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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109473

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109473

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2021 sous le n° 2109473, Mme B E, épouse G, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en l'informant qu'elle faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), et l'a assignée à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la même date et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète de l'Ain ne démontre pas avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " à titre dérogatoire, en faisant valoir l'activité de sa société Hayk Autos et que la préfète de l'Ain s'est bornée à lui opposer l'absence de détention d'un visa de long séjour et le caractère économiquement non viable de son activité salariée, sans se prononcer sur l'opportunité de l'admettre au séjour à titre dérogatoire en qualité d'entrepreneuse ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 novembre 2021 et 13 avril 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Par un jugement du 6 décembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a admis Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 25 novembre 2021 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui lui sont liées, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 décembre 2021.

II. Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2021 sous le n° 2109589, M. A G, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de procéder à l'effacement de son signalement à fin de non-admission dans le SIS à compter de cette même date ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " à titre dérogatoire, en faisant valoir l'activité de sa société Hayk Autos et que la préfète de l'Ain s'est bornée à lui opposer l'absence de détention d'un visa de long séjour et le caractère économiquement non viable de son activité salariée, sans se prononcer sur l'opportunité de l'admettre au séjour à titre dérogatoire en qualité d'entrepreneur ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 décembre 2021 et 13 avril 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Par un jugement du 9 décembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a admis M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 25 novembre 2021 par laquelle la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui lui sont liées, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Vu :

- les jugements n° 2109473 du 6 décembre 2021 et n° 2109589 du 9 décembre 2021 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme G, ressortissants arméniens nés respectivement les 24 novembre 1983 et 27 mars 1986, déclarent être entrés sur le territoire français le 18 septembre 2017, accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Après avoir déposé des demandes de protection internationale le 3 novembre 2017, les intéressés ont fait l'objet d'arrêtés de transfert aux autorités italiennes qui ont été annulés par le tribunal. Toutefois, leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 29 mars 2019, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 26 juin 2019. Par deux décisions du 26 avril 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal en date du 16 septembre 2019, le préfet de l'Ain les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être éloignés d'office. M. et Mme G se sont toutefois maintenus sur le territoire national, en dépit de nouvelles mesures d'éloignement prononcées à leur encontre le 21 novembre 2020, et ont sollicité le 11 janvier 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables. Par deux décisions du 12 mai 2021, la préfète de l'Ain a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être éloignés d'office, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en les informant qu'ils faisaient l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), et les a assignés à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 20 mai 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de leurs requêtes tendant à l'annulation des décisions du 12 mai 2021 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de les admettre au séjour, a annulé l'ensemble des autres décisions contenues dans les décisions précitées du 12 mai 2021 et a enjoint à la préfète de l'Ain de procéder au réexamen de leur situation dans un délai de deux mois. Par un jugement du 28 septembre 2021, le tribunal a confirmé la légalité des décisions précitées du 12 mai 2021 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé d'admettre M. et Mme G au séjour. Enfin, par deux nouvelles décisions du 25 novembre 2021, dont les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de les admettre au séjour, les obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en les informant qu'ils faisaient l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le SIS, et les a assignés à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Les requêtes susvisées présentées par M. et Mme G, membres d'une même famille, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue des litiges :

3. Par les jugements des 6 et 9 décembre 2021 visés ci-dessus, les magistrates désignées par la présidente du tribunal ont admis M. et Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et ont statué sur les conclusions de leurs requêtes dirigées contre les décisions, contenues dans les arrêtés contestés du 25 novembre 2021, par lesquelles la préfète de l'Ain les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en les informant qu'ils faisaient l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le SIS, et les a assignés à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours. Restent dès lors seules à juger les conclusions des requérants tendant à l'annulation des décisions du même jour par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de les admettre au séjour et les conclusions accessoires qui leur sont liées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens propres à la requête n° 2109473 :

4. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Ain du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de l'Ain a donné délégation de signature à Mme F D, attachée d'administration de l'État, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, à l'effet de signer, notamment, tout acte individuel en matière d'accueil des étrangers en France, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En second lieu, contrairement à ce qu'elle soutient, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme G aurait saisi les services de la préfecture de l'Ain d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de son époux sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, et il ne ressort pas davantage des termes de la décision contestée que la préfète de l'Ain se serait prononcée sur une telle demande. En outre, l'autorité préfectorale justifie avoir saisi le collège de médecins de l'OFII qui a rendu, le 7 septembre 2021, un avis relatif à l'état de santé de M. G. Le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne les moyens communs aux requêtes nos2109473 et 2109589 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ".

