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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109527

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109527

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSADURNI RAFFAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 novembre 2021, 28 février, 25 mai, 21 juillet, 19 septembre et 24 octobre 2022, la société civile immobilière DVCC Le Chambon demande au tribunal d'annuler l'arrêté du président de la métropole Saint-Etienne Métropole du 1er octobre 2021 constatant la limite de la voie publique au droit des parcelles cadastrées section AV n°s 103 et 223 situées sur le territoire de la commune du Chambon-Feugerolles.

Elle soutient que :

- la bande de terrain de 3,7 mètres de large située le long de la limite nord de la parcelle cadastrée section AV n°103, du passage commun et de la façade de l'immeuble implanté sur la parcelle cadastrée section AV n° 223 n'est pas une propriété publique ;

- contrairement à ce que soutient la métropole Saint-Etienne Métropole, cette bande de terrain n'est pas devenue propriété de la commune du Chambon-Feugerolles par application des dispositions de l'article 2272 du code civil, dès lors qu'elle n'est empruntée par les piétons que depuis 2002 et que si elle est goudronnée et supporte un poste GrDF et une borne à incendie, elle est entretenue par le propriétaire de la parcelle cadastrée section AV n° 223 et affectée au stationnement des locataires et à l'entreposage des poubelles ;

- la limite de la voie publique au droit des parcelles cadastrées section AV n°s 103 et 223 telle que constatée par l'arrêté attaqué est en décrochage par rapport aux autres propriétés riveraines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, M. C D, représenté par Me Sadurni Raffat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 800 euros soit mise à la charge de la société civile immobilière DVCC Le Chambon.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, Mme B D née A, représentée par Me Sadurni Raffat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 800 euros soit mise à la charge de la société civile immobilière DVCC Le Chambon.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juin 2022 et 10 octobre 2022, la métropole Saint-Etienne Métropole, représentée par Me Mouseghian, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au sursis à statuer jusqu'à ce que le juge judiciaire, saisi à titre préjudiciel, se prononce sur la propriété de la portion de trottoir située au droit des parcelles cadastrées section AV n°s 103 et 223 et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société civile immobilière DVCC Le Chambon.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;

- si la détermination de la propriété de la portion de trottoir située au droit des parcelles cadastrées section AV n°s 103 et 223 pose une difficulté sérieuse, il appartiendra au tribunal de saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle.

Par ordonnance du 27 octobre 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 28 octobre 2022, a été reportée au 14 novembre 2022.

En réponse à la demande formulée par le tribunal sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la SCI DVCC Le Chambon a produit, les 22 et 29 septembre 2023, des pièces pour compléter l'instruction, qui ont été communiquées à la métropole Saint-Etienne Métropole et à M. et Mme D.

Par une lettre du 18 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la SCI DVCC Le Chambon ne justifie pas d'un intérêt à demander l'annulation de l'arrêté du président de la métropole Saint-Etienne Métropole en tant qu'il constate la limite de la voie publique au droit de la parcelle cadastrée section AV n° 103 appartenant à M. et Mme D.

Par un mémoire, enregistré le 19 octobre 2023, la SCI DVCC Le Chambon a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office.

Par un mémoire, enregistré le 20 octobre 2023, la métropole Saint-Etienne Métropole, représentée par Me Mouseghian, a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office.

La SCI DVCC Le Chambon a répliqué à ces observations par un mémoire enregistré le 20 octobre 2023, non communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- les observations de M. E, pour la SCI DVCC Le Chambon, et de Me Guérin, représentant la métropole Saint-Etienne Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) DVCC Le Chambon est propriétaire, depuis le 31 août 2020, de la parcelle cadastrée section AV n° 223, située 93 rue de la République sur le territoire de la commune du Chambon-Feugerolles (42500). Cette parcelle est voisine de la propriété de M. C D et de son épouse, Mme B D née A, cadastrée section AV n° 103, et située au n° 95 de la même rue. Un litige s'est noué en 2018 entre l'ancien propriétaire de la parcelle cadastrée section AV n° 223, la SCI Cavasou, et M. et Mme D concernant notamment la charge de l'entretien du chemin permettant aux époux D d'accéder à leur propriété depuis la rue ainsi que le stockage des poubelles des locataires de la SCI Cavasou. Par un jugement du 6 avril 2021, le tribunal judiciaire de Saint-Etienne, saisi par la SCI Cavasou, a ordonné avant-dire droit une expertise judiciaire aux fins, notamment, de fixer la limite des propriétés de chacune des parties, les droits de passage existants ainsi que leur assiette. Les propriétés en litige étant situées en bordure de la rue de la République, l'expert a invité les parties à se rapprocher de la métropole Saint-Etienne Métropole en vue d'obtenir un arrêté d'alignement. C'est ainsi que le président de la métropole Saint-Etienne Métropole a pris, le 1er octobre 2021, un arrêté constatant la limite de la voie publique au droit des parcelles cadastrées section AV n°s 103 et 223 situées sur le territoire de la commune du Chambon-Feugerolles. Par le présent recours, la SCI DVCC Le Chambon demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. / () L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine. ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière que l'alignement individuel est un acte purement déclaratif qui, en l'absence d'un plan d'alignement, constate les limites réelles de la voie publique sans préjudice de la propriété du sol. Dès lors, la SCI DVCC Le Chambon ne peut utilement soutenir que la portion de trottoir située le long de la limite nord de la parcelle cadastrée section AV n°103, du passage commun et de la façade de l'immeuble implanté sur la parcelle cadastrée section AV n° 223, que l'arrêté attaqué intègre à la voie publique, seraient en réalité sa propriété.

4. En second lieu, si la SCI DVCC Le Chambon soutient que la limite de la voie publique au droit des parcelles cadastrées section AV n°s 103 et 223 telle que constatée par l'arrêté attaqué est en décrochage par rapport aux autres propriétés riveraines, cette circonstance n'est, par elle-même, pas de nature à entacher cet arrêté d'illégalité.

5. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI DVCC Le Chambon doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité en tant qu'elles portent sur le constat, par l'arrêté attaqué, de la limite de la voie publique au droit de la parcelle cadastrée section AV n° 103 appartenant à M. et Mme D.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la métropole Saint-Etienne Métropole et par M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la SCI DVCC Le Chambon est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole Saint-Etienne Métropole sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. et Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière DVCC Le Chambon, à la métropole Saint-Etienne Métropole et à M. C D et Mme B D née A.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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