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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109768

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109768

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2021 et 28 juin 2023, M. B A, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 10 mai 2021, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75-1 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.

M. A soutient que :

- la décision, qui n'a pas été précédée d'un avis préalable du médecin de l'OFII, méconnaît l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le directeur de l'OFII a commis une erreur de droit et une erreur dans l'appréciation de sa situation en ne procédant pas à un examen particulier de sa vulnérabilité.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 et 30 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal :

un avis sur la situation médicale de M. A a été rendu le 7 octobre 2021 par le médecin de l'OFII ;

l'examen de la situation et de la vulnérabilité du requérant a été effectué à plusieurs reprises ;

il a été tenu compte d'une part de sa situation personnelle et d'autre part des motifs qui ont conduit l'intéressé à ne pas respecter ses obligations de demandeur d'asile ;

- à titre subsidiaire, la décision peut être fondée sur le motif tiré du manquement à ses obligations de demandeur d'asile.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de M. Bertolo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 14 août 1980, est entré en France le 28 juillet 2015. L'intéressé a présenté une demande d'asile auprès des services de la préfecture du Rhône, qui a été enregistrée en " procédure Dublin ", le 7 septembre 2017. L'intéressé a bénéficié, à ce titre, des conditions matérielles d'accueil à compter de septembre 2017. M. A a par la suite fait l'objet d'un arrêté de transfert, qui n'a toutefois pas été exécuté. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil en septembre 2018. Par une décision du 15 octobre 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, l'OFII lui a refusé le rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article R. 522-2 du même code : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, saisi de la demande de M. A et des pièces médicales fournies à cette occasion, le médecin coordonnateur de la zone Sud-Est de l'OFII a, le 7 octobre 2021, rendu un avis estimant que la situation de l'intéressé relevait d'un niveau 1, correspondant à une priorité pour un hébergement, sans caractère d'urgence. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'avis préalable du médecin de l'OFII manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : ()

3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser d'accorder à M. A le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, l'OFII a pris en considération ses besoins, sa situation personnelle et familiale, et a indiqué qu'il ne justifiait ni de ses conditions d'existence, ni des motifs l'ayant conduit à se maintenir en situation irrégulière jusqu'au 23 août 2019, date de sa présentation aux autorités françaises. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par une décision prise en septembre 2018, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. A au motif, non contesté par l'intéressé, qu'il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. En outre, si ce dernier fait état de ce qu'il ne dispose plus d'aucune ressource financière et de ce qu'il vit dans une grande précarité, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la réalité de sa situation. Enfin, s'il est constant que le médecin de l'OFII a estimé que la situation de l'intéressé relevait d'un niveau 1, correspondant à une priorité pour un hébergement, il a également estimé que la situation de M. A ne présentait pas de caractère d'urgence, les pièces du dossier permettant notamment de constater que le requérant a pu bénéficier, au cours de ces dernières années, d'une prise en charge de santé adaptée à son état. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le directeur de l'OFII a commis une erreur de droit ou fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, où siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le rapporteur,

C. Bertolo

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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