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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109660

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109660

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOUSSETTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (Sasu) Sam, représentée par Me Boussetta, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire instituée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un montant global de 79 920 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme globale de 79 920 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'elle n'a jamais eu l'intention de se soustraire à son obligation déclarative ;

- elle est entachée d'une première erreur de fait car l'un des salariés incriminés avait fourni une carte d'identité italienne, de sorte que ce dernier était autorisé à séjourner et à travailler sur le territoire national ;

- elle est entachée d'une seconde erreur de fait, l'un des salariés incriminés ne se trouvant pas dans ses effectifs et elle ignorait sa présence sur le chantier le jour du contrôle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour la société de produire la décision qu'elle attaque ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Habchi, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sam, qui est spécialisée dans les travaux de construction, en particulier dans le domaine de l'échafaudage, est intervenue au mois de janvier 2020 sur un chantier à Saint-Etienne (Loire), au cours duquel les services de l'inspection du travail de la Loire et l'Urssaf ont effectué, le 15 janvier 2020, un contrôle conjoint des règles et des conditions de travail au sein de cette société. Lors de ce contrôle, il a été constaté que la société Sam avait employé une main d'œuvre étrangère sans autorisation de travail, ni titre de séjour valide sur le territoire national. Le procès-verbal d'infraction a été transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en application des dispositions de l'article L. 8271-17 du code du travail. A l'issue d'une procédure contradictoire diligentée au premier trimestre 2020 et d'une seconde visite sur place effectuée le 22 juin 2020, la directrice de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé, le 22 avril 2021, de mettre à la charge de la société ayant employé quatre ressortissants étrangers non autorisés à travailler et à séjourner en France, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 73 000 euros, et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers en cause, pour un montant de 6 920 euros. Après avoir exercé un recours gracieux contre cette décision, le 21 juin 2021, la société Sam demande au tribunal d'annuler la décision du 27 juillet 2021 rejetant son recours et sollicite la décharge de l'obligation de payer la somme globale de 79 920 euros. Elle doit être regardée comme demandant également l'annulation de la décision du 22 avril 2021.

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Selon l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution () ". Enfin, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.

4. D'autre part, il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2, ou en décharger l'employeur.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal du 15 janvier 2020, et cela n'est pas utilement contredit, que quatre salariés ressortissants étrangers étaient présents, en action de travail, sur le chantier de réhabilitation d'une friche industrielle en galerie d'art, contrôlé par l'autorité administrative, située au 25 rue de l'Apprentissage à Saint-Etienne (Loire). Il résulte également de l'instruction que l'ensemble de ces salariés étaient démunis de toute autorisation de travail prévue à l'article L. 5221-2 du code du travail. Dès lors, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent, si la société Sam soutient devant le tribunal qu'elle n'a jamais eu l'intention de se soustraire à ses obligations déclaratives, cette allégation demeure sans incidence sur la légalité de la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge les contributions spéciales en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la société Sam se prévaut de ce que le salarié M. B n'était pas démuni d'un titre de séjour, dès lors qu'il lui a présenté une carte d'identité italienne. Elle fait valoir que l'intéressé ne se trouvait donc pas en situation irrégulière et que c'est à tort que l'autorité administrative lui a infligé une sanction administrative à ce titre. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B a lui-même déclaré, lors du contrôle diligenté le 15 janvier 2020, qu'il était ressortissant tunisien né le 11 mars 1997 et n'a jamais fait état de la détention d'une carte d'identité italienne auprès des agents de contrôle. A cet égard, la société requérante ne produit aucun élément probant de nature à justifier que M. B serait un citoyen de l'Union européenne, alors que la " carte d'identité " évoquée constitue un permis de séjour italien de longue durée. Elle ne démontre pas davantage qu'elle aurait été exemptée de détenir une autorisation de travail en vue de l'emploi de M. B sur le chantier dont il s'agit. En outre, si la société Sam soutient qu'elle a bien effectué la déclaration préalable à l'embauche auprès de l'Urssaf, en 2019, de sorte que le salarié qu'elle a employé serait en situation régulière au regard de la législation du travail, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal d'infraction du 15 janvier 2020, que la déclaration au nom de M. B réalisée le 18 avril 2019 indique pour date de naissance de ce salarié le 11 décembre 1969, alors que les agents inspecteurs ont constaté que le salarié incriminé semblait, selon leurs déclarations, avoir une vingtaine d'années. Il s'ensuit que la déclaration d'embauche effectuée le 18 avril 2019 ne constitue pas un élément matériel probant de nature à démontrer que M. B, né le 11 mars 1997, présent sur le chantier situé rue de l'Apprentissage à Saint-Etienne, aurait été régulièrement déclaré conformément aux dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision infligeant la sanction administrative en litige serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

7. En dernier lieu, la société requérante se prévaut de ce qu'elle n'a jamais embauché M. A, ressortissant albanais né le 16 octobre 1992, et qu'elle ne pouvait légalement être l'objet d'une sanction administrative de ce fait dès lors qu'elle ignorait la présence de ce salarié sur le chantier de réhabilitation qu'elle a piloté. Toutefois, il résulte de l'instruction, et cela n'est pas matériellement contesté, que lors du second passage des agents de contrôle, en date du 22 juin 2020, M. A a été vu au pied d'un échafaudage, muni d'une brouette de ciment, en action de travail, alors qu'il n'avait ni autorisation de travail, ni titre de séjour. Il n'est en outre pas contesté que ce salarié était placé sous la subordination de la société RM nettoyage, partenaire de chantier de la société Sam, et a perçu une rémunération journalière de soixante euros pour accomplir son travail. Dans ces conditions, la société Sam ne pouvait légitimement ignorer qu'un salarié albanais intervenait sur le chantier dont elle était responsable. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la société Sam n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 avril 2021 et du rejet du 27 juillet 2021 de son recours gracieux contre cette décision. Par suite, ses conclusions en décharge ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sam est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Sam et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à l'inspecteur du travail de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

M. Habchi, premier conseiller,

Mme Soubié, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

H. Habchi

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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