jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2109472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LELONG & POLLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 novembre 2021, M. D E, représenté par Me Pollard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2021 par lequel le préfet de l'Ardèche a prononcé la saisie définitive de ses armes, munitions et leurs éléments au titre de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure, ensemble la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le préfet de l'Ardèche a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de supprimer la mention du requérant dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
- le préfet de l'Ardèche devra justifier de la délégation de signature accordée à l'auteur de l'arrêté ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- les décisions contestées méconnaissent les dispositions des articles L. 312-7 et L. 312-9 du code de la sécurité intérieure ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2022, le préfet de l'Ardèche, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. B ;
-les conclusions de M. Arnould, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 11 mars 2020, le préfet de l'Ardèche a ordonné, en application des dispositions de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, la remise à l'autorité administrative d'armes et munitions détenus par M. E. Par un arrêté du 3 juin suivant, le préfet de l'Ardèche a ordonné le dessaisissement définitif des armes et munitions détenus par l'intéressé, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions de toutes catégories et l'a informé de son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA). Le 15 juillet 2021, le requérant a formé un recours gracieux contre cet arrêté qui sera rejeté par une décision du 21 octobre 2021. M. E demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Ardèche du 3 juin 2021, ensemble celle de la décision rejetant son recours gracieux.
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ardèche du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de l'Ardèche a donné à M. C A, directeur des services du cabinet, délégation à l'effet de signer " les arrêtés, décisions, avis, correspondances, actes et documents administratifs pris pour la gestion des armes, des gardes particuliers et de la vidéo protection sur l'ensemble du département ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du code de la sécurité intérieure sur le fondement desquelles il a été édicté, en particulier ses articles L. 312-9, L. 312-10, R. 312-69 et R. 312-73, et mentionne les armes visées par la mesure de saisie définitive. Cet arrêté rappelle d'une part, que M. E a fait l'objet, le 11 mars 2020, d'un arrêté ordonnant la remise à l'autorité administrative de toutes ses armes, munitions et leurs éléments et précise, d'autre part, la teneur du rapport rédigé par la gendarmerie, notamment le comportement violent de M. E et son addiction à l'alcool, soulignant que ces éléments révélaient que l'intéressé n'était pas en capacité de détenir des armes sans danger pour lui-même et autrui. En conséquence, le préfet a dès lors estimé qu'il y avait lieu d'ordonner la saisine définitive des armes et des munitions de l'intéressé, de lui interdire d'acquérir ou de détenir des armes, des munitions et leurs éléments quelle que soit leur catégorie et d'inscrire M. E au FINIADA. L'arrêté en litige comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et qui ont permis au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Ardèche n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E avant d'édicter à son encontre les décisions en litige ni que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée et tenu par les conclusions du rapport de gendarmerie émettant un avis défavorable. En effet, le préfet s'est prononcé après avoir examiné la situation précise de M. E et a notamment pris en compte les éléments récents dont l'intéressé s'était prévalu dans son courriel daté du 9 février 2021. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit pourra être écarté en toutes ses branches.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes de l'article L. 312-9 du même code : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. / Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments, soit leur saisie définitive. / Les armes, munitions et leurs éléments définitivement saisis en application du précédent alinéa sont vendus aux enchères publiques. Le produit net de la vente bénéficie aux intéressés. " En outre, selon l'article L. 312-10 du code de la sécurité intérieure : " Il est interdit aux personnes dont l'arme, les munitions et leurs éléments ont été saisis en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie. / Cette interdiction cesse de produire effet si le représentant de l'Etat dans le département décide la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments dans le délai mentionné au premier alinéa de l'article L. 312-9. Après la saisie définitive, elle peut être levée par le représentant de l'Etat dans le département en considération du comportement du demandeur ou de son état de santé depuis la décision de saisie. " Enfin, aux termes de l'article R. 312-69 de ce code : " Avant de prendre la décision prévue au deuxième alinéa de l'article L. 312-9, le préfet invite la personne qui détenait l'arme et les munitions à présenter ses observations, notamment quant à son souhait de les détenir à nouveau et quant aux éléments propres à établir que son comportement ou son état de santé ne présente plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui, au vu d'un certificat médical délivré par un médecin spécialiste mentionné à l'article R. 312-6 ".
7. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'exercer un entier contrôle sur les décisions prises par l'autorité préfectorale en application des dispositions des articles L. 312-7 et suivants du code de la sécurité intérieure.
8. Il ressort des pièces du dossier, et particulièrement des rapports administratifs de gendarmerie respectivement dressés le 6 mars 2020 et les 30 avril et 27 septembre 2021, que M. E n'a pas bénéficié d'un suivi médical malgré une tentative de suicide avec arme, signalée le 5 mars 2020, et en dépit d'une demande d'admission en soins psychiatriques effectuée par sa concubine, le même jour. En outre, il n'est pas contesté que le requérant a adopté un comportement violent révélé par une main courante déposée à son encontre le 27 novembre 2020 après qu'il ait, lors d'un croisement, dirigé son véhicule sur le conducteur d'en face, l'évitant au dernier moment. Ainsi, le jour de sa tentative de suicide, M. E a fait l'objet d'une procédure pour acquisition et détention d'arme de catégorie C. Enfin, les rapports précités mentionnent également une addiction à l'alcool du requérant. Si ce dernier ne conteste pas les faits retenus à son encontre, il souligne cependant que ceux-ci sont anciens et isolés. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. E s'est abstenu de tout suivi médical sérieux et a maintenu, postérieurement à sa tentative de suicide, son comportement violent et son addiction à l'alcool, la seule ancienneté, au demeurant relative, des faits commis par le requérant ne saurait à elle seule démontrer son absence de dangerosité. Enfin, le certificat établi le 15 avril 2021 par un médecin psychiatre, au demeurant peu circonstancié, mentionnant que son état de santé " n'est plus incompatible avec la détention et l'usage d'armes et de munitions ", ne saurait suffire, à lui seul, à infirmer l'appréciation portée par le préfet de l'Ardèche quant au danger que M. E présente pour lui-même ou pour autrui à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'a pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 312-7 et L. 312-9 du code de la sécurité intérieure et n'a pas davantage commis d'erreur dans l'appréciation des risques que le comportement de l'intéressé présente pour lui-même ou pour autrui, en décidant la saisie définitive des armes détenues par M. E, cette décision entrainant, par application des dispositions de l'article L. 312-10 du code de la sécurité intérieure, son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA).
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2021 par lequel le préfet de l'Ardèche a prononcé la saisie définitive de ses armes et munitions, lui a interdit de détenir ou d'acquérir des armes et l'a inscrit au FINIADA, et de la décision du 21 octobre 2021 rejetant son recours gracieux, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026