instance :

31. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge des parties les frais non compris dans les dépens qu'elles ont exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du maire de Villeurbanne du 9 juillet 2021 et sa décision du 17 septembre 2021 rejetant le recours gracieux présenté par M. E et autres sont annulés dans les conditions prévues au point 30.

Article 2 : Il appartiendra à la J de demander au maire de Villeurbanne, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un permis de construire de régularisation purgeant les vices relevés précédemment.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, en sa qualité de représentant unique des requérants, à la commune de Villeurbanne et à la J.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

K. I

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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