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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109465

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109465

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBENABDESSADOK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 novembre 2021, 6 janvier 2023 et 18 septembre 2023, M. C B et Mme F A, représentés par Me Benabdessadok, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Saint-Laurent-de-Mure a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de la SCI Abeille, ainsi que la décision expresse du 20 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat et à la commune de Saint-Laurent-de-Mure de dresser un procès-verbal d'infractions aux règles d'urbanisme à l'encontre de la SCI Abeille ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de Saint-Laurent-de-Mure une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les démolitions effectuées n'ont été autorisées ni par l'arrêté du 30 janvier 2020, ni par l'arrêté du 4 mars 2021 ;

- l'infraction a été commise intentionnellement ;

- l'autorité administrative ne pouvait ignorer que l'intégralité de la construction avait été détruite ;

- les travaux réalisés méconnaissent les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'inventaire du patrimoine remarquable de la commune dès lors que ces dispositions prévoient que les bâtiments anciens doivent être conservés, qu'il n'existe aucune exception pour les bâtiments vétustes et que la construction démolie ne présentait pas de péril imminent, ni de risques sanitaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par des mémoires en observations, enregistrés les 12 décembre 2022 et 30 janvier 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Saint-Laurent-de-Mure, représentée par la SELARL Petit et associés, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête a été communiquée à la SCI Abeille et à M. D qui n'ont pas présenté d'observations.

Par ordonnance du 13 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Benabdessadok, représentant M. B et Mme A, requérants,

- et les observations de Me Teyssier, représentant la commune de Saint-Laurent-de-Mure.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Abeille a déposé, le 30 octobre 2019, une demande de permis de construire en vue de la rénovation d'une maison individuelle nécessitant des démolitions et le réhaussement de la toiture sur la parcelle cadastrée section BH n° 414, située 3 impasse du Vieux Château à Saint-Laurent-de-Mure. Le permis de construire ainsi sollicité a été délivré le 30 janvier 2020. Un permis de construire modificatif a ensuite été délivré le 4 mars 2021 à la SCI Abeille, en vue de la démolition d'une partie des façades est et ouest existantes et de la reconstruction à l'identique avec ajout d'une ouverture. M. B et Mme A, propriétaires de la parcelle voisine, ont demandé au maire de Saint-Laurent-de-Mure, par un courrier du 23 juillet 2021, de dresser un procès-verbal de constat d'infraction au code de l'urbanisme à l'encontre de la SCI Abeille, au motif que l'ensemble de la construction a été démoli. Les permis de construire en cause ont ensuite été transférés à M. D le 16 novembre 2021. M. B et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision implicite, née le 26 septembre 2021, par laquelle le maire de Saint-Laurent-de-Mure a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de la SCI Abeille, ainsi que la décision expresse du 20 octobre 2021 refusant de dresser un procès-verbal d'infraction.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision expresse de rejet d'une demande intervient postérieurement à la naissance d'une décision implicite de rejet de cette même demande, la décision expresse se substitue à cette décision implicite et les conclusions tendant à l'annulation de cette dernière décision doivent être regardées comme tendant à l'annulation de la décision expresse. Par suite, les requérants doivent être regardés comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 20 octobre 2021 par laquelle le maire de Saint-Laurent-de-Mure a rejeté leur demande tendant à ce qu'il dresse un constat d'infraction, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet de leur demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () / Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. () ". En application de l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. () ". L'article L. 610-1 de ce code prévoit que : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4 du même code, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées.

5. Par ailleurs, l'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus de l'autorité compétente de dresser un tel procès-verbal réside dans l'obligation pour cette autorité d'y procéder, que le juge peut prescrire, même d'office, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il en résulte que, lorsqu'il est saisi de conclusions à fin d'annulation d'un tel refus, le juge de l'excès de pouvoir doit apprécier sa légalité au regard des règles applicables et des circonstances prévalant à la date de son jugement.

6. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire initial délivré le 30 janvier 2020 n'autorisait que la démolition d'un auvent et le réhaussement de la toiture de la construction située sur la parcelle cadastrée section BH n° 414. Il ressort également de ces pièces que le permis de construire modificatif délivré le 4 mars 2021 a autorisé la démolition de certaines parties des façades, trop vétustes pour être conservées. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la démolition de l'intégralité de la construction ait été autorisée. Or, il ressort du rapport d'expertise judiciaire du 4 juillet 2023 que la démolition quasiment totale des ouvrages existants sur la parcelle cadastrée section BH n° 414 a été réalisée. Ce rapport fait ainsi clairement apparaître l'absence de toute construction sur la parcelle, à l'exception de la façade nord-ouest sur rue qui est conservée en rez-de-chaussée et premier étage. Il ressort également de ce rapport que M. D, " d'après ses dires lors de la première réunion d'expertise sur site, réalise des travaux de démolition complète des ouvrages existants sur son fonds ". L'expert a ainsi qualifié de " dent creuse, c'est-à-dire de zone vide, sans construction ", la parcelle litigieuse. Dans ces conditions, l'état actuel du terrain ne correspond pas aux travaux autorisés par les permis de construire accordés. Dès lors, c'est à tort que le maire de Saint-Laurent-de-Mure a refusé de faire usage du pouvoir qu'il tient des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme citées au point 3. M. B et Mme A sont par suite fondés à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2021 rejetant leur demande tendant à ce que soit dressé un procès-verbal d'infraction.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de Saint-Laurent-de-Mure de dresser procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. D, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, dans les conditions prévues à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme globale de 1 400 euros à verser à M. B et Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, la commune de Saint-Laurent-de-Mure, agissant au nom de l'Etat, n'a pas la qualité de partie à l'instance et, par suite, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à sa charge le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Saint-Laurent-de-Mure du 20 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Laurent-de-Mure de dresser, au nom de l'État, un procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B et Mme A la somme globale de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme F A, à la préfète du Rhône, à la commune de Saint-Laurent-de-Mure, à M. D et à la SCI Abeille.

Copie en sera adressée au procureur de la République du tribunal judiciaire de Lyon.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

La rapporteure,

F.-M. ELe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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