7. Si M. et Mme G soutiennent qu'ils ont sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, ils n'en justifient pas, le jugement rendu par le tribunal le 28 septembre 2021 ne faisant état que du dépôt par les intéressés, le 11 janvier 2021, d'une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, que la préfète de l'Ain avait rejetée par un arrêté du 12 mai 2021. En revanche, il ressort des termes des décisions contestées que, le 25 novembre 2021, la préfète de l'Ain a examiné si les requérants pouvaient prétendre à la délivrance d'une telle carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration faisant valoir en défense que compte tenu des critiques adressées par les intéressés dans le cadre de l'instance contentieuse ayant donné lieu au jugement du tribunal du 20 mai 2021, les intéressés devaient être regardés comme ayant sollicité la délivrance de tels titres. Enfin, il ressort des termes des décisions attaquées que pour refuser de délivrer aux requérants ce titre de séjour, l'autorité préfectorale s'est fondée sur les circonstances tirées, d'une part, de ce qu'ils ne justifiaient pas être en possession d'un visa de long séjour, et, d'autre part, de ce qu'ils n'avaient pas démontré le caractère économiquement viable de leur activité ni justifié en tirer des moyens d'existence suffisants dans le respect de la législation en vigueur. Ainsi, dès lors que contrairement à ce que soutiennent également M. et Mme G, la préfète de l'Ain n'était pas tenue d'examiner d'office s'ils pouvaient prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " à titre dérogatoire, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est infondé et doit, par suite, être écarté.

8. En troisième lieu, d'une part selon les termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

9. Il résulte des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

10. D'autre part, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

11. En l'espèce, pour refuser de délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. G, la préfète de l'Ain s'est appropriée le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 7 septembre 2021, estimant que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Pour contester cette analyse, les requérants font état de ce que M. G souffre d'une pathologie digestive chronique grave, de ce que son état de santé s'est " considérablement dégradé ces dernières semaines ", et de ce qu'il ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour en Arménie. Toutefois, s'il ressort des différentes pièces médicales produites par les intéressés que M. G est atteint d'une cirrhose hépatique compliquée d'hématémèse et d'anémie nécessitant une prise en charge au long cours pour une durée indéterminée, et si M. et Mme G versent également au dossier le certificat d'un médecin généraliste daté du 26 novembre 2021, aux termes desquels M. G présente un " état général très altéré ", " est très fatigué et nécessite une surveillance et un traitement qui ne sont pas possibles dans son pays d'origine ", ce certificat, rédigé dans des termes généraux et peu circonstanciés ne saurait suffire à infirmer l'analyse du collège de médecin de l'OFII. Au demeurant, l'administration fait valoir en défense, sans être contredite et en produisant une liste des médicaments commercialisés en Arménie, à jour du 31 juillet 2020, que les médicaments prescrits à M. G pour sa pathologie, ou leurs principes actifs, sont disponibles dans son pays d'origine. Par ailleurs, si les requérants font état de ce que la présence de Mme G aux côtés de son époux est indispensable compte tenu de la dégradation de l'état de santé de ce dernier, les décisions contestées n'ont ni pour objet, ni pour effet, de séparer les intéressés. Ainsi, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit, ni davantage commis une " erreur manifeste d'appréciation ", en refusant de délivrer à M. G un titre de séjour au regard de son état de santé. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'autre argumentation, l'autorité préfectorale n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme G en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés. Enfin, et en l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme G doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, épouse G, à M. A G et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le rapporteur,

C. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°s 2109473 - 2109589

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